«Je ne me vois pas interdire à Danielle ce que je m’autorise », répondra François Mitterrand à son ami Roland Dumas, l’un des rares qui osera l’interroger sur « le prof de tennis ». « Le prof de tennis », c’est ainsi que, de 1957 à 1981, dans les « cercles autorisés », on appelait alors l’amant de Danielle Mitterrand. Et ce alors que le tennis est probablement le seul sport qu’il n’ait jamais enseigné…

Jean Balenci, chauffeur occasionnel de François Mitterrand et homme à tout faire de la famille, a longtemps vécu au domicile officiel de celui qui n’était pas encore président de la République. Il allait chercher les croissants et les journaux le matin pour toute la famille, avant de petit-déjeuner avec François. Entre lui et Danielle, l’histoire d’amour a démarré avant celle, bien plus clandestine, qui lia François Mitterrand à Anne Pingeot. C’est que François le volage et Danielle l’affranchie formaient, dix ans avant Mai 1968, un couple très moderne, qui mettait homme et femme sur un pied d’égalité et qui a fait de Danielle Mitterrand la première dame la plus libre qui ait jamais existé. Jean Balenci a été son amant, son confident très longtemps : vingt-quatre ans exactement. Inimaginable. Mais imaginé comme une double vie assumée. Connue de tous ceux qui côtoyaient la famille Mitterrand. « Et pourtant, au début, François a été jaloux de Jean, se souvient Gilbert Mitterrand, qui avait 8 ans quand le beau sportif est entré dans la famille. Quand Danielle a franchi le pas [de l’infidélité, NDLR], ça l’a quand même blessé. »

Loyale mais libre. Danielle Mitterrand a été de toutes les campagnes de son mari. Chez eux, avant le second tour de la présidentielle de 1965, avec Pierre Mendès France (au centre) et André Rousselet (à dr.).

Loyale mais libre. Danielle Mitterrand a été de toutes les campagnes de son mari. Chez eux, avant le second tour de la présidentielle de 1965, avec Pierre Mendès France (au centre) et André Rousselet (à dr.).

Paris Match
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© Charles Courriere

C’était en 1957, à Hossegor. Les Mitterrand viennent d’y acheter la villa Oika, une jolie maison sur plan, édifiée sur une butte, entourée de pins maritimes, de mimosas et d’arbousiers​… La maison n’est pas en première ligne mais on peut aller à la plage à pied. Danielle ne s’en prive pas. Les étés loin de Paris sont une bouffée d’air frais. Il faut dire que son physique gracile à la Leslie Caron ne laisse personne ­indifférent. Elle n’est pas sportive mais elle aime les corps fermes et les beaux garçons. Cet été-là, ­l’Algérie s’embrase, Mitterrand vient de quitter le ministère de la Justice et prépare les législatives de 1958. Danielle, 32 ans, maman de deux enfants, a très vite ­compris que le couple qu’elle forme avec François ­Mitterrand ne sera pas celui dont elle a rêvé. La politique va lui voler son époux, c’est un fait, mais il n’y a pas qu’elle… Elle découvre que Mitterrand tient à sa liberté, il est infidèle. « Il aimait séduire, résume Gilbert, qui décrit des conquêtes “un peu insistantes” : il arrivait qu’elles appellent à la maison […], ma mère était choquée mais elle a compris que, pour le garder, il fallait qu’elle accepte. Elle tirait presque un trait dessus en disant : “Tant que ce sont des passades, je m’en fous.” » « Danielle l’a épousé avec une âme de midinette absolue, confirme la journaliste Kathleen Evin, ex-secrétaire administrative adjointe du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, qui fut une intime du couple. Quand ils se sont mariés, François était son prince charmant. Puis il est devenu un jeune ministre très courtisé : la politique séduit les femmes. Elle l’a découvert très tôt, et son monde s’est écroulé. Ça a été violent. Très violent. En 1949, François a ouvert le Festival de Cannes, et, autour de lui, il y avait toutes les starlettes. Et elle a réalisé qu’il avait des aventures. »

Sa sœur, la productrice Christine Gouze-­Rénal, lui ouvre les yeux. « L’histoire entre Danielle et Jean, ce n’était ni une réaction ni une vengeance, mais c’était quand même une conséquence de ce qui s’était passé avant, explique le cadet des Mitterrand. Il n’y a pas eu qu’Anne [Pingeot, NDLR], vous savez, maman en avait marre. […] Il y a eu des discussions, le divorce a été évoqué mais pas sérieusement. » « Je crois qu’elle voulait alors le quitter, divorcer, poursuit Kathleen Evin. Il l’a convaincue de ne pas le faire. […] La seule fois où elle m’en a parlé, elle m’a dit : “Au fond, on n’avait pas vraiment envie de se séparer, mais à partir de ce moment-là, il a fallu qu’on établisse que chacun avait sa liberté.” »

En 1957, à Hossegor, Danielle croise le regard de Jean. Il a 19 ans, treize ans de moins qu’elle. Pas très grand mais un physique à la Rock Hudson

Alors, en 1957, au Bar basque ­d’Hossegor, Danielle croise le regard de Jean. Il a 19 ans, treize ans de moins qu’elle. Pas très grand mais « d’une beauté fracassante », dixit Yves Harté, ancien journaliste à « Sud-Ouest », coauteur de l’excellent « Latche. Mitterrand et la maison des secrets » (éd. du Seuil), qui le rencontrera des années plus tard. Le jeune Balenci, qui vit à Issy-les-Moulineaux, accompagne pour les vacances ses parents dans la station balnéaire landaise. Il y est maître-nageur sauveteur. « Il ressemblait à ces acteurs de films américains, se souvient Kathleen Evin. Avec un côté Rock Hudson en plus petit. » Au Bar basque, les apéros s’enchaînent et l’été s’achève par un chaste baiser… ­Gilbert ­Mitterrand a 8 ans, son frère, Jean-­Christophe, 11.​

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De retour à Paris, est-ce Danielle qui l’a relancé ou l’a-t-elle croisé par hasard, comme le raconte leur légende, boulevard Saint-Germain ? « En tout cas, explique Yves Harté, ils se sont retrouvés aux Deux-­Magots, c’est là que leur histoire est devenue sérieuse. » Tellement sérieuse que, en 1959, peu après l’attentat de ­l’Observatoire, qui a fragilisé Mitterrand, Jean Balenci s’installe au domicile familial, rue Guynemer, dans le VIe arrondissement de Paris. On le dit très amoureux. À 21 ans, il est auprès de Danielle et des enfants une présence rassurante : « Jean était comme un grand frère, explique Gilbert, qui tient à préciser qu’il n’incarnait pas pour autant une figure paternelle. Mes parents avaient certes deux vies mais je les ai toujours vus à la maison. Mon père était très présent, même physiquement, très attentif à notre scolarité. Il n’y avait pas de journées sans que Danielle et François ne s’appellent. Entre mes parents, le lien a toujours été là. C’était un lien insécable. » Le plus jeune fils du couple Mitterrand insiste sur ce mot : « insécable », autrement dit, qui ne peut être coupé.

Danielle Mitterrand avec les épouses de l'état-major du Club des jacobins, en octobre 1965, à Paris.

Danielle Mitterrand avec les épouses de l’état-major du Club des jacobins, en octobre 1965, à Paris.

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© Roger Picherie

La configuration de la rue de Bièvre, où les Mitterrand emménagent en 1973, rend la cohabitation plus facile. « C’était une ­maison à plusieurs étages, se souvient Françoise Lafargue, l’épouse de Gilbert à l’époque. Il était donc très facile pour chacun d’avoir une vie intime. On se retrouvait dans la salle commune pour manger, mais, ensuite, chacun repartait dans son logement. Jean avait son appartement, Danielle le sien, François et Jean-Christophe le leur ».​

La famille a aussi Latche, la « maison des secrets ». En 1965, François Mitterrand a acheté cette vieille bâtisse à laquelle est quasi accolée une bergerie. Latche aurait été initialement destinée à Anne ­Pingeot, si l’on en croit les « lettres à Anne » écrites par le futur président. Il y a quatre chambres, dont une chambre d’ami qu’occupe Jean. Mais pour acquérir Latche et financer les travaux, il a fallu vendre la belle maison d’Hossegor, une vente que ­Gilbert regrette encore… Latche ne reviendra pas à Anne, Danielle s’y oppose. « Danielle a dit : “Je veux bien vendre la maison d’Hossegor, mais si tu achètes une nouvelle maison, elle remplacera celle-là”, se souvient Kathleen Evin. Je pense que ça a dû tourner comme ça. » Latche est d’ailleurs entièrement meublée par Danielle ; des chaises tulipes et des meubles design qu’elle part acheter à Copenhague, au Danemark, avec Jean Balenci. « C’était une revanche pour elle d’avoir récupéré Latche, c’est sûr, explique Jean-Pierre Tuquoi, ancien journaliste au “Monde” et coauteur de “Latche. Mitterrand et la maison des secrets”, Anne Pingeot l’a très mal vécu. » À chaque période de vacances passée dans les Landes, Jean est du voyage. Dans cette « maison de la forêt », chacun se lève à l’heure qu’il veut puis c’est les courses à Soustons, à 7 kilomètres, les grandes tablées que Roger Hanin, le mari de Christine Gouze-Rénal, anime par ses blagues, suivies par d’interminables parties de Scrabble. L’hyperactif Jean emmène les garçons faire du sport et leur apprend à ramasser des champignons (la terre noire et sableuse de Latche leur étant très favorable). Danielle fait des confitures avec sa belle-fille ­Françoise Lafargue, qui s’est installée avec Gilbert et leurs filles à 100 mètres de là, dans une bergerie appelée Maroye.​

Danielle et François Mitterrand sur le terrain, lors des législatives de 1967.

Danielle et François Mitterrand sur le terrain, lors des législatives de 1967.

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© 1967 Popperfoto

Arrivée très jeune dans la famille Mitterrand, Françoise Lafargue ne se souvient pas d’avoir été présentée à Jean Balenci. « J’ignorais qu’il était le ­compagnon de Danielle, explique-t-elle. Tout était bien organisé. Il était là comme un membre de la famille, présent à tous les repas. Il n’y avait pas de questionnement à ce sujet. » Elle ne comprend leur lien que le jour où elle les surprend dans la chambre de Danielle, allongés côte à côte : « Danielle a fait comme si je le savais depuis toujours, confie-t-elle. Il n’y avait pas de gêne. Elle s’est juste un peu écartée de lui… Nous n’en avons reparlé que plus tard, quand nous sommes devenues très amies. »

« Elle avait le goût du secret », se rappelle le publicitaire Jacques Séguéla, un des conseillers en communication de ­Mitterrand. Christian Prouteau ne dit pas le contraire. Danielle refusera catégoriquement la protection du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République), qu’il a fondé. « Au début, raconte Kathleen Evin, j’étais un peu perplexe. Mais, finalement, c’était tellement simple. Jean était là, dormait là, il faisait des choses pour François aussi, s’occupait des deux garçons, des chiens, de Danielle… Il n’y a jamais eu besoin d’explications. » À Latche, pendant les vacances, Jean Balenci aide à toutes les besognes, et Dieu sait s’il a du travail, car Mitterrand n’est même pas capable de changer une roue ! On le voit construire l’enclos des ânes, dépanner la Méhari de ­Mitterrand, l’emmener à toute berzingue sur sa moto pour prendre un avion à ­Biarritz. Jamais un mot plus haut que l’autre, sauf peut-être quand les ­Parisiens en visite, comme le couple Lang, rient un peu trop fort aux sorties de ­Mitterrand ou que Jean-Pierre Elkabbach le regarde de haut. Jean Balenci n’est pas caché, loin de là, d’ailleurs, il est probable qu’il ne l’aurait pas supporté. Mais Danielle n’a pour lui aucun geste tendre en public.​

Une femme de tête et de gauche. Lors du Congrès du PS, à Pau, en février 1975.

Une femme de tête et de gauche. Lors du Congrès du PS, à Pau, en février 1975.

Paris Match
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© René Vital

À Paris, il est professeur de culture physique dans les grands établissements de la capitale, comme le lycée Montaigne… « C’est Mitterrand qui a fait sa carrière en le faisant affecter dans de grands lycées », affirme Yves Harté. Entre les deux hommes s’installe une amitié, voire une affection, qui ne se démentira jamais. « Jean, ça vous ennuierait de venir me chercher à l’aéroport ? “Jean, ça vous ferait plaisir d’aller chasser à ­Rambouillet ?” C’était ça, leurs ­rapports, on vivait ensemble ! » insiste ­Gilbert. ­Mitterrand le fait inviter aux grandes finales sportives et aux chasses présidentielles : « Balenci était un excellent tireur, précise Yves Harté. ­Mitterrand détestait la chasse, mais il demandait à avoir un œil sur la liste des invités de François de Grossouvre. Et, chaque fois, pour emmerder Grossouvre, il barrait un de ses invités pour mettre Jean Balenci à la place. Ça rendait Grossouvre hystérique. »

Jean et François aiment la même femme mais ils ont également les mêmes idées. En 1965, Balenci part en campagne avec le candidat Mitterrand. « C’était un vrai militant socialiste, un mitterrandien, il n’a jamais varié là-dessus, explique Jean-Pierre Tuquoi. Je pense qu’il admirait beaucoup Mitterrand. Balenci était un mec très sympa, très discret. » Assez infidèle, aussi. Entre lui et Danielle, l’amour n’est pas exclusif – il a des histoires d’un soir, des liaisons non suivies –, et il arrive que, folle de jalousie, elle le fasse suivre.

Invité permanent. À la table du déjeuner, entre Danielle (à g.) et Jean (à dr.), Gilbert Mitterrand et sa femme, Françoise, des amis et Mick, la sœur de Jean. À Latche (Landes), été 1976.

Invité permanent. À la table du déjeuner, entre Danielle (à g.) et Jean (à dr.), Gilbert Mitterrand et sa femme, Françoise, des amis et Mick, la sœur de Jean. À Latche (Landes), été 1976.

© DR

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Gilbert Mitterrand n’a pas conscience à l’époque de la singularité de la situation familiale. À la question : « N’avez-vous jamais réalisé que dans les autres familles ça ne se passait pas comme ça ? », Gilbert Mitterrand répond par la négative. « Parce que, moi, je ne le vivais pas ainsi, dit-il. Jean m’entraînait dans plein de trucs, le ski, la chasse… Tout ce que mon père ne faisait pas. À dix ans près, il avait notre âge. »

Avec le recul, Gilbert Mitterrand s’étonne quand même de ne pas s’être davantage questionné. « Quand je parle de Jean, de ses relations avec François, des relations entre Danielle, François et Anne, je ne suis pas crédible, affirme-t-il. Je suis d’une telle naïveté, je n’ai rien vu, rien compris, de 8 ans à 47 ans… Pourtant, je voyais bien comment on vivait. Peut-être que je ne voulais pas voir… »

En 1981, après la victoire de Mitterrand, le ménage à trois doit cesser. « Il ne pouvait pas vivre avec eux à l’Élysée », explique le journaliste Yves Harté

La rumeur veut que la raison d’État ait mis fin, en 1981, à l’histoire entre Danielle et Jean. Faux, explique Gilbert Mitterrand : « Jean s’est éloigné, non pas parce que Danielle devenait la femme du président de la République, mais parce qu’il y avait du mou dans la corde depuis deux ou trois ans. » « Mitterrand lui a dit : “On ne peut pas continuer comme ça, ça n’est pas ­possible”, précise Yves Harté, parce que c’était quand même insensé ! Il vivait à Paris avec eux. Mais il ne pouvait pas vivre avec eux à ­l’Élysée. Selon Balenci, cette décision a été prise à trois. Lui avait envie d’avoir une vie. Danielle se rendait compte, elle aussi, que tout ça devenait quand même très ­compliqué. »​

Et puis aussi, et surtout, Jean est tombé amoureux. D’une femme plus jeune, avec laquelle il vit encore aujourd’hui. « Il voulait un enfant, une autre vie, confesse Françoise Lafargue. Or, Danielle devenait la femme du président. » Quand leur histoire s’est-elle réellement terminée ? En 1982, probablement. « Jean s’est éloigné après 1981, quand Danielle a commencé à être très sollicitée, se souvient Kathleen Evin. Il ne trouvait plus sa place. Ce n’était plus la Danielle d’avant… » Elle avait 58 ans, il en avait 45… « Il fallait que ça s’arrête, oui, résume Harté. Je crois que, des trois, c’est Danielle qui a eu le plus de chagrin… » Jean Balenci a déjà disparu de sa vie quand survient la révélation de l’existence de Mazarine, en 1994, et de la réalité d’une deuxième famille, côté François. Et pourtant, Danielle, qui avait été mise au courant de la grossesse d’Anne Pingeot, n’avait alors pas songé à le quitter. « François n’a jamais pensé qu’il pouvait avoir une autre femme légitime que moi, affirmera Danielle peu avant sa mort [dans le documentaire « Danielle Mitterrand, l’insoumise », de Thierry Machado, en 2008]. Et moi, je n’ai jamais imaginé que je pouvais avoir un autre mari légitime que François. »

Jean Balenci (avec la veste noire) était de toutes les réunions familiales. Au baptême de Pascale, fille de Françoise (à g.) et de Gilbert Mitterrand, qui la tient dans ses bras, en août 1979.

Jean Balenci (avec la veste noire) était de toutes les réunions familiales. Au baptême de Pascale, fille de Françoise (à g.) et de Gilbert Mitterrand, qui la tient dans ses bras, en août 1979.

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Après le départ de Jean, Danielle va se concentrer sur ses combats. Elle n’aura pas un mot le concernant dans ses Mémoires. Mais elle le recroisera par hasard en 2007. Une fois. Une rencontre impromptue alors qu’elle est de passage à Dax pour y dédicacer ses Mémoires, justement, « Le livre de ma mémoire » (éd. Jean-Claude Gawsewitch). Dans un des salons de l’hôtel Le Splendid où se déroule la signature, Jean prend sa place dans la file. « Ils se sont embrassés, relate Françoise Lafargue, qui a été témoin de cette dernière rencontre. Elle était tout à fait gentille, elle lui a dédicacé son ouvrage. » Pas un verre, pas un dîner n’a suivi cette dernière rencontre. Et Jean Balenci n’a jamais rien révélé publiquement de leur histoire… « Par respect, explique Jean-Pierre Tuquoi. Balenci n’a jamais dit quoi que ce soit de négatif sur Danielle Mitterrand. Pourtant, d’une ­certaine façon, elle lui a volé sa jeunesse… »​

Aujourd’hui, Gilbert le fidèle continue à veiller sur Jean. Il lui rend visite, l’emmène souvent au restaurant et le protège comme Jean l’a jadis protégé. Celui qui préside désormais la Fondation Danielle-Mitterrand-France Libertés préfère raconter les combats de sa mère que sa vie personnelle, mais il n’élude rien de cette histoire, qui n’a pas altéré l’amour que ses parents se sont porté jusqu’au bout.

François ou Jean ? Lequel des deux Danielle a-t-elle le plus aimé ? Question taboue, réponses alambiquées… « Elle a été très amoureuse de Jean Balenci, mais elle a profondément aimé François Mitterrand, explique Françoise Lafargue. Il le faut pour accepter ce qu’elle a accepté. Elle a été très en colère après lui parce qu’il y a eu des moments où il ne passait pas Noël avec nous. Il passait Noël avec Mazarine. Donc, quand nos enfants étaient petits, ça l’énervait. Mais bon, elle avait Jean et elle se réfugiait un peu dans leur histoire. »

Danielle Mitterrand a-t-elle pensé à Jean aux dernières heures de sa vie ? On ne saura jamais. Mais lui, au crépuscule de la sienne, on sait qu’il pense de temps en temps à elle. L’esprit ailleurs parfois, il lui parle. À la maison médicalisée dans laquelle il vient d’emménager, il a semblé rejouer une scène de leur vie à deux. Des proches l’ont alors entendu murmurer : « Mais, Danielle, pourquoi tu ne dis pas que tu es la femme du président de la République ? »