À quelques semaines des élections municipales, les journalistes de RFI se rendent sur le terrain pour faire le point sur la campagne dans les différentes villes. À Nice, capitale des Alpes-Maritimes, le scrutin prend des allures de règlement de comptes. Christian Estrosi, maire sortant, et Éric Ciotti, longtemps alliés et désormais rivaux, s’affrontent dans une bataille acharnée pour cette mairie de la Côte d’Azur. Un duel qui anime les conversations des Niçois, même s’il suscite aussi, parfois, une certaine lassitude.
De notre envoyée spéciale à Nice,
Ciel bleu, 20°C, soleil éclatant… En cette journée ensoleillée du 11 février, le maire sortant de Nice, Christian Estrosi, inaugure la statue du grand écrivain Albert Camus sur la promenade du Paillon. Le lauréat du prix Nobel de littérature était très lié à la ville. Le maire lui rend hommage.
Aux côtés du maire sortant, la petite-fille d’Albert Camus, Élisabeth Maisondieu-Camus, nous partage volontiers ses inquiétudes : « Je n’ai pas envie d’extrême nulle part. Je suis mesurée. » Un message à peine voilé faisant référence à l’alliance d’Éric Ciotti avec le Rassemblement national.
Ce soutien est le bienvenu pour le maire de la ville, car la tension est forte. Aucun sondage officiel n’a été publié, mais des chiffres circulent officieusement ; un sondage Politico sorti cette semaine donne Éric Ciotti en tête des intentions de vote avec 10 points de plus que Christian Estrosi.
Ce dernier est ici chez lui, sur la coulée verte qu’il a faite construire. Il s’apprête à lancer des travaux pour une seconde phase. Ces dernières semaines, le maire consacre beaucoup de temps à livrer les dernières réalisations de son mandat.
L’élu est ravi de nous montrer les sculptures contemporaines de l’école de Nice et la perspective ouverte sur l’Observatoire qui justifie d’avoir rasé le théâtre et le palais des congrès Acropolis. Cette nouvelle phase de construction divise les Niçois. Le maire le sait, et son rival Éric Ciotti en a fait l’un des principaux angles d’attaque de sa campagne.
Christian Estrosi relativise : « Ça l’a pas empêché en 2020 de me soutenir, y compris dans ce projet. Je voudrais que ce prochain mandat soit quelque part le point d’orgue de l’écrin que nous avons fait ces dernières années pour le bien-être des Niçois, leur art de vivre. »
Dans le camp d’en face, le président du parti Union des droites pour la République (UDR) dénonce l’ego démesuré du maire sortant. Éric Ciotti l’attaque sur ses errances politiques : « Il est désormais chez Monsieur (Édouard) Philippe après avoir été le plus proche soutien de Monsieur (Emmanuel) Macron, donc peut-être que demain, il sera au Rassemblement national. »
Coups bas entre les deux candidats
Les deux anciens alliés, à couteaux tirés, prennent soin de ne pas se croiser dans la petite rue Richelmi, qui voit passer la reine et le roi du carnaval de Nice. Le député croit en la volonté des habitants de tourner la page de l’époque Estrosi : « La campagne est très dynamique, il y a une envie extrêmement puissante de changement pour écrire une nouvelle page de Nice. »
En marge du carnaval, Éric, un habitant, est lassé par la politique du maire sortant. Il ne votera pas pour lui : « Les impôts locaux, la transformation de la ville, démolir et reconstruire ailleurs… Je ne vois pas l’intérêt. » Karine, commerçante à Nice, est consciente que la victoire du maire sortant n’est pas acquise : « J’entends beaucoup de personnes qui voteraient Ciotti. »
Depuis quelques semaines, la campagne s’accélère, les débauchages se multiplient, les coups bas pleuvent. Le maire a d’ailleurs tenu une conférence de presse pour dénoncer les attaques auxquelles certains se livrent. À Nice, les attaques foisonnent et ce n’est pas prêt de s’arrêter.
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