Le constructeur français encaisse un choc
de plusieurs milliards d’euros en 2025, la faute à un divorce
coûteux avec Nissan qui plombe un bilan par ailleurs porté par
l’électrique.
nouveau patron François Provost doit toutefois composer avec une
rentabilité des voitures électriques bien plus faible que celle des
modèles à essence, pesant sur une marge opérationnelle qui
s »effrite lentement. Pour redresser la barre, le groupe mise sur
une baisse des coûts de fabrication de chaque véhicule et sur le
rachat total de Flexis, son projet de camionnettes électriques
innovantes.
Le solde de tout compte d’une union brisée
On le savait, la lune de miel entre Boulogne-Billancourt et
Yokohama appartenait déjà au passé, mais l’heure de passer à la
caisse a sonné. Renault
affiche une perte nette de 10,9 milliards d’euros pour
l’exercice 2025. Ce n’est pas l’activité quotidienne du
constructeur français qui prend l’eau, mais bien la révision
comptable dictée par la fin de l’alliance historique nouée en 1999.
Ce mariage, autrefois vanté comme un modèle d’intégration, n’a
jamais vraiment survécu à l’arrestation de
Carlos Ghosn au Japon fin 2018. Depuis ce séisme, les deux
partenaires n’ont cessé de s’éloigner, et Renault a fini par
ajuster la valeur de ses 35 % dans Nissan en fonction du
cours de Bourse. C’est ce qu’on appelle la fin de la mise
en équivalence, et cela se paye au prix fort dans les
colonnes du bilan.
Il faut dire que Nissan ne facilite pas la tâche de son ancien
allié. Le constructeur japonais s’attend lui-même à une perte
d’exploitation sévère pour l’année à venir. En juillet dernier,
Renault pensait s’en tirer avec une ardoise de 9,5 milliards, mais
le dérapage des résultats du Japonais a encore alourdi la note
finale. En dévaluant cette participation, Renault acte
enfin son indépendance après des années de tensions qui ont freiné
ses projets. Ce changement intervient alors que
l’organigramme a lui-même connu un bouleversement de taille. Depuis
l’été dernier, c’est François Provost qui tient les commandes.
Nommé directeur général le 30 juillet, il a succédé à Luca de Meo,
parti vers le monde du luxe chez Kering. Provost hérite d’une
entreprise qui vend plus de voitures, dont le chiffre d’affaires
progresse de 3 % pour atteindre 57,9 milliards d’euros,
mais dont les profits réels s’évaporent. Le
nouveau patron va devoir trouver les ressorts pour que cette
croissance des ventes se traduise enfin en argent frais, d’autant
que la marge opérationnelle est descendue à 6,3 %, contre 7,6 % un
an plus tôt.
Renouer avec des marges confortables
Le vrai sujet de préoccupation est la rentabilité de
l’électrique. Les modèles à batterie séduisent les clients (ils
représentent désormais une vente sur cinq pour la marque Renault),
mais ils ne rapportent pas autant que les bons vieux
moteurs thermiques. Malheureusement, les perspectives ne
sont pas franchement roses pour l’année 2026. Renault
prévoit une nouvelle baisse de sa marge opérationnelle,
qui devrait stagner autour de 5,5 %. Malgré tout, la direction veut
garder le cap. Elle vise une marge de 5 à 7 % à moyen terme. Pour y
arriver, la marque a déjà réussi à rogner ses coûts de 400 euros
par véhicule produit. C’est une économie qui semble petite prise
isolément, mais multipliée par des centaines de milliers de
voitures, c’est un bol d’air indispensable. Cette
traque au gaspillage doit continuer, c’est une condition sine qua
non pour ne pas se laisser distancer par les nouveaux arrivants qui
cassent les prix.
Dans cette grisaille, il y a un projet qui semble redonner le
sourire aux dirigeants : Flexis. Renault
discute actuellement très sérieusement avec ses partenaires, Volvo
et CMA CGM, pour racheter l’intégralité de cette société de
camionnettes électriques née en 2024. Renault en détient
déjà 45 %, mais veut reprendre la main totalement. Pourquoi ? Parce
que le marché de l’utilitaire est souvent bien plus rentable que
celui de la voiture particulière. Les entreprises ont besoin de
véhicules propres pour leurs livraisons en centre-ville, et elles
sont prêtes à investir dans des outils de travail efficaces.
Prendre le contrôle de Flexis, c’est s’assurer une place de choix
sur un segment où la concurrence est peut-être moins féroce et les
marges plus confortables. En attendant que ces projets portent
leurs fruits, Renault tente de rassurer ses fidèles. Le
dividende restera stable à 2,20 euros par action. L’année
2026 sera celle du test pour François Provost. Il va devoir prouver
que Renault peut avancer seul, et surtout que le pari de
l’électrification n’est pas un gouffre financier sans fond. Le
chemin est étroit, parsemé d’embûches, mais la marque au losange
semble décidée à se battre sur tous les fronts.