Est-ce qu’on peut aider l’Ukraine depuis Lannion, depuis le Trégor ?
Oui. La presse a mis en avant l’initiative des marins du Finistère Nord qui ont envoyé des filets (pour la lutte anti-drones, NDLR). Nous, on n’envoie pas de filets, mais on participe au remplissage de camions, avec des vêtements, des produits médicaux, des jumelles de vision nocturne. Tout ce qui peut permettre de protéger et aider la population. À notre échelle, on a aussi une action politique au sens noble : attirer l’attention et informer la population sur ce qui se passe en Ukraine. Pour qu’on ait conscience que chaque jour, des choses importantes se jouent là-bas, leur liberté et la nôtre. Sur le front d’Ukraine, c’est en fait l’avenir de l’Europe qui se joue.
Que répondez-vous à ceux qui disent : « Occupons-nous de nos problèmes d’abord » ?
L’humanisme, ce n’est pas ça. On a souffert nous-mêmes d’une occupation, on sait ce que c’est. Ce qui se joue en Ukraine, c’est la démocratie pour eux, leur survie en tant que peuple, mais aussi l’avenir de l’Europe, parce que si l’Europe échoue face à l’expansion russe, elle éclatera rapidement. Si on apparaît faible face à Poutine, il continuera. Les gens pensent que c’est loin, Mais la distance entre Strasbourg et l’Ukraine, c’est la même qu’entre Brest et Menton, à la frontière italienne. C’est tout près.
Reste-t-il encore beaucoup d’Ukrainiens qui vivent ici dans le Trégor ?
Oui, il y a beaucoup de femmes et d’enfants. Des femmes dont le mari travaille là-bas, où qui est sous les drapeaux. Il en reste, il en arrive, il en repart. Quand ils sont dans une zone un peu plus en sécurité, ils y retournent. Ici, ils s’intègrent très vite au marché du travail. Le principal problème pour eux, ce sont les problèmes administratifs, très peu d’entre eux sont francophones.
Les membres de votre association croient-ils une paix possible ?
Le grand élément de déstabilisation a été l’arrivée de Trump au pouvoir : on n’a pas un allié, on a un adversaire. Ça change l’équilibre mondial et ça oblige l’Europe à prendre ses responsabilités en matière de finances et en matière de dépenses militaires. Elle doit monter en puissance, dans un secteur qu’elle a complètement délaissé, laissé aux Américains, la défense. On prêche pour une prise de conscience que l’Europe ne peut pas se défendre pays par pays, mais qu’on doit avoir une défense européenne.
Mais vous croyez à un horizon de fin de guerre ?
Disons qu’on a quand même un exemple devant nous, c’est la résilience extraordinaire des Ukrainiens. Les Russes pensaient gagner en trois jours. Quatre ans après, ils n’ont pratiquement pas avancé. Et il n’y a pas de négociation de paix parce qu’il (Poutine, NDLR) ne veut pas de paix. Il faut renforcer l’Ukraine en lui livrant les armements dont elle a besoin.
Pratique
Mardi 24 février à 18 h, devant la mairie de Lannion, Trégor solidarité Ukraine organise un rassemblement commémoratif.