Surnommé le «Marakana», le stade serbe réputé pour sa chaude ambiance sera le théâtre du barrage retour entre l’Étoile rouge de Belgrade et le LOSC, condamné à la victoire pour poursuivre l’aventure en Ligue Europa.
«C’est plus que de la déception… C’est de la honte vis-à-vis de nos supporters, de nous-mêmes pour avoir affiché un tel visage.» C’est un Bruno Genesio désemparé qui s’était présenté en conférence de presse il y a une semaine, après la défaite du LOSC en barrage aller de Ligue Europa (0-1). L’entraîneur lillois ruminait surtout la forme de son équipe depuis deux mois. Il pouvait aussi regretter d’avoir perdu la première manche à domicile, car la seconde sera dans l’un des environnements les plus hostiles que propose le football européen de haut niveau.
Dans les colonnes de L’Équipe, Francis Gillot se souvenait de la sécurité renforcée au 1, rue Ljutice Bogdana, pour un déplacement des Girondins de Bordeaux dont il était l’entraîneur, en 2012 : «Il y avait une trentaine de types armés sur les côtés, on se dit qu’il ne faut pas broncher. Je mesure près de 1,90 m et j’étais probablement le plus petit, comparé à eux.» La passion pour un club flirte avec le fanatisme en Serbie, en football comme dans les autres sports.
«Un jour, un pétard a explosé sur mon pied»
Damien Le Tallec en sait quelque chose. Le milieu français a joué deux ans et demi (2016-18) à l’Étoile rouge. Il a éprouvé les derbys de Belgrade sur le terrain du Partizan. «À l’échauffement, on se prenait des balles de golf sur la tête», racontait l’ancien Montpelliérain au Figaro en 2018. «Quand on rentrait dans le tunnel, on se prenait des pétards… Un jour, il y en a même un qui a explosé sur mon pied ! J’avais la chaussure toute noire au moment de jouer.» Au «Marakana» (le surnom du stade de l’Étoile rouge en référence au mythique stade Maracana de Rio de Janeiro), «tout peut se passer», prévenait Le Tallec.
Il peut surtout se passer beaucoup de choses dans l’interminable tunnel qui sépare les vestiaires de la pelouse, aux airs d’abri antiatomique. «C’est un long tunnel un peu comme à Bordeaux dans l’ancien stade (Chaban-Delmas)», décrivait Pavle Nikov, ancien capitaine de l’Étoile rouge passé par Toulouse, pour So Foot . «Dans celui du “Marakana”, il y avait beaucoup de graffitis, détaillait-il. À ce moment, tu vois la peur sur les visages. Au-dessus, il y a la “Delije Sever”, la tribune des fans qui sont les plus chauds. Quand tu es dans le couloir, tu entends donc tout le bruit et l’ambiance et quand tu sors, ils sont juste à un ou deux mètres de toi.»
Incendie en tribunes le week-end dernier
Le temps qui passe n’entame pas l’animosité qui peut parfois régner dans au stade Rajko Mitic (le nom officiel, en hommage à un ancien attaquant du club dans les années 50), surtout lors d’un derby. Dimanche dernier, des ultras du Partizan ont déclenché un incendie dans la tribune visiteurs après un but de l’Étoile rouge (victoire des locaux 3-0). L’interruption du match et l’intervention des pompiers ont été nécessaires. C’est dans ce contexte qu’une centaine de supporters nordistes sont attendus au même endroit où le LOSC, déjà, avait trébuché lors de la phase de ligue (1-0 le 6 novembre).
Depuis, les Dogues ont nettement régressé : 2 victoires, 2 nuls et 7 défaites en 2026. Le revers en barrage aller de C3 a conduit des supporters à réclamer la démission de Genesio. «C’est logique, avait-il réagi. Le public veut au minimum voir son équipe se battre, et on n’a pas fait le minimum. On a le droit de ne pas être bon, mais manquer autant d’agressivité, d’envie dans un match européen à domicile, non.» Encore moins envisageable au «Marakana».