Au European Hyperloop Center à Veendam, aux Pays-Bas, un tunnel sombre sert de terrain d’essai à une idée qui frôle la science-fiction. Ici, des ingénieurs testent un système censé abolir les distances terrestres, à l’aide de capsules lancées à très grande vitesse dans des tubes presque vides d’air. Leur promesse est radicale : traverser l’Europe presque aussi vite qu’un avion, mais en restant ancré au sol.

Si le rêve se concrétise, le trajet Londres-Paris pour être effectué en une vingtaine de minutes. « Imaginer que l’on puisse prendre un café à Paris en moins d’une heure change complètement notre manière de penser les distances », résume Kees Mark, directeur du centre, lors de la présentation du projet au Telegraph, lundi 23 février.

Le concept, le hyperloop, existe depuis longtemps, mais il a réellement attiré l’attention en 2013, lorsqu’Elon Musk a proposé de développer pour de vrai ce système de transport ultra-rapide. À l’époque, ses partisans promettaient des vitesses supérieures à 900 kilomètres par heure. Mais l’enthousiasme est retombé comme un soufflet après l’échec de le Hyperloop One, autrement appelé Virgin Hyperloop. Ce premier train supersonique a fermé ses portes en 2023 après un premier test avec passagers. Pour beaucoup, le projet semblait depuis enterré.

Une étape cruciale franchie en décembre

L’Europe, elle, a continué d’y croire. En 2024, le centre de Veendam a ouvert une piste d’essai unique en son genre. Là-bas, les capsules ne roulent pas, mais flottent grâce à des aimants, comme un train à sustentation magnétique. « On a l’impression de voler », insiste Kees Mark. Un obstacle majeur bloquait cependant le projet depuis des années : comment changer de voie sans aiguillage mécanique ? En décembre dernier, les ingénieurs ont réussi un exploit inédit en changeant de voie sans l’aide d’aucune pièce mobile, à une vitesse de 88 km/h. « C’est un tournant », affirme le directeur.

« Tout ce qui existait avant relevait de technologies anciennes. Là, on entre dans quelque chose de totalement nouveau », estime à son tour Alan James, auparavant derrière le projet Virgin Hyperloop.

De nombreux défis techniques

Les défis restent toutefois nombreux. Maintenir le vide à l’intérieur de tuyaux sujets aux fuites et qui se dilatent avec la température est complexe. Des ingénieurs chinois affirment avoir résolu ce problème grâce à des tubes en acier-béton spécialement conçus. Une piste ?

Le coût et la capacité du système divisent aussi. Les promoteurs assurent que ce modèle hyperloop consomme moins d’énergie que le train ou l’avion. « L’infrastructure est comparable à celle du TGV, mais les coûts d’exploitation sont bien moindres grâce à une efficacité énergétique nettement supérieure. Dans la plupart des modes de transport, 85 % de l’énergie consommée sert à vaincre la résistance de l’air. Ce n’est pas le cas dans le vide » ajoute Kees Mark.

Les critiques, eux, restent sceptiques. « Les capsules transportent peu de passagers et les billets risquent d’être chers », avertit le spécialiste Robert Noland, de l’université Rutgers.