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À New Delhi, les appels à une régulation mondiale de l’intelligence artificielle se heurtent au refus catégorique de Washington. Entre ambitions géopolitiques, fractures transatlantiques et réalité économique encore mesurée, le sommet révèle un affrontement stratégique majeur.

À New Delhi, le « Sommet pour l’action sur l’IA » devait consacrer une ambition : bâtir une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Il a surtout exposé une fracture : les États-Unis ont rejeté toute idée d’encadrement global. Michael Kratsios, conseiller de la Maison Blanche aux sciences et technologies, a affirmé sans ambiguïté que l’administration Trump « rejette totalement la gouvernance mondiale de l’IA ».

Quelques heures plus tôt, Antonio Guterres avait confirmé le lancement d’un « Panel scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle », organe consultatif de 40 scientifiques validé par l’Assemblée générale de l’ONU. Objectif : faire du contrôle humain de l’IA une « réalité technique ». Une architecture inspirée du GIEC et pensée comme socle d’une régulation.

Mais pour Washington, l’IA doit d’abord demeurer un levier de puissance et de prospérité. Les références aux risques climatiques ou à l’équité sont dénoncées comme des justifications bureaucratiques. Dans la rivalité stratégique avec la Chine et face à une Europe favorable à l’encadrement, l’administration Trump entend préserver sa liberté d’action. Dans ce contexte, la position de Sam Altman, patron d’OpenAI, plaidant pour un besoin urgent de régulation, souligne la diversité des lignes au sein même du secteur technologique.

La bataille politique contraste toutefois avec la réalité économique mesurée. Une étude du National Bureau of Economic Research, menée auprès de 6 000 dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie, indique que près de 90 % d’entre eux estiment que l’IA n’a eu « aucun impact » sur l’emploi ou la productivité au cours des trois dernières années.