Cette photographie aérienne montre la Garonne en crue inondant une zone résidentielle à Tonneins, dans le sud-ouest de la France, le 13 février 2026.

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Cette photographie aérienne montre la Garonne en crue inondant une zone résidentielle à Tonneins, dans le sud-ouest de la France, le 13 février 2026.

La pluie ne s’arrête pas de tomber, notamment dans l’ouest de la France. Les crues sont nombreuses de la Loire-Atlantique au Sud-Ouest et les cours d’eaux débordent et inondent des villes. Trois départements sont toujours placés en vigilance rouge ce dimanche 22 février, malgré le retour d’un temps sec.

« Une moitié de la France, côté ouest, a reçu des quantités de pluie astronomiques depuis début février, à tel point que le taux d’humidité des sols est un record historique », souligne Emma Haziza, hydrologue, membre du Conseil scientifique de l’Unicef et présidente fondatrice de Mayane Resilience Center, spécialisé dans l’adaptation climatique. « L’eau qui stagne actuellement finira par s’infiltrer dans le sol ou, dès le retour de périodes plus calmes, s’évaporera en partie », explique-t-elle également.

Pour autant, « il est factuellement faux de se dire que parce qu’il pleut beaucoup aujourd’hui, alors on ne craint plus rien pour l’été ». Car contrairement aux idées reçues, les crues exceptionnelles ne garantissent en rien des réserves d’eau dans les mois à venir. Un phénomène contre-intuitif régulièrement exploité par les climato-sceptiques.

Des niveaux de nappes phréatiques variés

L’état des nappes phréatiques est loin d’être homogène sur tout le territoire hexagonal. Au dernier relevé publié du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le 1er février, les nappes phréatiques étaient presque toutes situées à un niveau de remplissage autour de la moyenne. Des niveaux hauts à très hauts étaient relevés en Bretagne et dans le secteur de l’Ardèche, le Cantal, l’Aveyron mais aussi le Gard. En revanche, des niveaux bas étaient relevés dans une partie de la Normandie ainsi que dans le nord-est du pays. Après les pluies de ces quinze derniers jours, le niveau de la plupart des nappes des zones concernées a donc encore été relevé.

La carte de la situation des nappes phréatiques au 1er février 2026, par le Bureau de recherches géologiques et minières.

BRGM

La carte de la situation des nappes phréatiques au 1er février 2026, par le Bureau de recherches géologiques et minières.

Les chutes d’eau actuelles interviennent au meilleur moment pour les nappes phréatiques car « on est dans la période de leur recharge, qui intervient quand le sol est froid et que la végétation est en dormance », précise Emma Haziza.

Rien n’assure pour autant que d’ici quelques mois des alertes sécheresses ne seront pas mises en place. Et la spécialiste d’évoquer un exemple parlant : en fin d’année 2017 et jusqu’au printemps 2018, la France a subi de fortes précipitations. « Avant l’été on s’était retrouvé avec un excédent généralisé dans les nappes phréatiques de + 30 % », détaille l’hydrologue. « Normalement avec ça, dans un contexte sans réchauffement climatique, on tient jusqu’à la fin de l’été », avance-t-elle. De quoi s’assurer un été serein ? Eh bien non.

« La France a subi quasiment trois semaines de canicule en juillet. Cela a fait plonger l’état des sols et des nappes dans une situation pire que celle de l’année précédente qui avait connu dix mois sans précipitations et battu des records historiques de sécheresse », poursuit la spécialiste, avant d’en conclure : « C’est un scénario qui peut tout à fait se reproduire cette année. »

Car les nappes phréatiques, qui constituent les réserves d’eau souterraines, sont en mouvement permanent. Leur niveau évolue en fonction des précipitations, de l’évaporation et des prélèvements. On ne peut donc pas se considérer comme sauvés une fois qu’elles sont rechargées en totalité.

« Chaque jour où la température dépasse les 25 degrés, l’eau s’évapore »

La spécialiste fixe la date limite du rechargement actuel des nappes phréatiques entre le 15 mars et le 1er avril, d’ici un bon mois. Après cela, les nappes entreront dans la phase de vidange. « Toute l’eau qui arrive à partir de cette date est aspirée par la végétation. Cette évapotranspiration des végétaux permet également de réguler les températures en surface. Lorsqu’il y a des anomalies thermiques, les végétaux puisent dans les nappes phréatiques », explique-t-elle.

Et ensuite, « chaque jour où la température dépasse les 25 degrés, l’eau s’évapore ». Le phénomène est évidemment plus marqué lorsque le thermomètre affiche 30 ou 35 degrés.

Par ailleurs, Emma Haziza note que les « changements soudains » entre périodes de sécheresse et fortes précipitations « sont un marqueur du dérèglement climatique », dont l’impact sur le cycle de l’eau est particulièrement visible depuis 2017.

À noter que chaque nappe phréatique ne réagit pas de la même manière selon sa composition. Une même région peut donc connaître des zones différentes de crues et de sécheresses, malgré des précipitations identiques à ces endroits. Emma Haziza prend l’exemple de la Dordogne : « L’amont du bassin est un réseau cristallin, des milieux fissurés granitiques. Au milieu c’est une zone calcaire, puis enfin à l’aval, vers Libourne puis Bordeaux, alluviale. » L’eau pénètre donc différemment suivant les sols, les types de nappes et les caractéristiques du bassin versant. C’est le dernier, très perméable, qui aura la meilleure absorption de l’eau.