Le réveil est brutal pour certains précurseurs des NFT, les non-fungible tokens ou jetons non fongibles. Début 2022, une vague numérique s’empare de la planète. Pour certains influenceurs, posséder un dessin de singe ou de pingouin pixelisé devient un incontournable, un achat à la fois performatif et faisant office d’investissement. Aujourd’hui, en février 2026, l’heure des comptes a sonné et l’addition est salée pour les célébrités qui pensaient avoir trouvé la poule aux œufs d’or sur la blockchain.
L’exemple le plus frappant est celui de la star canadienne Justin Bieber. Le chanteur avait déboursé 1,3 million de dollars (1,1 million d’euros environ) pour acquérir le Bored Ape #3001, un dessin d’un primate visiblement abattu. Un investissement qui, avec le recul, semble presque prophétique tant la mine du personnage reflète désormais l’état des finances de son propriétaire dans ce secteur. Le singe blasé a en effet perdu la quasi-totalité de sa valeur.
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Selon les derniers chiffres publiés par Futurism, cet actif ne vaudrait plus aujourd’hui que 12.000 dollars (10.115 euros environ). En l’espace de quatre ans, la star américaine a donc vu s’évaporer plus de 99% de sa mise initiale. «Une dépense d’argent discutable qui s’est transformée en un investissement hilarant de médiocrité», note un rapport de Benzinga.
Le naufrage Yuga Labs
Justin Bieber est loin d’être le seul à avoir investi de la sorte. Les frères Jake et Logan Paul –tour à tour youtubeurs, influenceurs ou boxeurs– en sont le meilleur exemple. Logan détient d’ailleurs l’un des records les plus symboliques de cette épopée catastrophique. La valeur de son NFT de la collection 0N1 Force, acheté 623.000 dollars (525.500 euros environ), s’est elle aussi effondrée. «C’est une leçon qui coûte cher», reconnaît celui dont le token ne vaudrait aujourd’hui plus qu’une dizaine de dollars.
Le gouffre est plus profond pour Yuga Labs, la société mère des Bored Apes. Malgré une victoire juridique en mars 2025, lorsque la U.S. Securities and Exchange Commission a finalement conclu que ses actifs n’étaient pas des titres financiers non enregistrés, l’intérêt du public n’est jamais revenu. L’entreprise a enchaîné les vagues de licenciements, son cofondateur Greg Solano admettant dès avril 2024 que la structure s’était «perdue en chemin».
Pourtant, Yuga Labs refuse de s’avouer vaincu. La firme tente une manœuvre de la dernière chance en ouvrant un clubhouse physique à Miami, espérant transformer ses pixels dévalorisés en une expérience concrète. Difficile pourtant de voir un engouement aussi artificiel et passager reprendre du poil de la bête.
Les propriétaires de singes blasés, autrefois fiers d’arborer leurs avatars en photo de profil, ont discrètement remplacé leurs singes par des images générées par intelligence artificielle, le nouveau jouet d’une Silicon Valley qui semble déjà avoir tourné la page.