Gastro-entérite virale, maladies parasitaires digestives, parvovirose, pathologies respiratoires,… : « ces maladies qu’on ne voyait plus depuis cinq ou dix ans, on y est à nouveau confronté », dit la vétérinaire, présidente de la section vétérinaire pour petits animaux (SAVAB) au sein de l’Union Professionnelle Vétérinaire.

À l’origine de cette résurgence : la forte hausse des adoptions de chiens pendant et après la pandémie de Covid-19. Face à une demande plus forte, les éleveurs locaux n’ont pas toujours pu suivre. De nombreux acheteurs se sont alors tournés vers des annonces en ligne ou des vendeurs proposant plusieurs races. Or ces circuits d’approvisionnement comportent davantage de risques sanitaires.

« Ces chiots sont souvent plus jeunes que ce qui est indiqué. Encore protégés par l’immunité maternelle, ils peuvent ne pas répondre correctement à la vaccination, ce qui la rend inefficace », précise Laurence Demeester.

Problèmes sanitaires et de sociabilisation

Les conditions de transport posent également problème : animaux entassés, stress, promiscuité… autant de facteurs favorisant la propagation de maladies intestinales, respiratoires ou autres. Les vétérinaires voient ainsi arriver de plus en plus de chiens importés, notamment d’Europe de l’Est, insuffisamment vaccinés, voire pas vaccinés du tout.

La présidente de la SAVAB invite donc à la prudence. Un vendeur capable de proposer simultanément un labrador, un bouvier et un teckel n’est généralement pas un éleveur spécialisé. « Ces chiots sont moins chers à l’achat, mais ils sont souvent mal importés, incomplètement vaccinés et insuffisamment sociabilisés », dit-elle.

Des rues de Bucarest à la Belgique : une filière d’adoption encadrée

Si le cas de rage importé de Russie risque d’entacher la réputation de la filière canine d’Europe de l’Est, elle ne doit pas discréditer le travail des associations qui œuvrent pour sauver les chiens de rue dans des pays étrangers et qui les proposent à l’adoption chez nous. « Ce n’est pas la même optique », dit la docteure Demeester, de l’Union Professionnelle Vétérinaire. Les associations reconnues par les autorités travaillent correctement, n’ont pas d’objectif commercial et proposent des animaux disposant d’un passeport en règle et qui sont correctement vaccinés, au minimum contre la rage.

Alice Van Brusselen, membre de l’équipe adoption de « Nous pour Eux » confirme : tous les chiens sauvés de la rue en Roumanie par l’association basée à Ramillies et qui sont proposés à l’adoption en Belgique sont soumis à un protocole de vaccination complet (rage, carré, leptospirose, toux du chenil,…), ils sont pucés et vermifugés quelques jours avant leur transport vers la Belgique. Un voyage d’une trentaine d’heures dans une ambulance animalière homologuée pour ce type de transport avec, en plus des deux chauffeurs, une troisième personne qui prend soin des animaux. Cette filière est par ailleurs encadrée par l’Afsca et la cellule bien-être animal de la Wallonie, ajoute la bénévole.

L’association possède son propre chenil à Bucarest. « Et nous y avons intégré un cabinet vétérinaire », dit Alice Van Brusselen qui, avec d’autres bénévoles, est justement arrivée en Roumanie ce mardi. C’est là que les chiens récupérés dans les rues – ils y sont très nombreux – sont soignés, vaccinés et également stérilisés.

Le refuge de Bucarest accueille un peu plus de 200 chiens. Et même si « on pousse les murs », c’est une capacité insuffisante pour recueillir tous les chiens errants.

En concertation avec les autorités locales, l’association organise donc des tournées de nourrissage pour ces chiens qui ne peuvent être recueillis, mais pour lesquels l’association intervient aussi pour la stérilisation.

Comme c’est le cas lors de la visite du refuge roumain cette semaine, un comportementaliste canin se rend également régulièrement sur place pour analyser la situation et, notamment, vérifier la compatibilité de caractère des chiens sont placés à plusieurs dans les enclos. Ou, pour certains, parfois même en liberté dans l’enceinte du refuge.

« Certains, ayant subi des traumas trop importants resteront au refuge toute leur vie, dit Alice Van Brusselen. Car ils sont imprévisibles et ne pourront pas s’adapter à une vie de famille. »