Pour la première fois depuis son inauguration par François Mitterrand, en 1987, une femme va diriger l’Institut du monde arabe (IMA) : Anne-Claire Legendre, 46 ans, désignée à l’unanimité par le conseil d’administration, ce mardi 17 février, pour remplacer Jack Lang. Peu avant, ses quatorze membres – sept ambassadeurs de pays arabes et sept personnalités choisies par le Quai d’Orsay – avaient accepté la démission de l’ancien ministre de la culture, poussé vers la sortie en raison de ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein.
Contrairement à son prédécesseur qui, en treize ans à la tête du paquebot de verre amarré sur la rive gauche de la Seine, avait fini par incarner l’IMA, Anne-Claire Legendre a un profil de diplomate. Arabisante, elle conseillait jusqu’à présent Emmanuel Macron sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à l’Élysée. C’est à ce poste, où elle a été nommée en 2023, qu’elle a sensibilisé puis convaincu le chef de l’État de la nécessité de reconnaître l’État palestinien. « Il a fini par la suivre, souligne l’ancien diplomate Michel Duclos, aujourd’hui expert à l’Institut Montaigne. Mais la reconnaissance, ce n’est que l’aspect visible. En amont, il y a eu ces nombreuses réunions à New York, aux Nations Unies. Elle a joué un rôle fondamental pour orchestrer tout cela. »
Diplomate « accomplie » selon ce dernier, Anne-Claire Legendre a passé une grande partie de sa carrière à travailler sur le monde arabe. À l’ambassade de France au Yémen, où elle commence, aussi bien qu’au Quai d’Orsay, où elle s’occupe en particulier des relations entre la France et l’Algérie, de même qu’au cabinet de Laurent Fabius, qu’elle conseille sur l’Afrique et le Moyen-Orient quand celui-ci est ministre des affaires étrangères. Elle est porte-parole du Quai d’Orsay depuis deux ans quand, en 2023, elle rejoint l’Élysée sur le même sujet.
Une feuille de route chargée
Anne-Claire Legendre, auditionnée la veille de sa nomination par le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, de même que deux autres candidats, Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur chargé des pôles, et Karim Amellal, ancien délégué interministériel à la Méditerranée, devra assurer « la mise en œuvre d’une réforme ambitieuse », a indiqué l’institution dans un communiqué. Celle-ci comprend quatre chantiers : « modernisation de la gouvernance, organisation plus lisible et efficace, rétablissement d’une trajectoire financière soutenable et renforcement des règles de déontologie ».
Fondation privée reconnue d’utilité publique, l’IMA a gagné en visibilité sous Jack Lang, auquel ses collaborateurs ont rendu hommage lors d’un pot de départ, lundi 16 février, alors même que des perquisitions du Parquet national financier se déroulaient dans les locaux. Mais alors que l’institution, tout à la fois musée, bibliothèque et centre de langues, s’apprête à fêter ses quarante ans, elle accuse un déficit structurel, malgré sa subvention annuelle de 12,3 millions d’euros du ministère des affaires étrangères. Aussi, celle-ci doit réaffirmer son rôle d’outil diplomatique, qui doit permettre à la France de « faire rêver les jeunes dans le monde arabe » où, en matière d’imaginaire, elle est dépassée par les États-Unis et la Chine, note Michel Duclos, qui souligne : « À cet égard, le fait d’être une femme à ce poste a son importance, c’est un message de modernité. »