Cette labellisation illustre une expertise et un travail d’équipe. De gauche à droite : Céline Cudejko, Dr Bertrand Pourroy, Dr Flavia Piazzon, Pr Mathieu Milh et Pr Didier Scavarda.

/ Photo AP-HM

Une expertise reconnue. Après la Fondation Adolphe-de-Rothschild à Paris et le Centre hospitalier universitaire de Montpellier, l’hôpital La Timone à Marseille devient le troisième établissement français autorisé à administrer le médicament de thérapie génique Upstaza. Un espoir pour la prise en charge de la décarboxylase acide L-aminé aromatique (AADC), qui entraîne un retard global du développement, un faible tonus musculaire et une incapacité à contrôler le mouvement des membres. Les patients sont très hypotoniques, c’est-à-dire « mous » et ils ont besoin d’aide pour la plupart des gestes du quotidien (les formes les plus sévères peuvent entraîner le décès dans la première décennie).

« C’est une maladie très rare de la chimie du cerveau, les molécules qui font communiquer les neurones entre eux ne sont pas bien produites. Il y a une mutation du gène qui code l’enzyme AADC. Cette enzyme est nécessaire pour produire la dopamine et la sérotonine, des neurotransmetteurs importants. Cela entraîne des handicaps moteurs, certains patients ne peuvent pas marcher, d’autres ont des difficultés de langage. C’est un dysfonctionnement congénital du cerveau », résume le Pr Mathieu Milh, chef du service de neurométabolisme pédiatrique à La Timone, qui diagnostique souvent la pathologie dès les premiers mois de vie.

Le traitement Upstaza est administré en une seule intervention par chirurgie de très haute précision (stéréotaxique) au niveau d’une structure cérébrale profonde, le putamen. La thérapie génique, révélée dans la maladie des « bébés bulles » en 2000, consiste à amener un gène sans défaut à l’intérieur du noyau, grâce à des particules appelées « vecteurs ». « On injecte un virus inoffensif qui contient le gène corrigé dans le cerveau pour pénétrer dans les cellules qui recevront l’ADN manquant », précise le Pr Milh.

Avec cette technique, le gène sain remplace le gène malade et permet de refabriquer les neurotransmetteurs indispensables au fonctionnement du cerveau. L’intervention requiert une grande maîtrise : « Ça se joue au millimètre près, sans créer de lésion. L’injection est réalisée dans le noyau gris de la base du crâne, essentiel aux schémas moteurs. C’est une chirurgie de pointe assistée par un robot. La difficulté est d’avoir la trajectoire la plus juste possible, souligne Pr Didier Scavarda, neurochirurgien à La Timone. Avec la thérapie génique, on stabilise et stoppe l’évolution d’une maladie qui n’était jusqu’alors pas guérissable. »

Le médicament de thérapie génique est indiqué chez les patients âgés de 18 mois et plus, présentant un diagnostic confirmé de déficit AADC. En France, l’accès à Upstaza repose sur une autorisation précoce délivrée par décision du Collège de la Haute Autorité de santé au laboratoire exploitant (PTC Therapeutics). Cette autorisation, temporaire et renouvelée annuellement, est strictement encadrée. « Cela permet d’avoir un accès accéléré au traitement mais le cahier des charges est complexe. Sans la reconnaissance internationale de l’AP-HM et notre capacité à réagir, nous n’aurions pas eu cette habilitation. »

Cette prouesse est le fruit d’expertises multiples et d’un travail d’équipes (pédiatrie, neurologie, neurochirurgie, pharmacie…). « Non seulement la maladie n’évolue plus mais une fenêtre s’ouvre sur des apprentissages. C’est une grande fierté. Notre ambition est que Marseille soit un centre leader des thérapies innovantes pour les maladies rares », avance le Pr Mathieu Milh. Plus de 8 000 pathologies génétiques sont dénombrées dans le monde et on estime que seulement dix patients vivants en France sont atteints de ce déficit. L’hôpital La Timone est prêt pour les prochains. L’enjeu, maintenant, est de diagnostiquer les enfants au plus tôt.