Steven Spielberg avait envisagé d’intégrer une séquence musicale à son célèbre film de science-fiction, pourtant reconnu pour son ton sombre. Cette idée surprenante révèle une facette méconnue du processus créatif derrière ce classique du cinéma.

Tl;dr

  • Spielberg voulait intégrer un numéro musical dans « A.I. ».
  • Le projet fut abandonné pour des raisons de budget et de ton.
  • Son rêve s’est concrétisé plus tard avec « West Side Story ».

Des ambitions musicales contrariées

Depuis sa tendre enfance, Steven Spielberg nourrit une véritable passion pour les comédies musicales. Enfant, il s’émerveille devant les chefs-d’œuvre de Leonard Bernstein ou encore Stephen Sondheim. Ce goût prononcé n’a pourtant trouvé d’écho que bien plus tard dans sa carrière. Alors que le cinéaste s’impose à Hollywood, il conserve en tête ce rêve longtemps inabouti : réaliser une œuvre chantée et dansée. Il l’avouera plus tard à la BBC : « Je crois que j’ai voulu diriger une comédie musicale justement parce que je savais que je ne pourrais jamais chanter ou danser moi-même ».

L’héritage inattendu de Kubrick

Un détour par la science-fiction remettra cet amour du musical sur la table. Dans les années 1990, alors qu’il renonce à adapter « Supertoys Last All Summer Long », son ami de longue date, Stanley Kubrick, confie à Spielberg les rênes du projet. Un geste surprenant : Kubrick, perfectionniste notoire, était attaché à ce film depuis 1973 mais finit par reconnaître, non sans franchise : « Ce film correspond plus à ta sensibilité qu’à la mienne ». Le réalisateur d’« E.T. » se lance alors dans l’aventure qui deviendra « A.I. Artificial Intelligence ». L’intrigue suit David, un androïde capable d’aimer, perdu dans une société humaine déclinante.

Un numéro musical avorté dans Rouge City

À l’origine, Spielberg imaginait une séquence spectaculaire lors de l’arrivée de David et Gigolo Joe (incarné par Jude Law) à Rouge City. Selon le témoignage de la productrice Bonnie Curtis : « Steven cherche toujours un moyen d’intégrer un numéro musical ». L’équipe technique, avec le soutien du spécialiste VFX Dennis Muren, va même jusqu’à concevoir une modélisation avancée de la ville pour préparer cette scène chorégraphiée.

Mais rapidement, deux obstacles majeurs surgissent : les contraintes budgétaires et la cohérence artistique du film. La production exige déjà des efforts considérables et l’ajout d’une telle séquence risquait d’accentuer le contraste entre l’atmosphère glaciale héritée de Kubrick et la chaleur propre au style spielbergien.

Voici ce qui fut abandonné lors du montage final :

  • Numéro musical sur le plateau de Rouge City

L’accomplissement différé du rêve musical

Si « A.I. Artificial Intelligence » fait débat auprès des spectateurs – notamment pour ses variations de ton – c’est seulement en 2021 que Spielberg réalisera enfin son vœu avec sa relecture très personnelle du classique « West Side Story ». Après avoir longuement hésité à franchir le pas, il concrétise ainsi un vieux désir d’enfant, donnant une place centrale au spectacle et à la danse comme il en rêvait tant.