Il y a beaucoup d’émoi autour du fait que les joueurs de Team USA semblent beaucoup aimer le président américain. Je ne comprends pas cet émoi, cet étonnement.

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5 h 00

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Tout a commencé avec la médiatisation de l’appel Washington-Milan, quand, réunis autour du téléphone de Kash Patel, directeur du FBI (ne posez pas de questions), les joueurs de Team USA gloussaient dans le vestiaire comme des écolières devant Justin Bieber, heureux d’échanger avec le plus grand président de l’histoire de la Terre, peut-être même du système solaire.

Le président Trump, qui pourrait aussi être humoriste professionnel s’il n’était pas si occupé à make-l’Amérique-great-again, les a invités à la Maison-Blanche, tout en poussant sans effort une de ces blagues hilarantes dont il a le secret : « Je vais devoir inviter l’équipe des filles aussi, sinon ils vont me destituer ! »

LOL général ! Les boys ont bien ri de cette blague songée à propos de l’« autre » équipe de hockey médaillée d’or…

(Ma collègue Chantal Guy a bien cerné la scène, dans sa chronique de mercredi1.)

Les médaillées d’or de Team USA, probablement intoxiquées à la propagande communisto-woke anti-Trump, ont décidé de ne pas accepter l’invitation de se rendre à la Maison-Blanche… 

Cinq joueurs de Team USA ne sont pas allés à la Maison-Blanche. Ceux qui ont parlé ont évoqué leur besoin de calme avant de recommencer la saison de la LNH. S’ils ont voulu prendre leurs distances de Trump, ils ne l’ont pas dit.

Mais 20 joueurs de Team USA y sont allés : souriants, contents, enthousiastes, absolument rayonnants. Pour eux, il n’y a pas de controverse là-dedans, juste une visite de courtoisie totalement apolitique, dans un monde où, a déploré Jack Hughes – héros du match Canada-USA – « tout est politique ».

Hughes a ajouté : « Les gens sont tellement négatifs et ils essaient seulement de trouver des raisons pour rabaisser les autres à propos de tout et de rien… »

PHOTO KENNY HOLSTON, THE NEW YORK TIMES FOURNIE PAR REUTERS

Le président a annoncé que le gardien Connor Hellebuyck (à droite) recevra la Médaille présidentielle de la Liberté.

Oui, ces gens négatifs, comme ces Canadiens qui, comme chacun le sait, n’ont aucune raison valable de « rabaisser » les trumpistes qui gloussent de voir les États-Unis s’attaquer au Canada.

Quatre joueurs de Team USA évoluent pour des équipes canadiennes : Connor Hellebuyck (Winnipeg), Auston Matthews (Toronto) ainsi que Jake Sanderson et Brady Tkachuk (Ottawa).

Ce pays, le Canada, est dans le viseur de Donald Trump, qui nous insulte en rêvant de nous annexer tout en nous faisant une guerre commerciale stupide qui fait mal à des milliers de Canadiens. Il traite nos premiers ministres de « gouverneurs » et dit qu’il n’a pas besoin de nous… 

On penserait que ces quatre joueurs-là, au strict minimum, se seraient fait porter pâles plutôt que d’aller parader, tout sourire, avec celui qui parle de faire du Canada le 51e État…

On se tromperait, si on pensait ça.

Hellebuyck, Matthews, Sanderson et Tkachuk sont tous allés à la Maison-Blanche rire des jokes plates de Trump, sans une pensée pour les Canadiens qui les font vivre, les Canadiens qu’ils côtoient tous les jours et qui, dans une immense majorité, réprouvent le trumpisme et ses complices.

Ironie : la mère de Tkachuk est née au Manitoba.

Autre ironie : l’arbre généalogique des Tkachuk comprend plusieurs racines remontant en Ukraine, le pays que Trump piétine en mangeant dans la main de Poutine.

Tkachuk, le capitaine des Sénateurs d’Ottawa, a commenté la colère des fans canadiens : « C’est un drôle de sentiment quand tu sens les fans derrière toi et, soudainement, tu es l’ennemi public numéro 1… »

Je précise ici que Brady Tkachuk croit (publiquement, du moins) que les fans des Sénateurs sont fâchés parce qu’il a contribué à battre Équipe Canada !

Brady Tkachuk ne comprend pas (ou fait semblant de ne pas comprendre) que la colère des gens, au Canada, tient à ces guiliguilis exubérants avec un type qui rêve d’annexer le pays des fans qui le font vivre, pas au fait que Team USA a battu Équipe Canada dans la finale olympique.

Remarquez, cette commode incompréhension de l’enjeu n’est pas un virus typiquement américain. Parlez-en à Wayne Gretzky, dont la cote d’amour au Canada a pris une débarque de type Bitcoin depuis qu’on sait qu’il valorise plus sa relation avec Donald Trump que celle avec les Canadiens…

On peut donc s’étonner de voir les joueurs de Team USA côtoyer Trump avec autant d’enthousiasme, comme s’il était un président typique. Je ne leur reproche rien, je fais seulement quelques constats…

D’abord, Trump a été « respectabilisé » avec l’élection de 2024. Revenu au pouvoir – malgré les procès civils et criminels, malgré les « Ils mangent les chiens et les chats », malgré l’ICE, malgré les mensonges sur l’élection « volée » de 2020, malgré le fait qu’il a encouragé ses partisans à tenter de renverser de force l’homologation de cette élection –, il est devenu plus fréquentable pour beaucoup d’Américains.

Ensuite, des millions d’Américains ont voté pour Trump. Pour plein de raisons. Des millions d’Américains l’admirent, malgré tout ce qu’il a dit et fait. Pour reprendre une formule lumineuse, les États-Unis ne sont pas comme ils sont actuellement à cause de Trump : Trump est président à cause de ce que sont (aussi) les États-Unis… Et les Américains.

Il faut cesser de vivre dans la fiction que Trump est une sorte d’aberration statistique, politique et historique. Il représente un courant très fort de la vie américaine. Son style grossier, ses insultes, son mépris des règles et des normes, sa vulgarité en dorures ostentatoires : des millions d’Américains se sont toujours reconnus dans ce genre de personnage… 

Et se reconnaissent encore en lui.

Dont au moins 20 athlètes professionnels qui sont très habiles en patin.

1. Lisez la chronique « Comment perdre la face en gagnant l’or »