Mercredi, Bercy a lâché le morceau, reconnaissant que la direction générale des finances publiques (DGFiP) s’est fait pirater, fin janvier, le très sensible fichier répertoriant les comptes bancaires des particuliers et des entreprises (Ficoba). Sont désormais dans la nature, et sans doute bientôt sur le darknet, les données de plus de 1,2 million de comptes bancaires. Et ce n’est que le début des galères pour leurs propriétaires qui seront prévenus « par mail lundi au plus tard », assure la DGFiP.
Le Ficoba, pour fichier des comptes bancaires, est une véritable mine d’or pour les escrocs. Il recense tous les comptes bancaires ouverts en France par les particuliers et par les entreprises. Comptes courants, d’épargne, comptes-titres, tout. Mais le fichier répertorie aussi tous les coffres-forts loués dans un établissement bancaire. Et la base est particulièrement précise et actualisée puisqu’elle est directement alimentée par les établissements bancaires eux-mêmes.
Un fichier très complet et très utile
Selon la Cnil, le Ficoba liste les déclarations d’ouverture, de fermeture et de modification de comptes. Cette base représente une liste de « plus de 300 millions de comptes » précise à 20 Minutes la DGFiP. Et pour chaque compte répertorié dans le fichier, figurent le nom et l’adresse de l’établissement qui gère le compte, le numéro, la nature et le type et caractéristique du compte, la date et la nature de l’opération déclarée (ouverture, clôture, modification), mais aussi le nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse du titulaire du compte. On y trouve par ailleurs le numéro Siret des entrepreneurs individuels ou, pour les sociétés, les noms, forme juridique, numéro Siret et adresse.
Ce fichier sert aux impôts, pour savoir si vous ne planquez pas de la caillasse à gauche, mais aussi aux douanes, aux administrations financières, à la Sécu, aux banques, à la police, aux huissiers et aux notaires. On peut aussi demander un accès à titre personnel, et dans des conditions précises, pour savoir si un escroc a ouvert un compte à notre nom ou si feu mamie Micheline avait des comptes bien garnis dont elle aurait oublié de parler de son vivant.
Le premier risque, c’est le vishing
Bref, du caviar pour des personnes mal intentionnées. Et le premier risque n’est pourtant pas de se faire siphonner son compte. « C’est vrai qu’avec des informations, il est possible pour des escrocs de générer des prélèvements Sepa, pour souscrire des abonnements, ouvrir des lignes de téléphone ou souscrire des crédits conso par exemple », reconnaît Régis Dos Santos, ancien président du syndicat national de la banque (SNB). Mais ça, il n’y croit pas trop, à moins que le piratage « ait été fait par des amateurs ».
Pour ce spécialiste du secteur bancaire, le vrai risque, c’est le vishing. « Je pense que ça peut servir à mettre en place une vaste arnaque au faux conseiller bancaire, et les escrocs peuvent d’ailleurs se servir de cette fuite de données pour convaincre leurs cibles », estime-t-il. La précision des données du Ficoba peut aider le faux conseiller bancaire à endormir la méfiance des personnes les plus aguerries et obtenir le Sesam : l’accès à l’appli bancaire.
Notre dossier sur les données personnelles
Le truc, c’est que le mal est fait et qu’il n’y a rien à faire du côté des victimes du vol de leurs données. En revanche, il faudra être particulièrement vigilant dans les prochaines semaines ou mois. « Ce sont les mêmes conseils de bon sens que d’habitude, à savoir toujours rappeler son vrai conseiller, ne jamais donner de codes d’accès et vérifier régulièrement ses comptes pour détecter d’éventuels prélèvements frauduleux », insiste Régis Dos Santos.