Par
Emilien Jacques
Publié le
22 févr. 2026 à 21h36
Mathias et Anne-Sophie Schmit vivent dans un F3 d’un peu plus de 60 mètres carrés au premier étage de la résidence Stern, à Elbeuf (Seine-Maritime). Lorsqu’ils ont emménagé avec leur adolescent Mathéo en 2023, ils ne s’attendaient pas à être confrontés à tout ce qu’ils dénoncent aujourd’hui. Insalubrité, insécurité et conflit de voisinage empoisonnent leur quotidien, eux qui ne cessent d’alerter leur bailleur sans que la situation au sein de l’immeuble n’évolue pour autant. « Ils font la sourde oreille », estime le couple, démuni face à une situation qui chaque jour lui pèse un peu plus. « Cela fait trois ans qu’on endure, il faut que quelqu’un fasse quelque chose. »
« Un vrai coupe-gorge »
Pour pénétrer dans cet immeuble de la rue Jeanne-Picard, nul besoin d’habiter les lieux. Il suffit d’appuyer assez fort sur la porte pour qu’elle s’ouvre. « Il y a régulièrement des jeunes qui occupent les parties communes », entame Mathias Schmit. Ces intrusions à répétition, en plus des nuisances sonores et des dégradations dans les parties communes qu’elles engendrent, ont déjà donné lieu à des tentatives d’effraction dans les appartements, et parfois même à des agressions selon le couple de locataires. « On appelle la police mais quand ils arrivent il n’y a plus personne, ajoute Anne-Sophie Schmit. Et encore, ça c’est quand ils viennent… »
La réputation d’un bâtiment où l’on entre à volonté s’est vite répandue aux alentours. « Ce lieu est connu pour être un lieu de squat », en déduit Benjamin, habitant un étage au-dessus de la famille Schmit. Lui, témoigne de l’insécurité qui règne aussi à l’extérieur, commençant par pointer du doigt une voiture en piteux état stationnée sur le parking de la résidence. « Cette voiture, elle est là depuis des mois, avance-t-il. Les jeunes se réunissent dedans mais personne ne l’enlève. »
Puis il enchaîne aussitôt en évoquant l’unique éclairage public de la résidence, un lampadaire en panne depuis un an. « Le soir on est entièrement dans le noir », commente Anne-Sophie Schmit. « C’est un vrai coupe-gorge ce lieu », ajoute Mathias Schmit, reconnu personne à mobilité réduite depuis six ans. « Il faut absolument sécuriser les lieux. »
Des travaux en 2026 ?
Pour ces locataires, sécuriser les lieux passe également par la rénovation des parties communes, dont les traces au plafond, la peinture qui s’écaille et les fissures aux murs trahissent un manque d’étanchéité. « Un jour, il y a même de l’eau qui a coulé dans l’escalier », se souvient Anne-Sophie Schmit.

Les parties communes du bâtiment sont en proie à des infiltrations d’eau, en plus d’être régulièrement squattées. ©Emilien Jacques
Et à propos de cette insalubrité, les anecdotes pleuvent. Par exemple : « En août dernier, la serrure de notre porte s’est bloquée à cause de la vétusté », rapporte Mathias Schmit, qui dit se fier au diagnostic du serrurier qu’ils ont dû eux-mêmes faire intervenir. « On n’a pas pu rentrer chez nous durant trois jours, poursuit-il. On a dû se débrouiller car EBS Habitat nous a dit que c’était à nous de gérer ça ». Un évènement qui illustre ce que le couple reproche à son bailleur depuis des mois. « Ils ne font rien pour notre sécurité, aucune action n’est faite », déplore Mathias Schmit.
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Le quartier est abandonné, on se sent livrés à nous-même.
Benjamin, habitant de la résidence Stern, à Elbeuf.
Contacté, EBS Habitat dit avoir connaissance de la situation et informe d’une grande rénovation à venir. « Un programme de réhabilitation thermique par l’intérieur est actuellement en cours d’instruction pour un lancement des travaux prévu en 2026 », affirme son directeur, Olivier Colange. Ce projet doit inclure la « reconstruction des cages d’escalier y compris leur étanchéité », mais également le « remplacement des portes de hall » avec un « système de verrouillage du hall plus performant ».
Un dialogue impossible
Un projet déjà parvenu aux oreilles de Mathias Schmit qui, pour le moment, reste perplexe : « On ne veut pas de promesses, on veut des travaux. » Une méfiance alimentée par une communication quasi inexistante entre les locataires et leur bailleur. En témoignent ces faits rapportés par la famille Schmit depuis plusieurs mois à EBS Habitat. « Cela fait un an que notre voisin de palier fume dans les parties communes », explique Mathias Schmit. « On veut qu’EBS Habitat viennent constater le délit de nuisances olfactives », ajoute Anne-Sophie Schmit. Malgré de nombreux appels du couple à son bailleur, aucune procédure n’est engagée.
Nous avons des signalements uniquement téléphoniques, mais jamais d’écrits, or aucune démarche ne peut aboutir sans que l’objet du litige soit formalisé par écrit.
Olivier Colange, directeur d’EBS Habitat.
Les signalements effectués par Mathias et Anne-Sophie Schmitt sont donc classés sans suite depuis des mois. Un dialogue de sourd qui laisse cette famille en plein désarroi. « J’aimerais qu’on retrouve ce pour quoi on est venu là, pour vivre dans des logements calmes, soupire Mathias Schmit. On réclame juste que l’on puisse vivre en paix. »
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