Les forces ukrainiennes ont mené samedi une frappe contre un site industriel situé en Russie. Selon l’Ukraine et des chaînes d’information russes non officielles, il s’agirait d’une importante usine de missiles appartenant à l’État.
L’attaque, survenue en République d’Oudmourtie, a fait 11 blessés, dont 3 ont été hospitalisés, d’après un message publié sur Telegram par Sergueï Bagine, ministre local de la Santé.
«L’une des installations de la république a été attaquée par des drones [lancés par l’Ukraine]», a déclaré le chef régional Alexandre Brechalov dans un autre message Telegram. Il a ajouté que la frappe avait fait des blessés et des dégâts matériels, sans toutefois préciser le site ni donner plus de détails.
Quelques heures plus tard, l’état-major ukrainien a annoncé que ses forces avaient frappé une importante usine de missiles près de Votkinsk, en utilisant des missiles de croisière FP-5 «Flamingo» de fabrication ukrainienne, et non des drones.
«Une entreprise du complexe militaro-industriel, l’usine de Votkinsk, a été touchée. Un incendie s’est déclaré sur le site. Les circonstances exactes sont en cours d’investigation», a indiqué l’état-major général dans une publication Facebook.
Astra, une chaîne d’information russe non officielle diffusée sur Telegram, avait également affirmé plus tôt dans la journée de samedi que la frappe visait l’usine de construction mécanique de Votkinsk, une importante entreprise publique du secteur de la défense. Astra a précisé fonder son affirmation sur l’analyse d’images filmées par des habitants.
L’usine de Votkinsk, située à plus de 1400 kilomètres de l’Ukraine, produit des missiles balistiques Iskander, souvent utilisés lors de frappes contre l’Ukraine, ainsi que des missiles balistiques intercontinentaux à capacité nucléaire, des missiles pour sous-marins et des missiles Kinzhal aéroportés.
SHOT, une autre chaîne Telegram russe non officielle qui cite fréquemment des sources au sein des services de sécurité, a rapporté que des habitants de Votkinsk avaient entendu au moins trois explosions durant la nuit, ainsi que ce qu’ils ont interprété comme le bourdonnement de drones.
L’aéroport principal de passagers de la République d’Oudmourtie, situé à Ijevsk, et ceux des régions voisines ont suspendu leurs activités tôt samedi matin, selon Rossaviatsia, l’autorité russe de l’aviation civile.
Par ailleurs, dans la nuit de samedi à dimanche, l’état-major ukrainien a indiqué que ses forces avaient également ciblé une usine de traitement de gaz dans la région russe de Samara. Plus tôt dans la journée, des blogues militaires russes avaient rapporté qu’une attaque avait provoqué un incendie dans cette usine. Les autorités russes n’ont pas immédiatement réagi.
Aucun progrès
Cette frappe est intervenue quelques jours après la fin, mercredi, des dernières négociations menées sous l’égide des États-Unis entre les émissaires de Moscou et de Kiev concernant l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie. Ces pourparlers n’ont abouti à aucune avancée significative, alors que le quatrième anniversaire du conflit approche la semaine prochaine.
Ces négociations en Suisse constituaient le troisième cycle de pourparlers directs organisés par Washington, après les réunions d’Abou Dhabi en début d’année, qualifiées de constructives par les responsables, mais qui n’avaient pas permis de progrès majeurs. Les attentes concernant des avancées significatives à Genève étaient faibles.
L’armée de l’air ukrainienne a annoncé que la Russie avait attaqué l’Ukraine dans la nuit de vendredi à samedi avec 120 drones et un missile balistique. Les forces ukrainiennes ont abattu 106 drones, tandis que le missile et 13 drones ont touché des cibles dans 11 localités du pays, selon le communiqué.
Le président de la région d’Odessa sur la mer Noire, Oleh Kiper, a énoncé que des drones avaient endommagé des infrastructures civiles et énergétiques dans la région, notamment un lycée et des entrepôts d’une entreprise énergétique. Deux personnes ont également été blessées, a-t-il indiqué dans un communiqué publié sur Telegram.
La ville portuaire d’Odessa, dans le sud du pays, et sa région sont fréquemment la cible d’attaques russes. Plus tôt cette semaine, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a annoncé que des dizaines de milliers d’habitants d’Odessa étaient privés de chauffage et d’eau courante.
Dans des propos publiés sur les réseaux sociaux lundi soir, M. Zelensky a déclaré que Moscou devait être tenue pour responsable de ces frappes incessantes, qui, selon lui, compromettent les efforts des États-Unis en faveur de la paix.
Par ailleurs, le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) a affirmé que l’Ukraine avait pu collecter des données sur Telegram et les utiliser à des fins militaires. L’application est extrêmement populaire en Russie, y compris auprès des soldats déployés au front.
Selon les médias d’État russes, le FSB aurait assuré avoir reçu de «nombreux rapports fiables» indiquant que l’utilisation de Telegram «a entraîné à plusieurs reprises des menaces contre la vie des militaires au cours des trois derniers mois». Ces rapports ne citent aucun exemple ni preuve.
De plus, le président russe Vladimir Poutine a signé vendredi une loi obligeant les opérateurs mobiles en Russie à bloquer les services Internet mobiles et fixes à la demande du FSB. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des efforts continus du Kremlin pour renforcer son contrôle sur Internet.
Plus tôt ce mois-ci, l’agence russe de surveillance des communications, Roskomnadzor, a annoncé qu’elle imposerait de nouvelles restrictions à Telegram, l’accusant de ne pas respecter la législation russe. Cette décision a suscité de vives critiques de la part de blogueurs militaires russes, qui ont averti que Telegram était largement utilisé par les troupes combattant en Ukraine et que sa limitation perturberait les communications militaires.
La semaine dernière, la Russie a tenté de bloquer totalement WhatsApp dans le pays, a indiqué l’entreprise. Les autorités russes ont déjà bloqué les principaux réseaux sociaux, comme Twitter, Facebook et Instagram, limité l’accès à YouTube et renforcé méthodiquement les restrictions imposées à d’autres plateformes populaires depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022.
The Associated Press