Dans un contexte d’incertitudes géopolitiques et économiques, le patron de l’avionneur européen Guillaume Faury soutient la nécessité de développer et de renforcer le concept de préférence européenne, pour faire face aux concurrents – notamment américains et chinois.
Il est réaliste, mais optimiste. Interrogé au micro de l’émission Air&Défense de BFM Business, le patron d’Airbus a plaidé pour développer le concept de préférence européenne, que ce soit dans les domaines du spatial ou du militaire. « Il faut être honnête et constater qu’on n’a pas du tout en Europe aujourd’hui une préférence européenne », affirme Guillaume Faury, prenant en référence les États-Unis ou la Chine.
« Il faut changer de vitesse (…), c’est extrêmement frustrant de voir comment la somme des optimum locaux nous mets très, très, très loin de ce que serait l’optimum global d’une Europe intégrée et la puissance de feu que pourrait avoir une Europe intégrée. »
Prenant en considération les bouleversements géopolitiques liés au deuxième mandat de Donald Trump et la nécessité pour l’Europe de renforcer sa souveraineté notamment dans les secteurs de la défense et du spatial, Guillaume Faury appelle les 27 à prendre davantage en compte la dimension supranationale, pour fédérer les besoins.
« Il n’y a pas un chef qui commande tout le monde, mais il y a 27 chefs qui voient midi à leurs portes et qui sont élus par leurs citoyens, ça rend la coopération beaucoup plus compliquée », a-t-il déclaré à l’antenne de BFM Business.
« On a une bonne crise »
En particulier dans le domaine de la défense, « c’est difficile, parce que chaque pays est souverain (…) et donc céder de la souveraineté (…), on voit qu’aujourd’hui c’est très difficile ». En dépit des efforts de l’Union européenne de favoriser les projets conjoints, dans le cadre d’un vaste plan de réarmement annoncé par Ursula von der Leyen en mars 2025 et par le biais d’outils de financement comme le programme SAFE, force est de constater que les résultats se font attendre, expose le patron du groupe européen aérospatial.
Il reste néanmoins optimiste et espère que la crise actuelle provoquera des opportunités stratégiques.
« On a beaucoup de chemin à faire, nous les Européens. On dit que l’Europe progresse par les crises, je pense qu’on a une bonne crise, il va falloir qu’on la surmonte positivement et qu’on crée des solutions qui n’existent pas aujourd’hui. »
Guillaume Faury évoque notamment le projet « Bromo », la fusion des activité satellitaires d’Airbus, Thales et Leonardo, dans le but de créer un géant européen du spatial, à même de rivaliser, peut-être, avec les leaders du secteur, SpaceX et son réseau Starlink en ligne de mire.
Les Experts : Souveraineté européenne, un « game changer » ? – 13/02