Par

Glenn Gillet

Publié le

21 févr. 2026 à 18h12

Téléphones à la main, Corine et Alain prennent des photos de Rigolote, une truie de race pie noir du Pays basque en lice pour le concours général agricole et présentée au sein du pavillon 1 du Salon international de l’Agriculture (SIA). Ce couple d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), qui confie son faible pour « les races et produits du Sud-Ouest », n’a pas été refroidi par l’absence inédite de bovins pour l’édition 2026 de l’événement qui s’est ouverte ce samedi 21 février, porte de Versailles à Paris. « C’est toujours intéressant de venir, même si les vaches ne sont pas là cette année. Ça n’enlève rien à la valeur du Salon », assure Corine. Elle défend même, comme son mari, une volonté de « soutenir les paysans et l’agriculture française » dans un moment difficile.

« Une année à ne pas louper »

Par précaution dans le cadre de la vague de dermatose nodulaire bovine et par solidarité avec les éleveurs dont les bêtes ont été touchées, les représentants de la filière ont en effet décidé de ne pas ramener de vaches au Salon, au grand dam des organisateurs. Mais dans les allées, des professionnels d’autres filières (ovine, équine…) estiment auprès d’actu Paris que l’absence des bovins pourrait, d’une certaine manière, leur être bénéfique.

Didier, venu d'Aubervilliers, devant l'enclos de Rigolote, truie de race pie noir du Pays basques, à l'ouverture du Salon de l'Agriculture à Paris,  samedi 21 février 2026.
Didier, venu d’Aubervilliers, devant l’enclos de Rigolote (et de ses petits), truie de race pie noir du Pays basque, à l’ouverture du Salon de l’Agriculture à Paris, samedi 21 février 2026. (©GG/actu Paris)

« Cette année, les chevaux seront les seuls gros animaux présents », rappelle Pierrick, éleveur basé dans le Doubs, « c’est une année à ne pas louper parce que le cheval a rarement eu l’occasion d’être autant mis en valeur. Alors oui, les pros qui viennent voir les vaches ne seront pas là, mais le grand public, ça ne va pas le freiner », considère-t-il.

Julie, camarade de stand au sein du pavillon 6 pour représenter les éleveurs de chevaux comtois (race originaire de Franche-Comté), abonde : « On ne se réjouit pas du tout de ce qu’il se passe dans la filière bovine, mais c’est vrai que ça fait que le Salon va être une vitrine qui va nous permettre de nous mettre plus en lumière, par rapport à quand les vaches sont là ». Objectif : « faire de l’éducation auprès du public novice, mais aussi prendre des contacts avec le public pro ».

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🐮👩‍🌾 Pas de vaches au Salon de l’Agriculture, mais les éleveurs sont présents pour parler de leur travail, et s’adaptent pour transmettre des messages autour de l’alimentation française. #agriculture #vache #salon #france

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Même espoir du côté des éleveurs de moutons. « Au Salon, le public vient surtout voir les animaux », considère l’éleveur de moutons Matthieu Labergerie (ça ne s’invente pas), basé dans l’Allier et qui présente pour la deuxième fois ses bêtes de race Texel au SIA, « d’habitude, quand il y a les bovins et les ovins côte à côte » au sein du pavillon 1, « les gens regardent quand même beaucoup plus les ovins. Là, ça veut dire que les gens vont sûrement se rapprocher des moutons ».

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« On s’attend à moins de monde que les années précédentes »

Toujours du côté des ovins, Didier, basé à Salon-de-Provence, explique n’avoir loupé que deux éditions du SIA depuis sa première participation en 1991 et considère que cette année, « même s’il n’y a pas les vaches, ça reste le salon de Paris, c’est un lieu où il y a des journalistes, des politiques » et où il faut donc être, même s’il reconnaît avoir « mal au cœur » en voyant qu’une grande partie du pavillon 1 est restée vide faute de vaches à accueillir.

Contrairement à d’autres éleveurs, il dit par ailleurs faire « partie de ceux qui pensent qu’il ne fallait pas boycotter le salon cette année », ce qu’ont choisi de faire certains professionnels pour dénoncer la gestion des différentes crises agricoles par le gouvernement. « Boycotter quand ça va mal, c’est une connerie monumentale », lâche-t-il.

Didier, éléveur ovin basé à Salon-de-Provence, devant son stand au Salon de l'agriculture.
Didier, éléveur ovin basé à Salon-de-Provence, devant son stand au Salon de l’agriculture. (©GG/actu Paris)

Pour cette édition 2026, Didier se « veut optimiste », mais estime qu’en ce samedi matin, jour phare du Salon, « c’est quand même très calme ». « On s’attend à moins de monde que les années précédentes, mais l’important c’est que ça se passe bien. J’espère que ça restera calme parce que moi, ce que je crains, c’est un problème avec les bonnets jaunes », explique-t-il, faisant référence aux couvre-chefs des militants de la Coordination rurale, syndicat connu pour ses actions coup de poing, son opposition frontale au gouvernement et son ancrage politique entre droite et extrême droite.

Ce samedi, pour dénoncer l’action du gouvernement en matière de soutien aux agriculteurs, la Coordination rurale et la Confédération paysanne (autre syndicat agricole classé à gauche) ont boycotté la traditionnelle inauguration du Salon par Emmanuel Macron : « Je lui déconseille d’essayer de venir nous voir, l’accueil risque d’être rude », a notamment précisé François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale. La FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont quant à eux choisi d’y participer.

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