Plus de quarante pays étaient représentés, dont Israël, plusieurs États arabes, l’Argentine, la Hongrie et le patron de la FIFA, mais aucun représentant palestinien.

SAUL LOEB / AFP

Plus de quarante pays étaient représentés, dont Israël, plusieurs États arabes, l’Argentine, la Hongrie et le patron de la FIFA, mais aucun représentant palestinien.

Guns N’ Roses en fond sonore, Donald Trump et J.D. Vance qui posent pour la photo officielle, le patron de la FIFA Gianni Infantino tout sourire coiffé d’une casquette rouge, et le président argentin Javier Milei au second plan : le tout nouveau Conseil de Paix pensé par le président américain se réunissait pour la toute première fois à Washington ce jeudi 19 février.

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Au milieu des chefs d’État et des diplomates réunis dans un bâtiment rebaptisé au nom de Donald Trump, une vidéo est diffusée. Sur l’écran géant, Gaza n’est plus un territoire en ruines. C’est un plan d’urbanisme. La carte est nette, découpée, presque clinique. On y distingue des zones colorées : quartiers résidentiels, espaces mixtes, pôles industriels. Au centre, un « master plan » numéroté en six étapes (1a, 1b, 1c, puis 2, 3 et 4) comme les phases d’un chantier déjà balisé.

Une voix grave digne d’une bande-annonce hollywoodienne déroule le récit. « Year 1. » (Année « 1 ») Les premières images montrent des familles souriantes, des enfants qui courent, des bâtiments flambant neufs. « Year 3. » Les infrastructures sont reconstruites, l’économie redémarre. « Year 5. » Les quartiers se densifient, les commerces ouvrent. « Year 10. » Gaza est présentée comme autonome, intégrée à la région et prospère. En quelques minutes, la guerre a disparu. Les ruines aussi. Un peu comme dans un film où tout se finit bien.

La carte projetée à Washington présente Gaza comme un territoire entièrement reconfiguré, découpé en zones résidentielles, mixtes et industrielles, suivant un « master plan » en six étapes étalé sur dix ans.

La carte projetée à Washington présente Gaza comme un territoire entièrement reconfiguré, découpé en zones résidentielles, mixtes et industrielles, suivant un « master plan » en six étapes étalé sur dix ans.

Ce film, c’est la vitrine du « Board of Peace », l’instance créée par Donald Trump pour superviser son plan de cessez-le-feu à Gaza. Devant une quarantaine de pays réunis à Washington, le président américain a annoncé que sept milliards de dollars avaient été promis pour la reconstruction, auxquels les États-Unis ajouteraient dix milliards supplémentaires.

Dans la salle, on retrouve des représentants d’Israël et de plusieurs États arabes, mais aussi l’Argentine, la Hongrie, l’Inde, le Pakistan ou encore le Vietnam. Et si le patron de la FIFA qui a remis un prix spécial de la Paix à Donald Trump en décembre 2025 est lui aussi présent, aucun représentant palestinien ne siège en revanche au sein du Conseil. La France et le Royaume-Uni n’ont pas adhéré à la structure, invoquant des inquiétudes sur son périmètre et sa gouvernance. Paris a d’ailleurs demandé des explications à la commissaire européenne Dubravka Suica, présente à Washington sans aucun mandat formel des États membres.

Avec ce Conseil de Paix, Donald Trump relance une vision qu’il avait déjà esquissée ces derniers mois, celle d’un territoire transformé en vitrine économique au Moyen-Orient.

Le président américain ne cache d’ailleurs pas ses ambitions. Il décrit le Conseil comme « le plus prestigieux jamais réuni » et laisse entendre qu’il pourrait, à terme, jouer un rôle qui dépasse Gaza, voire « regarder au-dessus des Nations unies ». De quoi alimenter les soupçons de certains diplomates qui craignent la naissance d’une structure parallèle susceptible de concurrencer l’ONU.

Un plan officiel, une base militaire et des stades

Sur le papier, le plan présenté dans la vidéo est limpide. Il repose sur un cessez-le-feu stabilisé, la libération des otages, l’installation d’un gouvernement technocratique palestinien et, surtout, le désarmement complet du Hamas. « Une seule autorité, une loi, une arme », martèle la voix off. La reconstruction serait progressive, méthodique, financée par une coalition internationale en coordination avec la Banque mondiale. À Rafah, une nouvelle ville doit émerger, avant que le développement ne s’étende à l’ensemble de la bande de Gaza.

Et puis, la carte soigneusement préparée ne montre pas tout. Selon des documents consultés par le Guardian, l’administration Trump prévoit parallèlement la construction d’une vaste base militaire dans le sud de Gaza. Un complexe pouvant accueillir jusqu’à 5 000 soldats d’une future Force internationale de stabilisation, équipé de tours de guet blindées, de bunkers et entouré de barbelés. Officiellement, cette force serait chargée de servir de tampon entre Israël et le Hamas. L’Indonésie s’est dite prête à envoyer des troupes. Mais les règles d’engagement restent floues, tout comme la question de la souveraineté réelle sur le territoire.

Comme si cette projection ne suffisait pas, un autre film est diffusé pendant la réunion. Cette fois, il ne s’agit plus d’urbanisme mais de football. Sur des images générées par intelligence artificielle, des enfants jouent sur des pelouses impeccables. Les immeubles sont neufs, les gradins pleins, les sourires omniprésents. La voix off explique que la FIFA et le Conseil de Paix vont créer un « écosystème footballistique complet » à Gaza. Des dizaines de mini-terrains doivent être construits, cinq grands terrains aux normes internationales, une académie, ainsi qu’un stade national de 20 000 à 25 000 places. Les montants sont détaillés, les investissements chiffrés au million près.

Le président américain Donald Trump tient un marteau lors d’une cérémonie de signature à l’occasion de la réunion inaugurale du « Board of Peace » à l’US Institute of Peace, à Washington, le 19 février 2026.

SAUL LOEB / AFP

Le président américain Donald Trump tient un marteau lors d’une cérémonie de signature à l’occasion de la réunion inaugurale du « Board of Peace » à l’US Institute of Peace, à Washington, le 19 février 2026.

Le football, assure la vidéo, « reconstruit la confiance » et « restaure la routine ». Pendant ce temps, sur le terrain, la crise humanitaire se poursuit. Près de deux millions de personnes ont été déplacées depuis le début de la guerre. L’accès à l’aide reste difficile, les infrastructures sont massivement détruites et le cessez-le-feu demeure fragile.

Dans la salle du « Donald J. Trump Institute of Peace » à Washington, les phases du « master plan » sont déjà numérotées, les années projetées, les pelouses comptabilisées. À Gaza, l’avenir reste suspendu à un ultimatum militaire et à des négociations incertaines. Le Conseil de Paix propose un scénario extrêmement écrit. Reste à savoir si la réalité acceptera de suivre le script.