L’immense restructuration interne d’Ubisoft a eu pour conséquence directe l’abandon de six jeux en cours de production, dont certains qui étaient en développement depuis plusieurs années.

Ubisoft traverse actuellement une zone de turbulences qui ressemble de plus en plus à un crash systémique. Entre les lancements tièdes de leurs derniers gros blockbusters et une stratégie de réorganisation peu lisible, le géant français semble avoir perdu sa boussole créative. Cette crise sans précédent a forcé l’éditeur à revoir totalement ses priorités pour espérer survivre à une industrie qui ne pardonne plus les errances budgétaires (d’autant plus qu’il y a le géant chinois Tencent dans l’équation).

Pour tenter de sauver les meubles, la direction a récemment mis en place un plan de 200 départs volontaires (soit 18% des effectifs de son siège parisien), espérant ainsi dégraisser sans passer par la case licenciement sec. C’est l’opération de la dernière chance pour un studio qui joue désormais son avenir sur ses prochaines grosses sorties. La tension est palpable dans les studios, alors que chaque projet est à présent scruté uniquement sous l’angle de sa rentabilité immédiate.

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Assassin’s Creed Shadows ou la preuve d’une formule à bout de souffleL’hécatombe des projets abandonnés chez Ubisoft

On en sait à présent un peu plus sur les conséquences concrètes (ou dégâts collatéraux, question de point de vue) de cette restructuration. On connaît de manière sûre et certaine la liste des six jeux qui ont été jetés à la poubelle par la firme d’Yves Guillemot.

  • Assassin’s Creed Rebellion : Ubisoft a décidé de stopper définitivement le support technique de ce titre déjà sorti.
  • Assassin’s Creed Singularity : Un projet inédit prévu conjointement sur PC et mobile, en développement depuis déjà plusieurs années.
  • Le remake de Prince of Persia : The Sands of Time : Annoncé en 2020, ce projet maudit devait sortir en 2022, et il a donc fini par être officiellement enterré après des années de galère.
  • Project Aether : En chantier depuis 2019 chez Ubisoft Halifax, ce titre aurait apparemment été repensé pour devenir un nouveau projet plus modeste.
  • Project Crest : Un extraction shooter qui devait avoir pour cadre la Seconde Guerre mondiale.
  • Project Pathfinder : Un titre que l’on connaissait auparavant sous le nom de code Project U, un jeu de tir multijoueur, où une équipe de quatre joueurs devait affronter des vagues d’ennemis.

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La seule illustration officielle de Project Pathfinder/Project U

Les annulations de Prince of Persia, Assassin’s Creed Singularity et l’arrêt de Rebellion sont d’autant plus graves que ces titres représentaient des investissements lourds sur plusieurs années. Cette perte sèche abîme encore un peu plus l’image d’Ubisoft, mais c’est surtout sur le plan économique que le choc est brutal. Le cours de l’action de la firme est au plus bas depuis plus de huit ans, s’affichant à un piteux 4,22 €, alors qu’elle culminait à 102,95 € en juillet 2018.

Pour rappel, on avait appris il y a quelques semaines qu’Ubisoft avait mis à mort un jeu Assassin’s Creed, car il était jugé trop « dangereux » politiquement. Ce que dit cette liste d’annulations, c’est aussi que les plus grosses licences d’Ubi ne sont plus à l’abri de suppression et d’annulation.

Assassin's Creed Shadows

L’ambiance chez Ubi

Le climat social au sein de l’entreprise est, sans surprise, devenu délétère suite aux fermetures de studios à Stockholm et Halifax. Les multiples appels à la grève ont mobilisé plus de 1 200 personnes sur plusieurs jours, un chiffre impressionnant sur un effectif total estimé à 15 000 employés. Les salariés dénoncent un manque de vision claire et des revirements stratégiques permanents qui transforment le travail quotidien en parcours du combattant pour les équipes restantes. Certains appellent même à la démission d’Yves Guillemot, PDG historique de la boîte.

Au milieu du champ de ruines qu’est devenu le planning de l’éditeur français, il reste une bouée de sauvetage à laquelle les fans s’accrochent désespérément : le retour d’Edward Kenway avec le remake d’Assassin’s Creed: Black Flag. La firme se préparerait à dégainer une première bande-annonce en avril 2026, pile pour le lancement de sa nouvelle année fiscale.