Que se passe-t-il au sein du Space ? L’édition 2026 du salon international de l’élevage, qui se tient à Rennes, chaque mois de septembre, depuis sa création, en 1987, est-elle menacée ? Depuis plusieurs semaines, l’organisation de cette vitrine du savoir-faire agricole français, véritable mastodonte économique qui attire 100 000 visiteurs par an et plus de 1 200 exposants, est traversée par une crise. Elle oppose son nouveau président, Didier Lucas, soutenu par les administrateurs du Groupement d’intérêt économique (GIE) qui chapeaute l’événement, à une partie des neuf salariés œuvrant à son organisation.
À l’origine de ce « clash », un audit interne, commandé par Didier Lucas, début 2026. Celui-ci est destiné à « définir une trajectoire d’avenir ambitieuse pour le salon (…) pour répondre au mieux aux attentes des agriculteurs, des visiteurs et des exposants », précise un communiqué de ses dirigeants. Selon nos informations, cette étude a aussi été déclenchée pour améliorer la transparence autour de sa gestion, dans un contexte financier compliqué pour ce type d’événement.
Le président Lucas porté vers la sortie
Cette initiative semble avoir été très mal perçue en interne. Une partie des salariés se trouve en arrêt de travail, dont Anne-Marie Quéméner, la commissaire générale du Space et principale artisane de son succès. Bilan : les inscriptions des exposants, qui devaient débuter début février, n’ont pas encore été lancées. Un courriel leur a été adressé, en fin de semaine dernière, évoquant « des problèmes informatiques » pour expliquer ce décalage. Ce message semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase parmi les participants et les professionnels intervenant sur le salon.
Mercredi 18 février, un « collectif d’exposants du Space » s’est fendu d’un communiqué pour « alerter solennellement » tous les acteurs et les autorités « sur la crise et le danger imminent que connaît l’organisation de cet événement majeur ». Ses auteurs témoignent de leur soutien à l’équipe de salariés, en rendant un hommage appuyé à Anne-Marie Quéméner. Ils demandent aussi le départ de son président, Didier Lucas.
« L’équipe permanente est le pilier de la bonne organisation du Space et de son succès, écrivent-ils (…). Le challenge du timing – les retards pris – ne pourra être relevé que si les collaborateurs sont soutenus, accompagnés et mis dans les meilleures dispositions psychologiques par une nouvelle présidence validée par le conseil d’administration. » Qui sont les auteurs de ce communiqué, envoyé aux médias sans être signé ? « Nous avons dû agir vite. C’est le fruit d’une mobilisation spontanée d’une quarantaine d’exposants du Space », explique le Finistérien Jean-Luc Martin. Le fondateur de Tell-élevage, administrateur des agriculteurs de Bretagne et président du festival des Vieilles Charrues, ne cache pas sa colère. « Si on veut que le Space se tienne, il faut que ce soit l’équipe actuelle qui l’organise. »
« Tentative de déstabilisation »
La réplique n’a pas traîné. Longtemps injoignables, les dirigeants du Space se sont fendus d’un communiqué, ce jeudi 19 février, où ils dénoncent « une tentative de déstabilisation d’un collectif d’anonymes », avant de réaffirmer leur soutien au président Didier Lucas et d’enjoindre les exposants à répondre présents pour les 15, 16 et 17 septembre prochains. « L’édition 2026 du Space est officiellement lancée, annoncent-ils. Les inscriptions ouvriront le lundi 2 mars avec un nouveau logiciel. » En informatique, on pourrait parler d’une tentative de réinitialisation après un gros bug technique.