Pierre Niney lors d’un événement au festival de Canne le 18 mai 2025 

BERTRAND GUAY / AFP

Pierre Niney lors d’un événement au festival de Canne le 18 mai 2025 

Visiblement, ça a piqué. Cette semaine, le magazine Télérama fait sa Une sur « la liste A », ces stars de cinéma françaises si bankables qu’elles sont à l’affiche de la majorité des productions tournées. Figurant dans cette liste et en photo sur la couverture en papier glacé du magazine, Pierre Niney a répliqué.

Sur le montage réalisé par Télérama (un titre du groupe Le Monde auquel appartient également Le HuffPost), on peut voir des dizaines de silhouettes portant des masques à l’effigie de Virginie Efira, Camille Cottin, Jean Dujardin, Gilles Lellouche, François Civil, Adèle Exarchopoulos, mais aussi… Pierre Niney. Le titre du dossier de la semaine : « Où sont les nouvelles têtes ? » Cette illustration a amusé et interpellé de nombreux internautes et parmi eux, des acteurs un peu moins connus que ceux évoqués plus haut, comme Vahina Giocante ou Nadège Beausson-Diagne.

Une autre image postée sur Instagram illustre cette fois l’acteur de Gourou, son visage découpé en quatre pour illustrer sa présence en haut de l’affiche du film de Yann Gozlan mais aussi du Comte de Monte Cristo, de Boîte Noire et du Livre des Solutions, accompagné du titre « Toujours les mêmes têtes : le cinéma français tourne-t-il en rond ».

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Et lui, a, pour le coup, nettement moins ri. En commentaire de la publication, le comédien a directement répondu d’un laconique : « Plot Twist : j’ai tourné dans 2 films en 3 ans ». Difficile de ne pas lire de l’agacement dans ces quelques mots. Pierre Niney s’est senti directement pointé du doigt pour son omniprésence ces dix dernières années.

Pierre Niney omniprésent

Mais vraiment ? Deux films en trois ans, seulement ? Peut-être est-ce dans les faits ce qu’affiche son google agenda, mais pour les spectateurs lambda, l’effet « Timothée Chalamet » est bien là. Ils ont retrouvé Pierre Niney dans l’adaptation du Comte de Monte Cristo, par ailleurs excellente, sortie en juin 2024, puis il y a eu Gourou, sorti en fin d’année 2025. Certes.

Mais, c’est oublier un peu vite qu’il y a aussi eu la série Netflix Fiasco, mise en ligne en avril 2024, Maya donne moi un titre, Vice-Versa 2, et les Bad Guys 2, des films d’animation dans lesquels Pierre Niney prête sa voix à un personnage. Sans oublier évidemment tout le battage médiatique qui a entouré chacune de ces sorties et l’avalanche de plateaux télé, tapis rouge, et post sur les réseaux sociaux à gogo. Oui, Pierre Niney est bien « partout » depuis de nombreuses années, ne lui en déplaise.

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Cette réponse du comédien, teintée clairement d’amertume, ne répond par ailleurs absolument pas à la problématique que pose l’article de Mathilde Blottière. Cette dernière ne tire pas à vue sur les comédiens mais questionne l’existence de cette fameuse « liste A » dans le milieu du cinéma, et ceux qui l’utilisent à grand tours de bras. Cette liste, dans laquelle figurent les acteurs en photo sur la Une, auxquels on peut ajouter Marina Foïs, Laurent Lafitte, Marion Cotillard, Léa Seydoux ou encore Pio Marmaï, mais aussi Raphaël Quenard ou Bastien Bouillon représente comme le précise la journaliste, une sécurité pour les investisseurs.

La liste A du cinéma

Celles et ceux qui décident de financer ou non un film le font, d’après elle et les interlocuteurs du milieu du cinéma qu’elle a interrogés, beaucoup plus aisément s’ils ont l’assurance que l’une ou l’autre (ou plusieurs, encore mieux) de ces stars, en sera la tête d’affiche. Même le choix des seconds rôles serait concerné par ce phénomène. La conséquence est donc logique : la multiplication des rôles offerts à l’une ou l’autre de ces stars jugées comme les plus en vue, vient diminuer comme peau de chagrin les rôles restants pour le commun des mortels des acteurs. Les calculs ne sont donc pas bons Kevin (ou Pierre).

Derrière cette logique, l’idée n’est pas d’invisibiliser de potentiels talents dont regorge le cinéma français, mais plutôt d’offrir un maximum de visibilité à un film. Notamment en prévision de la phase cruciale de la promotion. Alors qu’une vingtaine de productions sortent en moyenne en semaine, et que parallèlement, la fréquentation des salles de cinéma fait triste mine, il faut bien s’assurer un 20H de France 2, un Quotidien, une Boîte à Question et un apéro dînatoire chez C à vous. Car oui, pour nous aussi, médias et journalistes spécialisés dans la culture, c’est un piège dans lequel on ne peut éviter de tomber. Parler en priorité du « nouveau Jean Dujardin », ou du « Prochain Leïla Bekhti », c’est se garantir des lecteurs, des téléspectateurs ou des auditeurs.

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Lire la Vidéo L’économie cinéma

L’article de Télérama met également en lumière d’autres raisons qui expliquent ce phénomène et notamment le conditionnement des financements des distributeurs à un film indépendant à la présence d’une star pour assurer des recettes. Mais aussi la concentration quasi absolue des célébrités de premier plan au sein d’une même agence, et l’impossibilité pour les autres de placer leurs jeunes protégés, si talentueux et charismatiques soient-ils. Les conséquences sont multiples d’après l’article de notre consœur : un agenda très, voire trop chargé pour une poignée de célébrités, et à l’inverse des acteurs méconnus en panne de contrats.

Et pour le téléspectateur aussi il y a un impact : la déception devant l’œuvre d’y retrouver des acteurs castés parfois contre la volonté du réalisateur et qui ne collent pas forcément avec le personnage, d’une part. Et d’autre part, l’impression (vérifiée) et la lassitude de voir encore et toujours les mêmes têtes. La Une de Télérama a le mérite d’y donner corps, n’en déplaise (encore une fois) aux premiers concernés.