En touchant du doigt les costumes, en palpant les coiffes et les accessoires, en caressant et respirant les fleurs, ils ont vécu la bataille de fleurs comme s’ils la voyaient.

Ils étaient pourtant déficients visuels, mais c’est comme s’ils avaient des yeux au bout des doigts et des narines.

Carnaval pour tous. C’était et c’est déjà le cas grâce aux espaces dédiés aux personnes à mobilité réduite et, depuis deux éditions, les parades en audiodescription pour les non ou malvoyants.

Comme le corso de mardi 24 février 2026, raconté dans les écouteurs, ou la bataille de fleurs de mercredi 25 février 2026, également commentée via un casque sur les oreilles.

Mais cette année, la Ville de Nice, organisatrice du Carnaval, à travers sa mission Handicap et la Mut (Mutualité française), a réitéré son partenariat avec deux ateliers très tactiles, dans les coulisses du théâtre de Verdure.

Là où sont stockés, nettoyés, éventuellement réparés les 14 costumes portés par les animatrices des chars fleuris.

La fête pour tous

Six personnes le matin, cinq l’après-midi, plus les accompagnants. Toutes sollicitées par la mission Handicap, sauf un touriste de Nancy et son épouse qui se sont inscrits sur le site de la Ville.

« Le carnaval, c’est le droit de faire la fête entre tous. » Ainsi démarre Caroline Constantin, directrice artistique du Carnaval, assistée de Caroline Roux, costumière des batailles de fleurs.

Sur la table autour de laquelle sont installés les participants s’étalent des cubes de mousse, des fragments d’étoffes brodées, pailletées, des plastrons à plumes et à perles, des coiffes, des paniers de fleurs, des accessoires.

Le thème de « Vive la Reine ! », l’hommage aux grandes héroïnes, les préparatifs… Tout y passe.

On en arrive aux costumes. Racontant les femmes à travers l’histoire et les pays. Des maquettes des vêtements circulent.

Leurs reliefs veloutés sur feuille de papier donnent une idée de la forme et du volume. Un peu comme du braille.

On se fait passer des échantillons textiles, des petits paniers d’osier, où roses, anémones, mimosa poudré sont piqués dans la mousse rigide.

On effleure, on s’attarde, on repasse, on hume. C’est touchant. Maryse, à Nice depuis 40 ans, mal voyante, exulte : « J’avais déjà vécu l’expérience de l’audiodescription l’année dernière, et j’avais vraiment vu le carnaval. Mais là, c’est encore plus incroyable. Je me régale ! »

Une très belle initiative

Des jambières plastifiées se retrouvent dans les mains curieuses, avides, captant tous les creux, toutes les saillies, tous les détails.

A generic square placeholder image with rounded corners in a figure.

Photo Ch. R.

Les questions abondent. Sur le process des batailles, leur cahier des charges, les fleuristes qui parent les chars de compositions végétales, les couleurs, etc.

Caroline Roux dévoile la méthode de travail de son équipe tout en présentant des coiffes hérissées de tulle, ceintes de plumes bariolées, des ailes de libellules… Tout le monde a aussi le droit de palper les 14 vêtements posés sur des mannequins de toile.

L’invisible se fait visible. Pierre-Michel, le Nancéien, suit le parcours textile de la tenue de l’Amérindienne.

Il n’en revient pas : « J’arrive de loin, où on n’a pas ce type de manifestation. On nous a expliqué avec beaucoup d’exemples et de précisions tout ce que représente cet événement. Je voulais voir… C’est une très belle initiative d’ouvrir ses secrets à des mal voyants. »