Montpellier, 7e ville de France, 310.240 habitants, et pas moins de onze candidats aux municipales de 2026. Ils étaient quatorze en 2020. Une dispersion que Georges Roques, ancien enseignant-chercheur en géopolitique à l’université de Montpellier estime importante « pour la plus petite métropole du grand sud, surtout si on parle de candidats sérieux ».
Celui qui publie à la fin du mois le livre « Municipales Montpellier 2026 – Le temps de l’après Frêchisme » (Editions affirmatif !), observe « une ambiance de revanchards ». Dans ce laboratoire montpelliérain de la gauche émiettée, la cacophonie est grande et les alliances proclamées haut et fort impossibles, pour l’heure…
Le socialiste Michaël Delafosse est devenu maire en 2020 avec 47,2 % des voix face aux maire sortant Philippe Saurel (DVG) et Mohed Altrad, chef d’entreprise et président du club de rugby montpelliérain. Le professeur d’histoire-géographie brigue un second mandat avec une liste qui annonce « Gauche et écologistes rassemblés fièrement » (PCF, Place publique, Parti radical de gauche, Génération écologie et quelques EELV exclus du parti le temps de la campagne).
Dans son bureau, le compteur à rebours qui égrène le temps d’ici à la fin de son mandat approche de zéro et l’édile déroule son bilan : gratuité des transports en commun, extension de la ligne 1 et création de la ligne 5 de tramway, sécurité sociale alimentaire, mutuelle communale, brigade de sécurité des transports, brigade de tranquillité dans le parc social, lutte contre l’habitat indigne, lutte contre le narcotrafic, embellissement du centre-ville,…
L’encadrement des loyers, une «priorité absolue»
Revendiquant « une expérience et le respect de la parole tenue », il dit aujourd’hui vouloir mettre l’accent sur le développement économique. Même si l’efficacité de son Agence des transitions reste aujourd’hui discutée.
Dans cette métropole classée première des « grandes métropoles » au récent baromètre Arthur Loyd de l’attractivité, le logement est un enjeu central. Le socialiste, qui a mis en œuvre l’encadrement des loyers, promet d’en faire « une priorité absolue » et propose la création d’une Agence municipale du logement « pour développer les logements conventionnés, accélérer la rénovation énergétique et sécuriser les parcours résidentiels grâce à une assurance habitation universelle ».
Ses opposants, y compris à gauche, dénoncent son « frêchisme », dont il assume l’héritage mais pas le style. Nathalie Oziol, députée LFI, dit vouloir « mettre un terme à une baronnie socialiste ». La candidate, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, compte capitaliser sur les 40 % récoltés à Montpellier par Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022. Michaël Delafosse se dit « en fort désaccord sur les valeurs » avec la candidate et exclut toute alliance PS-LFI.
Chez EELV, la division est consommée : une partie des Ecologistes reste dans la majorité municipale, l’autre soutient la liste du Printemps montpelliérain conduite par Jean-Louis Roumegas, député et infatigable candidat aux municipales. Pour brouiller encore un peu plus les pistes, Julia Mignacca, ex-responsable locale des Écologistes, a démissionné du parti pour rejoindre… la liste insoumise.
Une régie publique de l’énergie
Jean-Louis Roumegas critique « un modèle urbain basé sur la croissance, encouragé et hyper-centré » et à « une gouvernance autoritaire ». Comme Nathalie Oziol, il propose une régie publique de l’énergie « pour développer la production d’énergie renouvelables en géothermie et photovoltaïque, et fournir des réseaux de chaleur avec des prix stabilisés ». Ce qui existe déjà, « mais insuffisamment », selon lui.
La candidate LFI, qui nationalise volontiers le débat (fiscalité, néolibéralisme, concurrence entre PME et grands groupes), prône notamment police de proximité, prévention et médiation en matière de sécurité, évaluation des besoins et augmentation de la cadence des transports en matière de mobilités, ou encore transparence des attributions de logements sociaux et réquisition de logements vacants pour les sans-abri.
Leur principal point d’achoppement avec Michaël Delafosse : la future chaudière de combustible solide de récupération (CSR), qu’ils qualifient d’« incinérateur à plastique » polluant et inefficace, et que le socialiste dit pourtant « préconisé par l’Ademe ». « Depuis 30 ans, la question des déchets est mise sus le tapis par les responsables politiques et aujourd’hui, Montpellier exporte 110 000 tonnes de déchets, ce qui coûte très cher aux contribuables », ajoute-t-il.
Malgré des convergences programmatiques, il n’est pourtant pas question de ralliement entre Jean-Louis Roumegas et Nathalie Oziol.
« Les poètes, les chômeurs, les abstentionnistes,… »
L’ancien maire Philippe Saurel (2014-2020), ex-socialiste passé sous bannière macroniste, vient d’officialiser sa candidature « divers gauche, écologiste et soutenue par le mouvement centriste UTILES », écartant l’idée de rejoindre une autre liste. Si le parti Les Républicains n’a investi aucun candidat, d’autres au centre droit mais sans étiquette, sont dans la course.
La notaire (peu identifiée) Isabelle Perrein laboure le terrain avec constance depuis plus de deux ans, soutenue par le Modem et l’UDI. Mohed Altrad est revenu dans la course alors qu’élu d’opposition, il avait mené une politique de la chaise vide avant de démissionner de son mandat. Quant au RN, il a investi l’eurodéputée France Jamet avec le soutien de l’Union des droites pour la République, Thierry Tsagalos, encarté au RN, se présentant aussi mais sans investiture.
Enfin se sont aussi lancés Max Muller sous la bannière de Révolution permanente, Morgane Lachiver sous l’étiquette Lutte Ouvrière, et l’inclassable youtubeur Rémi Gaillard, déjà là en 2020 et qui appelle « les poètes, les chômeurs, les abstentionnistes, les boulangers, les coiffeurs… » à rejoindre sa liste.
« Attrape-tout »
Le dernier sondage IFOP pour Midi Libre et le Cercle Mozart place Michaël Delafosse en tête du premier tour (35 % des voix) devant Nathalie Oziol (16 %) et Rémi Gaillard (10 %). Mais aussi du second tour (50 % en cas de triangulaire, 43 % de quadrangulaire). Pour Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP, qui évoque un maire « attrape-tout » et « en tête dans toutes les catégories de population », une telle avance « crée une dynamique favorable » et rend une défaite « peu probable ». Même si les 8 et 9 % de Philippe Saurel, Mohed Altrad et France Jamet rendent la composition du second tour incertaine.
Quoi qu’il en soit, le maire socialiste le martèle : « Pas d’arrangement d’arrière-cours le dimanche soir : ma liste du premier tour sera celle du second ».
Georges Roques avait livré un pronostic que semble confirmer ce dernier sondage : « Delafosse est en bonne position car il n’y personne en face qui ait une stature suffisante ». Ce 23 février, il adresse un commentaire supplémentaire à La Tribune Dimanche : « L’assassinat de Quentin Deranque (militant d’extrême droite mort le 14 février à Lyon, NDLR) pourrait changer la donne ». Et se demande si le vote ne va pas se jouer « pour ou contre l’incarnation actuelle de la démocratie ».