
À l’occasion de la parution, ce 18 février, de son nouvel essai Inappropriable : ce que l’IA fait à l’humain (éditions Climats), Mazarine Pingeot est de retour sur la scène littéraire. L’occasion de se pencher sur un lieu discret mais chargé d’histoire : le château de Souzy-la-Briche, refuge secret de son enfance avec son père, François Mitterrand.
À quarante kilomètres au sud-ouest de Paris, dans l’Essonne, le château de Souzy-la-Briche sommeille derrière ses hauts murs en briques. Longtemps inconnu du grand public, ce domaine de 280 hectares a pourtant vu défiler nombre de présidents et Premiers ministres. Mais c’est sous la présidence de François Mitterrand qu’il entre véritablement dans la légende. À l’origine, rien ne destinait cette propriété à devenir un lieu de pouvoir. Légué à l’État par Jean-Charles Simon et son épouse Renée, enterrés sur place, le domaine est « accepté » par Georges Pompidou, rapporte Le Point . Une clause singulière précise même que, si la France rejoignait un jour d’hypothétiques « États-Unis d’Europe », le « domaine Simon » deviendrait la résidence de leur président. L’Histoire en décidera autrement.
Dès l’été 1981, à peine élu, François Mitterrand découvre les lieux en toute discrétion, accompagné d’André Rousselet, futur patron de Canal+. Humidité, poussière, étang marécageux… Peu importe : le président est conquis. Ses hauts murs garantissent une intimité précieuse au chef de l’État. Il ordonne alors des travaux conséquents : 2,5 millions de francs sont engagés dès 1982 pour rénover la toiture, repeindre, aménager le parc, créer un terrain de tennis et installer quelques œuvres d’art. En quelques mois, le manoir austère devient une élégante maison de campagne. Car Souzy-la-Briche n’est alors plus seulement une villégiature présidentielle. C’est là que le président socialiste retrouve, presque chaque week-end, son grand amour Anne Pingeot et leur fille, Mazarine, née six ans avant son accession à l’Élysée.
Le manoir de Souzy, le refuge des derniers secrets de François Mitterrand
À l’abri des regards, loin des paparazzis, François Mitterrand vit, avec cette seconde famille, une vie simple. Le président troque le costume pour une tenue décontractée, fait le tour du parc, joue à la pétanque avec ses gardes du corps. La petite Mazarine, elle, dispute des parties de ping-pong, tandis que les soirées s’étirent devant Les Guignols de l’info, ou des séries comme Starsky et Hutch et Dallas, dont père et fille rejouent parfois les scènes. Quelques proches seulement sont admis : l’illustre couple Robert et Élisabeth Badinter ou encore André Rousselet. La sécurité de Mazarine est alors assurée par huit gendarmes, entre 1982 et 1995.
Mais les mystères du manoir de Souzy intriguent. Lorsque le journaliste Jean-Edern Hallier menace de révéler l’existence de cette seconde famille dans la presse, la tension monte. François Mitterrand l’invite alors sur le domaine pour le convaincre de laisser cette histoire de côté. Elle verra finalement le jour après sa mort, en 1996. Jusqu’aux derniers jours de son mandat, le président profitera de ce refuge, même affaibli par son cancer. Et après lui, le domaine change de main. Jacques Chirac y séjourne, Bernadette Chirac y fait notamment rénover la cuisine. Puis en 2007, Nicolas Sarkozy décide d’en faire la résidence de son Premier ministre, préférant pour lui-même La Lanterne, à Versailles.
En 2017, Édouard Philippe y installe un sac de frappe, relate Le Parisien et, dès 2020, Jean Castex, en apprécie le calme verdoyant. D’autres chefs de gouvernement, comme François Fillon, n’y mettront jamais les pieds. Aujourd’hui, le château demeure fermé au public. Son entretien, régulièrement pointé du doigt pour son coût, nourrit les débats. Mais derrière ses tonnelles de roses et son canal peuplé de canards, Souzy-la-Briche conserve le parfum d’un secret d’État et le souvenir d’une enfance protégée. Alors que Mazarine Pingeot publie un nouvel essai et poursuit sa réflexion sur notre époque, ce refuge discret rappelle combien l’histoire intime et l’histoire politique peuvent parfois s’entrelacer, loin du tumulte, dans un village paisible d’Île-de-France.