Depuis le début du carnaval, ni les corsi de nuit ni les batailles de fleurs n’ont commencé à l’heure. Minimum : 30 minutes de retard avant le top départ, mais on est davantage sur du 45 minutes. Ce qui est insupportable pour bon nombre de spectateurs. Notamment le soir, avec l’humidité qui tombe d’un coup sur la place Masséna. Il fait froid et rien ne vient.

Ce désagrément d’une attente difficile à vivre, ardemment dénoncée sur place, sur les réseaux sociaux et dans des appels reçus à notre rédaction, est lui-même généré par les files d’attente interminables qui bouchonnent avant chaque portique des quatre entrées du site carnavalesque : promenade du Paillon, place Masséna/zone piétonne, promenade des Anglais (côté Max-Gallo et côté Verdun). Ce sont surtout ces deux accès en front de mer qui déroulent des processions spectaculaires remontant sur 200, voire 400 mètres selon les moments.

Le phénomène ne date pas d’hier mais semble s’amplifier. Graig Monetti, l’adjoint au maire délégué à l’é vénementiel, ne nie pas l’évidence, mais la justifie : « Effectivement, cette attente n’est pas satisfaisante. Pourtant, il n’y a jamais eu autant de portiques : 47 cette année, contre 44 l’année dernière ». Concrètement, il y a deux portiques de plus côté quai des États-Unis (Entrée 3) et un de plus côté Verdun (Entrée 4). En outre, un portique a été transféré du miroir d’eau (Entrée 2) sur l’entrée 1 de Masséna/zone piétonne.

Maryse (au premier plan) et les autres participants ont touché du doigt la féérie des batailles de fleurs.

Portiques hypersensibles

Mais on est à Carnaval, grand événement se déroulant dans un périmètre fermé, qui se veut étanche, antiterroriste, exigeant un niveau de sécurité très élevé et d’étroits contrôles. Lorsque le portique sonne, il faut tout déballer – sacs, poches – dans des plateaux pour que les agents vérifient les contenus. La sensibilité des portiques a-t-elle été modifiée ? Réponse d’Aurélie Lebourgeois, directrice de cabinet du préfet : « La préfecture n’a pas demandé de rehausser le contrôle des portiques mais les premiers tests n’étaient pas bons. Il a donc été décidé de modifier le réglage pour pouvoir détecter un couteau. » Véronique Borré, directrice générale adjointe Sécurité, proximité et citoyenneté à la mairie de Nice, confirme : « Les portiques ont été réglés au niveau maximal, donc ils sonnent très facilement. »

Infaillible, un portique ? « Non, admet Aurélie Lebourgeois, on procède régulièrement à des crash-tests et le taux de détection n’est pas de 100 %. Voilà pourquoi il convient de combiner portique et levée de doute grâce aux raquettes de détection. » Cette procédure, multipliée par des milliers de spectateurs, complique forcément le déroulement des choses. D’autant que « la jauge d’un corso est de 25 500 spectateurs », rappelle Graig Monetti.

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Nice Matin

Trop de retardataires, ça complique tout !

Et encore, on prévoit large : « On ouvre les portes deux heures avant le début du spectacle. » Un portique fait passer 300 personnes par heure mais il y a toujours des arrivées tardives, y compris de la part des nombreux groupes, qui ont pourtant un couloir dédié. « Si tout le monde venait à 18 h 30 pour un corso prévu à 20 h 30, ça irait. »

Autre élément relevé par Véronique Borré : « Les billets d’entrée sont calibrés par zone, mais la porte n’est pas indiquée dessus. Il y a peut-être une réflexion à engager pour modifier les billets. » Et, du coup, faire en sorte que des milliers de gens ne s’agglutinent plus vers des accès trop éloignés de leur zone de tribunes ou de promenoirs.

Éviter les mouvements d’humeur

Commencer le spectacle à l’heure malgré tout ? Pour Graig Monetti, c’est non : « On ne peut pas faire démarrer le défilé tant qu’on n’a pas le ‘‘go’’ des autorités, c’est-à-dire de la préfecture et de la police nationale à travers notre centre de supervision urbain. Commencer même si tout le monde n’est pas installé n’est pas envisageable : il nous faut le feu vert pour se concentrer sur la gestion d’un seul et même périmètre. »

Du côté de la préfecture, on explicite ce processus : « On donne le ‘‘go’’ quand on a suffisamment de spectateurs entrés pour éviter que ceux qui attendent encore dehors, mécontents, commencent une pression sur les agents de contrôle. On peut faire démarrer le corso lorsqu’il ne reste qu’un résidu d’attente. On recherche un équilibre. »