De Nairobi à Stellenbosch, une poignée de
chercheurs a avalé plus de 6 000 km en Afrique en moto électrique,
sans jamais croiser une borne. Leur pari 100 % solaire pourrait
changer la manière d’imaginer la mobilité sur le continent.

Sur nos routes françaises, avaler 2 600 km à moto, c’est déjà un
gros road trip, du genre Paris–Marrakech avec pas mal d’arrêts
carburant. Là, une petite équipe de chercheurs est allée beaucoup
plus loin : plus de 6 200 km à travers l’Afrique, du Kenya jusqu’en
Afrique du Sud, sur une simple moto électrique
sans s’arrêter une seule fois à une borne de recharge, selon
Frandroid.

Ce périple a un nom, presque un programme : Recharging
Hope
. Derrière, des scientifiques de l’Université
de Stellenbosch
, en Afrique du Sud, qui veulent prouver
que la moto électrique en Afrique n’est pas une
utopie réservée aux grandes villes raccordées au réseau. Leur idée
: montrer qu’avec le soleil comme seul “carburant”, on peut rouler
loin, très loin, sur un continent où les infrastructures de
recharge sont quasi inexistantes. Et là, on se demande tout de
suite : comment on enchaîne plus de 6 000 km sans
borne
sur la route ?

Une moto électrique, six pays africains et zéro borne sur la
route

Le point de départ, c’est Nairobi, au Kenya. L’arrivée,
Stellenbosch, en Afrique du Sud. Entre les deux, environ 6 000 à 6
200 km, traversés en 17 jours seulement, en passant par six pays
d’Afrique de l’Est et australe. Pour donner un ordre d’idée, c’est
plus du double des fameux 2 600 km dont rêvent déjà de nombreux
motards, mais ici réalisé avec une moto branchée… au soleil.
L’équipe revendique même un « record du monde officieux » avec 1 009
km parcourus en une seule journée, au guidon de leur machine.

Tout n’a pas été une balade de santé. Les chercheurs racontent
avoir essuyé de violents orages, des tempêtes de grêle et des
dénivelés costauds. Stephan Lacock, du laboratoire Electric
Mobility Lab de l’université, résume le contraste : « à un moment,
vous êtes à 2 200 mètres d’altitude au milieu de plantations de
bananes et de café, et l’instant d’après, vous descendez dans le
Serengeti avec ses vastes plaines verdoyantes », explique-t-il, cité
par Frandroid. Et sur une grande partie du trajet, aucune station
rapide, aucune prise disponible : si la
moto roule, c’est parce que l’équipe a emporté sa propre
“station-service” solaire.

Remplacer les bornes par le soleil : le pari de Recharging
Hope

Au cœur de l’expédition, on trouve une Roam
Air
, une moto électrique africaine conçue
au Kenya pour les routes locales, souvent défoncées et chargées à
bloc. Elle fonctionne avec des batteries amovibles et affiche une
autonomie officielle autour de 75 km, qui peut grimper à plus de
100 km dans de bonnes conditions. Le record annoncé atteint même
113 km sur une seule charge. Sa vitesse maxi tourne autour de 90
km/h, avec une capacité de charge d’environ 220 kg, de quoi coller
au quotidien des taxis-motos très répandus sur le continent.

Pour se passer totalement du réseau, les chercheurs ont associé
cette moto électrique à dix panneaux solaires et à
un pack de batteries transporté dans le convoi. La formule est
simple sur le papier : pendant que la moto roule avec un jeu de
batteries, les autres se rechargent au soleil sur les
panneaux
. Dès qu’un pack est vide, on l’échange contre un
plein, et la route continue. Étape après étape, cette station
solaire mobile a permis d’enchaîner les kilomètres sans jamais se
brancher à une borne classique, même dans les zones où
l’électricité reste rare ou instable.

Derrière cette démonstration, il y a un enjeu très concret. En
Afrique, la mobilité électrique démarre tout juste
: seulement 11 000 voitures 100 % électriques neuves ont été
vendues sur tout le continent en 2024, soit moins de 1 % du marché.
En revanche, les motos et les minibus, souvent utilisés comme taxis
collectifs, sont partout. Le projet Recharging
Hope
veut montrer que ces véhicules du quotidien
pourraient, eux aussi, passer à l’énergie solaire
grâce à des batteries échangeables et à de petites stations de
recharge déployées là où il n’y a ni bornes ni réseau fiable.

Cette traversée au long cours ne transforme pas d’un coup toutes
les routes africaines en autoroutes de l’électrique, mais elle sert
de laboratoire roulant. Elle offre des données réelles sur les
performances, l’autonomie, la recharge et la robustesse d’une moto
comme la Roam Air dans des conditions extrêmes. Le documentaire
« Recharging Hope », qui retrace ce périple entre Kenya et Afrique du
Sud, doit maintenant permettre à un plus large public de voir
comment cette équipe a réussi à faire ce que beaucoup pensaient
impossible : rouler des milliers de kilomètres en
Afrique
, au guidon d’une moto électrique, avec le soleil comme
unique borne de recharge.