« Nos maris fuguent, le mien a déjà passé une nuit dehors. »

« Ça me rend malade »

Une épreuve dans l’épreuve pour Josiane Grosseau et Bernadette Malichier dont les époux respectifs, tous deux âgés de 75 ans, sont placés depuis l’été dernier au sein de cette unité. « Ça me rend malade, témoigne la première, habitante de Puymoyen. Nos maris fuguent, le mien a déjà passé une nuit dehors. Nous avons de gros doutes quant à leur sécurité. Ils peuvent parfois se montrer violents et nécessitent une hygiène constante. Ils ne sont pas du tout adaptés à une unité classique. Or, on nous met devant le fait accompli. »

Le duo de conjointes s’interroge sur la cohabitation future : « Seront-ils acceptés par les autres résidents ? Après cette fermeture, il ne restera que 14 lits protégés pour tout le centre hospitalier. Est-ce normal ? Nous ne souhaitons à personne d’avoir un proche malade ! »

Face à cette détresse, Nicolas Prentout, directeur général par intérim du centre hospitalier, écarte le terme de « fermeture » au profit de « transformation ». Il justifie cette décision par un double constat. D’abord, l’échec de l’obtention par l’Ehpad du statut d’Unité d’Hébergement Renforcé (UHR) auprès de l’ARS et du Département. Sans ce label, l’établissement ne bénéficie pas des dotations supplémentaires nécessaires pour maintenir un taux d’encadrement supérieur.

« Le placement systématique en UP n’est plus la solution idéale »

La deuxième raison répond à un enjeu national : « On estime aujourd’hui que le placement systématique en UP n’est plus la solution idéale ou que c’en est une de facilité », avance Nicolas Prentout.

« On ne peut pas mettre sous clé tous les malades d’Alzheimer », abonde Valérie Perlot, la directrice de l’Ehpad, qui voit en ce transfert le « gain de 14 places pour l’Ehpad » et la possibilité d’offrir plus de chambres individuelles aux résidents – 16 sont à ce jour accueillis en chambre double. « Les craintes sont légitimes, poursuit la responsable, mais nous mettrons en place l’accompagnement nécessaire. L’idée est qu’il y ait le moins de déstabilisation possible. Ce changement passera par la concertation des familles, la formation du personnel et l’utilisation de nouveaux outils. »

Si la direction rappelle qu’une UP n’a pas vocation à être un lieu de vie définitif, la réalité du terrain est plus complexe. Le médecin doit donner son aval pour chaque sortie d’unité. Dans les faits, la nature évolutive de la maladie rend ces retours en secteur classique rarissimes.

La réouverture de l’UCC au point mort
Faute de médecin, l’unité cognitivo-comportementale (UCC), composée de neuf lits, à destination des malades d’Alzheimer ou apparenté, en situation de crise, avait fermé en 2025. La réouverture n’est pas pour demain : aucun recrutement n’est annoncé à ce jour par Nicolas Prentout, directeur général par intérim du centre hospitalier d’Angoulême : « On pensait pouvoir recruter facilement ce genre de profils mais ce n’est pas le cas. »