Après Rachida Dati, Léa Salamé ou encore Nagui, c’était au tour de Samuel Etienne et Hugo Clément d’avoir droit ce mardi 24 février à leur convocation à l’Assemblée nationale devant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. L’animateur et journaliste Samuel Etienne a été le premier à faire face au feu roulant du rapporteur – et député d’extrême droite – Charles Alloncle visant le service public.
«Pour l’heure, beaucoup des questions posées dans le cadre de cette commission me semblent passer peut-être à côté de l’essentiel», a lancé le présentateur de «Questions pour un champion» sur France 3. Samuel Etienne, également très suivi sur la plateforme en ligne Twitch, où il anime une revue de presse quotidienne, a fustigé une volonté de la commission d’enquête d’affaiblir le service public.
«L’audiovisuel public, il n’a pas besoin d’être affaibli mais renforcé, car les médias traditionnels sont confrontés à un défi qui est terrible : la fuite massive des téléspectateurs, des auditeurs, des lecteurs […] vers les plateformes, vers les réseaux sociaux, essentiellement contrôlés aujourd’hui par des pays étrangers, États-Unis et Chine, pour ne pas les citer», a développé le journaliste de 54 ans durant son propos liminaire. Twitch est une filiale du géant américain Amazon.
Son audition, conjointe à celle du journaliste défenseur de l’environnement Hugo Clément, a donné lieu à plusieurs échanges acerbes avec le député ciottiste de l’UDR Charles Alloncle. Notamment lorsque ce dernier a reproché à maintes reprises à Samuel Etienne, «figure qui incarne l’audiovisuel public», de s’autoriser des prises de position personnelles sur Twitch contre «les idées du RN».
De son côté, Samuel Etienne a assumé de qualifier le Rassemblement national de «parti d’extrême droite» et signifié à Charles Alloncle que sa formation politique en était un allié, «pour contextualiser», a-t-il ajouté.
«Je suis libre, je dis ce que je veux»
Samuel Etienne a également rappelé qu’il n’était plus salarié de France Télévisions depuis que «Questions pour un champion», longtemps quotidienne, avait été reléguée le week-end sur France 3. «Une mauvaise décision», selon lui, a-t-il maintenu devant les députés.
Désormais, Samuel Etienne est aux manettes du jeu mais occupe le poste de présentateur en tant que salarié de la société de production Fremantle, suite à une «rupture conventionnelle» avec le groupe public. Une décision dont il assure ne pas avoir eu le choix.
De quoi susciter l’interrogation du président de la commission, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, qui s’est inquiété de ce «montage», qui pourrait s’apparenter selon lui à du «salariat déguisé» de la part du groupe France Télévisions.
Après Samuel Etienne, c’est Hugo Clément qui a subi le courroux du rapporteur de la commission parlementaire. Charles Alloncle a questionné l’engagement écologique du journaliste qui anime et produit l’émission d’enquêtes environnementales «Sur le front» diffusée sur France Télévisions.
Alloncle a notamment fait le lien entre les prises de position de Clément contre l’élevage intensif de poulets et les récentes pénuries d’œufs en France. De quoi demander au journaliste s’il ne ressentait pas «une forme de responsabilité». «Est-ce que je suis responsable de la pénurie d’œufs en France ?», a répondu Hugo Clément, sarcastique, avant de souligner qu’il n’était pas non plus salarié de France Télévisions.
Par ailleurs, l’animateur, qui coproduit également l’émission «Quelle époque» animée par Léa Salamé et diffusée le samedi soir sur France 2, a assumé son opposition publique à la loi Duplomb prévoyant la réintroduction d’un pesticide interdit. «Je suis libre, je dis ce que je veux, que ça plaise ou non», a-t-il ajouté, disant ne pas tenir compte des étiquettes qu’on lui colle, «parfois facho», «parfois bobo».
Créée à la demande de l’UDR d’Éric Ciotti, parti allié du Rassemblement national qui prône la privatisation de l’audiovisuel public, la commission a été émaillée d’incidents depuis son lancement fin novembre et ses travaux se sont déroulés dans un climat souvent tendu. Son président, Jérémie Patrier-Leitus, a reconnu début février qu’elle donnait «un triste spectacle».