Les gars du Nord brillent dans le sud. Après que Joppe Heremans se soit imposé à Vauvert, dans le Gard, lors de l’Etoile de Bessèges, Arnaud Tendon a remis le couvert à Saint-Victoret, dans les Bouches-du-Rhône, lors du CIC Tour de la Provence. Soit une victoire d’étape sur chacune des deux premières courses par étapes françaises de la saison pour la formation Van Rysel-Roubaix. “Pour une équipe de troisième division, c’est incroyable ! C’est beau d’avoir réussi à piéger les équipes du WorldTour”, s’enthousiasmait le Suisse après son succès, vendredi dernier. Dimanche, deux coureurs de l’équipe étaient encore présents dans la bonne échappée. Daniel Arnes était en tête avec Axel Laurance jusqu’à la flamme rouge avant de se faire piéger par le Breton, puis Maxime Jarnet a pris la deuxième place. Sa réaction à l’arrivée en dit long sur les nouvelles ambitions de son équipe. « La spirale est tellement positive en ce moment qu’on est déçus de faire 2. Mais il faut relativiser. Certaines années, on aurait prié pour faire 2e d’une étape du Tour de la Provence ».

Ces deux succès permettent presque déjà d’affirmer que la saison des rose-et-noir est réussie… mi-février. “La saison est bien partie. Mais on ne peut pas dire qu’elle est d’ores-et-déjà réussie. Elle l’est quand elle est pleine du début à la fin”, nuance Gilles Pauchard, auprès de DirectVelo. Le directeur sportif concède tout de même qu’il aurait “bien sûr signé”, le 1er janvier, pour deux victoires en Classe 1 lors de la saison 2026. Or, c’est déjà chose faite.

« IL N’Y A PAS DE RECETTE MIRACLE »

“Putain, c’est extraordinaire ! On vit sur un nuage. Je suis ému…”, lâchait Kenny Molly, trempé jusqu’aux os, juste après la victoire de son compère Arnaud Tendon. “Ce qu’on est en train de faire, c’est dingue, c’est impressionnant, vraiment c’est trop bien”. Même enthousiasme bien sûr du côté de Rémi Capron, bien qu’il ne soit pas encore en grande condition personnellement en ce tout début d’année. “Ça marque les esprits. Deux fois sur deux courses à une semaine d’intervalle, c’est déjà fou. Et c’est du jamais vu pour nous”.

Comment expliquer un tel début de saison ? Les planètes sont-elles tout simplement toutes alignées, ou se passe-t-il véritablement quelque chose de spécial dans l’équipe cette année ? “Quelques fois, tout ne s’explique pas, répond Gilles Pauchard. Certaines années, on pense que la mayonnaise va prendre et ce n’est pas le cas. Et d’autres années, tout est en phase, les gars s’entendent bien. Il n’y a pas de recette miracle. On bosse dur, on met de nouvelles choses en place en termes de performances, comme toutes les équipes. Et il s’avère que cette fois, ça paie vraiment même si on est une petite équipe”.

Du côté des coureurs, une vraie cohésion semble avoir été trouvée. Conscient de ses limites personnelles, un garçon comme Kévin Avoine explique se plaire dans un rôle d’appui. “J’ai dit aux gars que j’étais OK pour faire l’équipier à 100% quand j’ai intégré le projet. On veut toujours faire des résultats mais on est prêts à se sacrifier aussi et c’est pour ça que ça fonctionne. On pense vraiment en équipe cette année. L’équipe est satisfaite, notre travail est reconnu. On est sur un nuage”, explique celui qui dispute actuellement sa troisième saison au sein du collectif.

« VU LES RECRUES DE L’HIVER… »

L’ancien coureur du CC Nogent-sur-Oise et du SCO Dijon assure ne pas être surpris par la très bonne dynamique actuelle. “La cohésion est bonne, les gars sont forts, et vu les recrues de l’hiver… Ce sont les meilleurs amateurs de l’an passé pour certains. Forcément, on se doute que ça peut bien fonctionner derrière quand des gars de ce calibre renforcent le groupe”, analyse-t-il en pensant notamment au dernier lauréat du Challenge DirectVelo Amateurs, Louis Hardouin, 3e dans les rues de Bessèges au début du mois. 

Pour sa quatrième saison au sein de la Conti, Kenny Molly évoque pour sa part “une nouvelle vague, un bon groupe et des vélos exceptionnels”. Avec un bon nombre de “détails qui font la différence”. Le Belge souligne également un groupe particulièrement investi. “Les nouveaux ont beaucoup d’envie, ça se voit”. Tâche désormais de continuer sur cette lancée. “Ça s’est fait naturellement jusque-là et ça devrait bien aller pour la suite, il n’y a pas de raison”, juge Rémi Capron.

Pas question de s’arrêter en si bon chemin, en effet, et ce n’est pas Gilles Pauchard qui dira le contraire. “L’appétit vient en mangeant, il n’y a pas de raisons de rester là-dessus. La saison ne fait que commencer. Il n’y a que deux coureurs qui ont gagné, il y en a dix autres dans l’effectif, je pense que ça va leur donner des idées aussi”, sourit-il, conscient tout de même que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu’il est rare que cette situation s’éternise. “Pour l’instant, on n’a pas de problèmes, on est épargnés par les chutes, les problèmes mécaniques, les malades… On touche de la peau de singe”. Quoi qu’il advienne lors des prochains rendez-vous, il aura eu le plaisir de coller un sticker “1” sur sa voiture au départ de la deuxième étape en Provence, samedi. “Ce n’est pas tous les week-end et ça fait plaisir !”.