Au printemps 2005, une ville allemande a été le théâtre d’un spectacle aussi macabre qu’inattendu : des crapauds éclataient littéralement devant les yeux des habitants. Hambourg, habituellement paisible, a vu ses mares se transformer en scènes de chaos amphibien. Les médias se sont emparés de l’histoire, qualifiant un bassin local de « Pond of death » – littéralement « L’étang de la mort » -, tandis que rumeurs et inquiétudes se propageaient à grande vitesse. Cette étrange épidémie, qui semblait tout droit sortie d’un conte fantastique, a laissé scientifiques et citoyens perplexes.
Le mystère des amphibiens explosifs
Tout a commencé en avril 2005, quand plusieurs articles ont rapporté la mort subite de milliers de crapauds dans le quartier d’Altona à Hambourg. Comme le relatait la BBC à l’époque, « les crapauds gonflaient comme un ballon de plage, jusqu’à trois fois et demie leur taille normale, avant d’éclater, projetant leurs entrailles jusqu’à un mètre de hauteur ». Otto Horst, vétérinaire local, confiait de son côté à l’AFP : « Vous voyez les animaux ramper sur le sol, gonfler et puis exploser ».
Les enfants furent immédiatement tenus à l’écart des mares, et les spéculations se multiplièrent. Certains évoquaient un virus transmis par des chevaux sud-américains, tandis que d’autres doutaient de la véracité des faits, pensant que les médias cherchaient à sensationnaliser l’événement. Barry Clarke, herpétologue au Natural History Museum de Londres, déclarait à Nature : « Je pense vraiment que quelqu’un doit retourner vérifier la source primaire. J’ai appris à ne jamais dire que quelque chose est impossible concernant les animaux. Mais l’idée de crapauds explosifs – et bien, soyons honnêtes, c’est très Monty Python-esque ».
Mais Hambourg n’était pas la seule ville concernée par cet effrayant phénomène. Des incidents similaires furent rapportés au Danemark, près de Laasby, suggérant que le phénomène n’était pas limité à une seule mare. Les scientifiques, pourtant, ne détectèrent aucun virus ou champignon inhabituel dans l’eau, laissant le mystère entier planer.
Une énigme résolue par les corbeaux
Face à cette bizarrerie, une théorie finit par se confirmer grâce à Frank Mutschmann, herpétologue allemand. Après avoir récupéré des spécimens morts et vivants et réalisé plusieurs nécropsies, il constata une incision circulaire identique sur le dos de tous les spécimens, probablement causée par un animal.
Les experts ont rapidement éliminé les rongeurs et les petits mammifères de la liste des coupables, et ont identifié les fautifs. « Il n’y avait ni morsure ni griffure, donc nous savions que les crapauds n’étaient pas attaqués par un raton laveur ou un rat, qui auraient aussi mangé tout le crapaud. C’était clairement l’œuvre des corbeaux, assez intelligents pour savoir que la peau du crapaud est toxique et comprendre que le foie est la seule partie à consommer », a expliqué l’herpétologue.
Le mécanisme de l’explosion était alors élucidé : « Une fois le foie retiré, le crapaud réalise qu’il a été attaqué. Il se gonfle en réaction défensive. Mais comme il n’a ni diaphragme ni côtes, sans le foie, rien ne retient le reste de ses organes. Les poumons se dilatent de façon disproportionnée et se déchirent ; le reste des organes est simplement expulsé ».
Vingt ans plus tard, l’épisode reste une anecdote singulière dans l’histoire de l’herpétologie. Hormis une revue dans les « Annals of Improbable Research », aucun document scientifique sérieux ne traite de ces explosions. Mais comme le prévenait la presse à l’époque, mieux vaut rester vigilant si un étrange « pop » résonne à proximité d’un étang.