À la sortie des Gonds, village limitrophe de Saintes aux 130 maisons touchées par les inondations, une solution pratique et imaginative a été trouvée vendredi 20 février après-midi pour soulager plusieurs dizaines de riverains. « Jeudi, on avait commencé à prévenir les habitants pour qu’ils laissent leur voiture de ce côté-là et qu’ils regagnent leur logement à pied, car l’eau allait bientôt les empêcher de passer », déroule le maire du village. Une situation loin d’être pratique. Vendredi à 12 h 30, il y avait 15 centimètres au plus profond et 5 centimètres au plus haut, avant que cela progresse encore un peu.

La route de secours a permis aux habitants de regagner leur hameau au sec.
É. L./ SO
Waze met la pagaille
« Cela représente près de 200 logements, ça fait un peu de monde », résume Alexandre Grenot. Deux scénarios, trop compliqués, sont vite balayés. Et puis eurêka ! Entre le maire gontais et Frédéric Caron, directeur des infrastructures au Département, une idée fait son chemin. « On m’a souvent raconté que lors de la crue de 1982 (6,84 m), de l’enrobé avait été rajouté sur le pont de Saintonge pour permettre aux voitures de circuler. » Quarante-trois ans après, rebelote avec du fraisât d’enrobé inerte, des déchets de chantiers routiers ne contenant pas de goudron. Entre 15 h 30 et 17 h 30, ce sont ainsi 200 tonnes de ce fraisât qui ont été étalées sur 70 mètres, créant une route de 30 centimètres d’épaisseur et 3,5 mètres de large.
« Vu l’importance de la crue, ces deux plans successifs proposés par la préfecture étaient les bienvenus »
Le temps de ces travaux d’urgence, il a fallu composer avec les automobilistes bloqués. « Waze en envoyait certains par ici, on a eu un couple qui voulait aller à l’île d’Oléron, on leur a dit : ‘‘Il y a bien une île ici mais ce n’est pas celle que vous cherchez’’ », sourit Alexandre Grenot. Si l’eau monte encore ces prochains jours, deux camions sont prêts au cas où.
Sophie Carré habite de l’autre côté, dans le hameau isolé par la crue. Commerçante à Saintes, elle a été agréablement surprise par ce nouveau chemin sorti des eaux. « J’appréhendais car je savais que tôt ou tard, je n’allais pas pouvoir traverser pour aller travailler, indique-t-elle. Ça m’a sorti une belle épine du pied. » François, sympathique grand-père, voit aussi ça d’un bon œil même s’il avait prévu le coup. « On avait des provisions et les poules pondent de nouveau, un bocal de tomates et deux œufs par-dessus, parfait comme repas », partage le Saintais, avant de se rendre dans la ville pour renouveler son stock de nourriture.

François, qui habite à l’entrée du Moulin rompu, avait prévu le coup en cas d’inondation.
É. L./ SO
Fini le tracto-ferry
Non loin, à Courpignac, hameau des Gonds, connu ces derniers jours pour être le lieu d’embarquement du célèbre tracto-ferry vers Courcoury, coupée du monde, les sauveteurs de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Rochefort et La Rochelle rangent calmement leur matériel. Ils terminent une mission démarrée vendredi après-midi : suppléer le tracto-bus qui ne pouvait plus passer. Mardi dernier, le maire de Courcoury, Éric Bigot, nous confiait : « Avec 20 centimètres de plus, ce sera foutu. » Voilà donc que vendredi à 14 heures, sur réquisition préfectorale, 14 sauveteurs sont venus prêter main-forte pour assurer la traversée des habitants et soignants. « Avec 65 centimètres d’eau au niveau du pont, on arrivait à la limite, la préfecture nous a proposé cette solution avec les bateaux », rembobine Éric Bigot.

À Courcoury, vendredi et samedi matin, les sauveteurs de la SNSM ont pris le relais du tracto-ferry, qui ne pouvait plus passer dans l’eau pour atteindre le village de Courcoury, coupé du monde. En quelques heures, ils ont transporté 200 passagers.
Xavier Léoty / SO
Vendredi après-midi jusqu’à 20 h 30, puis encore samedi matin dès 7 heures, la SNSM a accompli un sacré boulot, en acheminant plus de 200 habitants au total. « Nous étions trois pour faire avancer un bateau sur environ 1 kilomètre pour une traversée qui dure en moyenne une quinzaine de minutes avec de l’eau jusqu’au bassin », décrit Éric Hary, le directeur du centre de formation de Rochefort.

Samedi, dans la matinée, trois camions 4×4 de la gendarmerie ont pris la suite des sauveteurs pour acheminer les habitants et leurs provisions.
Xavier Léoty / SO