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Entre loyers exorbitants et concurrence d’Internet, la plus célèbre place de Toulouse cherche son nouveau souffle. Si les institutions historiques résistent, de grandes enseignes comme Pandora ou Lindt jettent l’éponge. Entre l’arrivée de la croquette haut de gamme et le succès insolent d’Aromazone, enquête sur une place du Capitole qui tente de troquer son image « cheap » pour un avenir plus qualitatif.
Bibent, Florida, Les Arcades, Café Albert, etc. Autant d’établissements majeurs implantés place du Capitole depuis des décennies qui contribuent à son histoire. Pourtant, cette place emblématique de Toulouse, rénovée et même végétalisée ces dernières années, peine à garder ses commerces, notamment sur le linéaire côté McDonald’s. Pourquoi ? Sébastien, troisième génération chez l’opticien Meder, installé depuis 1920 sur la place, apporte son avis : « Il y a un gros turnover avec une carence de commerces haut de gamme, assure-t-il. Je pense que l’esprit luxe est absent de l’ADN de cette place. Elle est devenue trop ‘cheap’. C’est dommage pour l’esplanade principale de la ville ».
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Mickaël, directeur du café Les Arcades, présent depuis plus de cinquante ans, remarque : » Depuis quelques années, les enseignes virevoltent. En cause, les loyers exorbitants. Par exemple, le chocolatier Larnicol installé en 2012 avait jeté l’éponge au bout de trois ans. À l’époque, il estimait que le loyer représentait près de 8 % de son chiffre d’affaires, et précisait ‘bien travailler mais pas suffisamment pour atteindre une rentabilité nécessaire pour perdurer' ».

La Maison Pillon est arrivée récemment sur la place du Capitole.
DDM – Sébastien Bellaval
Autre point noir, selon Mickaël : les doublons commerciaux au sein du centre-ville. Telle la boutique Nespresso installée en 2014 à l’angle de la rue du Taur et qui, quelques années plus tard, a quitté la place : « Elle était déjà présente rue Antonin Mercié, constate Mickaël. Tout comme la bijouterie Pandora, déjà rue Alsace, installée sur la place en 2015 et partie en 2024. «
Marie-Denise Gayet travaille à la bijouterie du Capitole, en place depuis 1840. « Tout a basculé après le départ de la librairie Castéla en 2013, assure cette commerçante. La place est toujours très fréquentée mais elle n’est plus un axe d’achat. Et de nombreux commerces peinent. Le trop-plein de manifestations, au détriment d’animations familiales, l’a en partie discréditée. La concurrence d’Internet et les loyers toujours revus à la hausse lui ont aussi fait beaucoup de mal. »
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Lindt va quitter le Capitole et permettra à Aromazone de s’agrandir.
DDM – Sébastien Bellaval
Aromazone s’agrandit, Ultra Premium Direct arrive
Certains tirent toutefois leur épingle du jeu. Le commerce de cosmétiques naturels Aromazone, installé depuis quatre ans, ne désemplit pas. « Nous accueillons tous types de clientèle, estime Camille, responsable caisse. Sur cette place, le public attend des commerces uniques proposant des produits accessibles ». Fort de son succès, le magasin va d’ailleurs s’agrandir en absorbant le local des chocolats Lindt, qui part rue Alsace.
Autre changement prévu, le 2 mars, l’arrivée d’Ultra Premium Direct, une enseigne de nourriture et accessoires pour animaux, qui remplacera les bijoux Pandora. Le Bouillon Capitole, de l’autre côté de la place, est aussi un exemple de succès : « Les gens aiment la nouveauté, poursuit Mickaël des Arcades. Cet établissement a trouvé l’astuce : des menus simples, bons et à prix modique ».
Autre bonne nouvelle : sur ce même linéaire, les deux cellules vides de Forno Gusto et d’Oxybul vont se rassembler pour accueillir une enseigne de restauration qualitative. Le projet est en bonne voie, selon la Ville. Seul le local de la Fondation Espace Écureuil d’art contemporain restera fermé. « J’espère que cela va fonctionner, témoigne une fidèle de la place. On a tellement vu d’enseignes ces derniers temps – Desigual, Nespresso, Larnicol, Pandora – faire un tour et puis s’en aller ».
« Les cellules vides ne le restent jamais longtemps »
Adjoint au maire en charge du commerce, Olivier Arsac, assurait récemment à nos confrères d’Actu Toulouse : « Cette place s’est beaucoup modifiée ces dernières années : les blocs de béton ont disparu, la signalétique s’est améliorée, etc. Bref, un réel plan qualitatif s’est mis en place. Place du Capitole, la Ville veut désormais des activités avec une plus-value. Comme la chocolaterie Pillon que nous avons soutenue ». Selon lui, « si quelques cellules commerciales tournent, place du Capitole, le rythme est égal au centre-ville. Cette place suscitera toujours l’intérêt des enseignes. Les cellules vides ne le restent jamais longtemps ».