Participer à une téléréalité pour gagner un permis de séjour. C’est l’idée glaçante au cœur de la nouvelle série belge The Best Immigrant. Le pitch : alors qu’un gouvernement d’extrême droite arrive au pouvoir et veut expulser les étrangers, une émission TV fait s’affronter différents candidats pour remporter ce permis. Signe d’un monde détraqué ? « Face à la montée des populismes, des régimes autoritaires, les séries entrent en résistance », dépeint Laurence Herszberg, directrice générale de Séries Mania, lors d’une conférence de presse de présentation de l’événement, le 12 février.

À l’occasion de sa prochaine édition prévue du 20 au 27 mars à Lille, ce festival devenu une référence mondiale dans le domaine a établi une liste des tendances dans les séries actuelles et à venir, après réception de 375 œuvres de 64 pays – une cinquantaine ont été sélectionnées au final. La montée du fascisme et les tentations autoritaires sont l’une de ces tendances. En témoigne aussi, outre The Best Immigrant, la série d’ouverture du festival : The Testaments (États-Unis). Suite de La Servante écarlate, adaptation de la dystopie littéraire de Margaret Atwood, celle-ci interroge le sort des femmes dans les pays autoritaires. Présentée en avant-première, elle sortira le 8 avril sur Disney +.

Trois autres exemples : Breendonk (Belgique) propose une réflexion sur la résistance et la collaboration dans une Flandres sous occupation nazie ; Anatomie d’un instant (Espagne) se penche sur un coup d’État raté après la mort de Franco ; Etty (Pays-Bas) suit le parcours, transposé à l’époque actuelle, de l’autrice Etty Hillesum, déportée en camp de concentration (à voir sur Arte au printemps).

Escobar fils

La deuxième tendance établie par Séries Mania est le retour des hommes comme héros des séries. « Depuis quelques années, les héros étaient des héroïnes. Les hommes reviennent mais sont en crise ou en métamorphose », détaille Laurence Herszberg. Dear Killer Nannies (Amérique latine) met en scène le fils de Pablo Escobar cherchant à fuir l’environnement familial ; The Audacity (États-Unis), un patron de la tech californienne en crise existentielle ; Burden of Justice (Suède), des avocats pénalistes en plein doute. En parallèle, « les femmes sont montrées combattantes », poursuit la dirigeante. C’est le cas dans My Brother (Suède / Danemark / Norvège / Finlande / Islande), où une femme tente de venir en aide à son jumeau. Ou encore dans Dustfall (Australie), relatant une enquête sur une agression sexuelle, comme dans Grandiose (France), centrée sur des jeunes souffrant de troubles du comportement alimentaire (la série sera diffusée sur TF1).

À rebours de ces deux tendances, d’autres séries promettent – malgré tout – de faire rire. C’est l’ambition de Lucky Luke (France), une adaptation de la BD éponyme avec Alban Lenoir, ou encore de la science-fiction japonaise, Queen of Mars. Quid des pays ayant le plus le vent en poupe ? « L’Europe se confirme comme le centre névralgique de la créativité, avec une très forte présente anglaise, nordique, de la Belgique, ou de la Pologne représentée pour la première fois avec deux séries », complète Laurence Herszberg.