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Rédaction Rugby

Publié le

26 févr. 2026 à 17h53

Actuel sélectionneur de la Roumanie qui participera à la Coupe du monde 2027, consultant sur Canal+ et ancien joueur du Stade Toulousain notamment, David Gérard figure sur la liste portée par Laure Lavalette pour la mairie de Toulon. Sans détour, il s’est confié à Actu Rugby sur ses ambitions, son engagement et notamment l’étiquette de sa tête de liste, actuellement élue en tant que députée RN de la 2e circonscription du Var. 

Premier adjoint sur la liste

Actu : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager sur la liste de Laure Lavalette pour la mairie de Toulon ?

David Gérard : Déjà, c’est la rencontre d’une personne. À la base, ce n’est pas Laure Lavalette que j’ai rencontrée, mais c’est Sébastien Soulé, qui est un proche de Laure Lavalette. C’est aussi le policier qui a écrit le livre qui a inspiré le film Bac Nord. Il a un gros vécu au niveau de la police. C’est donc un très bon mec, plein de valeurs et plein d’idées. Puis, de fil en aiguille, j’ai rencontré Laure et ça a été la rencontre d’une personne pleine de valeurs, qui a une vraie vision, pas démago du tout. Ce qui était clair entre nous, c’est qu’elle faisait une liste sans étiquette, parce qu’il y a beaucoup d’apolitiques dans sa liste, de gens comme moi, de la société civile, et c’est aussi un engagement qu’elle a pris et elle l’a respecté.
Elle a cherché des experts, dans tous les secteurs, mais ce ne sont que des gens de la société civile, pour beaucoup. C’est ça qui est intéressant, il y a beaucoup de novices dans ce milieu-là. Je n’ai jamais été attiré personnellement par la politique, mais le fait de mener à bien un projet comme celui-là m’a tenté et m’a motivé.

En plus, vous êtes deuxième sur la liste…

D.G. : Oui, elle m’a mis deuxième pour envoyer un signal fort. Dans le sens où elle a une étiquette un niveau national (Laure Lavalette est députée RN de la 2e circonscription du Var, NDLR) mais par contre, pour la municipale, elle a décidé de s’entourer de personnes de la société civile, justement, et de partir sans étiquette.

Un engagement bien accueilli

Comprenez-vous malgré tout que les citoyens peuvent faire le raccourci du RN, parce qu’elle est élue en tant que députée RN ?

D.G. : Oui, bien sûr. Après, les gens feront le raccourci s’ils ont envie de le faire. Moi, si je voulais m’encarter quelque part, je ne vois pas pourquoi je me cacherais, puisqu’en fait, jusqu’aux dernières nouvelles, on est dans une démocratie, un pays libre où on a le droit d’être motivé plus par un projet et par des gens que par d’autres. Mais pour moi, aujourd’hui, il n’y a pas de problématique. C’est vrai que ça dérange. Parce que ça dérange quand tu n’es pas forcément du même avis ou que tu n’es pas du même côté, mais je trouve ça très dommage parce qu’aujourd’hui, les gens sont en droit de penser ce qu’ils veulent et comme ils veulent. De mon côté, ce n’est pas parce que j’ai joué au rugby à un moment donné de ma vie, ou que je suis coach de rugby, que d’un coup, je vais dire aux gens, écoutez-moi, j’ai la science infuse, c’est moi qui vais vous dire ce qu’il faut voter. Les gens votent ce qu’ils veulent.

En parlant de ça, est ce que vous avez eu des retours, des messages de personnalités du monde du rugby ?

D.G. : Du monde du rugby, j’en ai eu un qui a un petit peu fait parler, mais qui a été diligenté par un opposant à la liste sur laquelle je suis, donc pour moi, il n’a aucune valeur, ce message (l’ancien joueur du RCT Mohamed Dridi l’avait interpellé sur les réseaux sociaux par rapport à son engagement, NDLR). Au-delà de ça, j’ai reçu beaucoup de messages positifs. Parce que les gens qui m’ont fait des messages, ce sont des gens qui me connaissent, qui savent très bien que je ne suis pas dans le conflit, que je ne suis pas un diable. Je suis juste quelqu’un qui a envie de travailler dans ce qu’il sait faire, c’est-à-dire le sport, et qui a envie d’apporter à sa ville de naissance, et la ville où, aujourd’hui, je suis revenu depuis quelques mois.

Vous serez donc en charge des Sports. Quels sont vos objectifs si vous êtes élu pour le sport à Toulon ? On suppose qu’il y a le RCT, mais on connaît aussi votre attachement au foot…

D.G. : Aujourd’hui, Toulon mérite un grand Sporting (le Sporting Club de Toulon, club de foot de la ville) et ce club me tient à cœur. Aujourd’hui, j’ai envie d’aider, bien sûr, les sports collectifs qui font que Toulon est à haut niveau, bien sûr, le Rugby Club Toulonnais, le Sporting Club de Toulon, le HTV, (Hyères-Toulon-Var Basket, club de Pro B), les Rebelles (club de handball féminin en 1e division), et le futsal de Toulon, qui joue même en Coupe d’Europe et dont on ne parle pas assez. Je vais essayer de me concentrer déjà à garder nos clubs en élite et à les faire performer, donc ça, ça va être une de mes missions.
Mais aujourd’hui, on va dire que le gros de ma mission va être d’ouvrir le sport pour tous à Toulon. J’ai des projets qui sont sur le sport pour tous, c’est-à-dire le sport-loisir, le sport santé, le handicap. Il faut féminiser aussi le sport. Il y a le sport amateur, le sport semi-pro, et ensuite, la partie performance sur le sport professionnel. Je vais essayer d’ouvrir ça et aussi me concentrer sur le sport à l’école. On a abandonné le sport à l’école et je trouve que c’est très dommageable.

L'ancien rugbyman David Gérard se lance dans une nouvelle mêlée : la politique. Il est en 2e position sur une liste RN aux élections municipales.
L’ancien rugbyman David Gérard sera 2e position sur une liste sans étiquette, soutenue par le RN, aux élections municipales à Toulon. (©Icon Sport)Amener le sport dans les quartiers défavorisés

Et le sport aussi comme moyen d’intégration dans la société ?

D.G. : Clairement, j’ai envie de redonner ses lettres de noblesse au sport, en travaillant sur des projets très structurants. N’étant pas un politique, étant un garçon de terrain qui a connu des échecs, qui a connu des réussites, je sais que j’ai une force, c’est ma capacité de travail. Je veux la mettre au service de Laure, de la liste et de cette ville. C’est ça qui m’intéresse le plus. J’ai envie que les gens reprennent du plaisir à faire du sport.

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Et donc, possiblement, amener le sport dans les quartiers défavorisés…

D.G. : Oui, bien sûr ! En fait, le sport est présent dans les quartiers, mais il n’est pas structuré. Pour moi, mettre des gens avec une étiquette de quartier, vous restez dans votre quartier, vous ne faites que des trucs dans votre quartier, excusez-moi, ce n’est pas ça en fait. L’esprit d’ouverture, ce n’est pas ça. Si on fait ça, justement, on les catalogue. Et en fait, on n’aide pas les quartiers en faisant ça. Ce que je veux, à un moment donné, c’est, par le biais du sport, avoir un outil qui me permette, non seulement de lancer un message, on peut dire, d’espoir, parce qu’aujourd’hui, le sport est un vecteur de dingue pour pouvoir redonner espoir aux jeunes. Et surtout, je veux donner d’autres solutions.
Vous voyez, on a tous des craintes actuelles sur des quartiers, notamment, où il y a des heures où il peut se passer beaucoup de choses. Pourquoi ? Parce qu’il y a énormément de vide. Et ce vide-là, je veux le remplacer par du sport, de la culture, de l’innovation et en fait, redonner goût à tout ça aux jeunes. Parce qu’on en a besoin, en fait, de la jeunesse.

Un programme inclusif

Oui, donc c’est là que vous confirmez, par toutes ces mesures que vous souhaitez entreprendre, que vous êtes très loin de l’étiquette que porte la députée au niveau national.

D.G. : C’est incomparable ! Vous ne pouvez pas me parler de politique à moi parce que je ne suis pas un homme politique. Le jour où je prends une étiquette, c’est que je pense que j’ai les capacités, les connaissances et que je dois le faire. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est représenter ma ville, ma ville de naissance et de tout donner pour faire évoluer les choses. Je ne suis pas dans la confrontation vis-à-vis de ceux qui sont passés avant.
Ils ont fait des choses très bien. Ils ont fait des choses moins bien, mais c’est comme tout le monde. Moi, ce que je sais, c’est qu’il y a un vent de fraîcheur dans notre liste parce que, justement, beaucoup de gens comme moi, en fait, ont envie d’apporter leur pierre à l’édifice dans leur spécialisation.
Je ne vais pas me mettre à parler de la mer alors que le seul lien que j’ai avec la mer, c’est Flipper le dauphin (sic). Aujourd’hui, je ne vais pas m’occuper de la sécurité de la ville si je suis un sportif. Je ne vais pas m’occuper de la voirie. Je vais m’occuper du sport, parce que c’est ça qui m’intéresse.

Malgré tout, si vous êtes élu au conseil municipal, votre vote comptera sur ces sujets-là…

D.G. : Bien sûr, bien sûr. Après, ce sera à moi de m’intéresser à minima pour avoir un raisonnement proche de ce que doit être la vérité. Mais si on veut être performant, aujourd’hui, en s’occupant de tout, on ne s’occupe de rien en fait.
Je veux déjà essayer de faire bien les choses au niveau du sport, l’animation de la ville. Il y a un adjoint qui est sur la liste, qui est un DJ. Il s’appelle Fabien Sorantino. Il fait des festivals et tout ça et on est sur la même longueur d’onde. C’est que le sport, l’animation de la ville, tout ça sont totalement liés. On veut redynamiser, tout en respectant les gens, parce qu’on sait que qui dit redynamiser, dit parfois changer ou modifier des choses. Et c’est là où on se heurte en général à du binaire, ça plaît ou ça ne plaît pas. Mais ça fait partie du jeu, on va dire.

Loin d’être une caution pour la tête de liste

Est ce que vous n’aviez pas peur, avec ces personnes de la société civile, que Laure Lavalette se serve de vous pour laver son image ?

D.G. : Non, je ne vois pas ce que Laure a à laver ! La seule chose que je vois, c’est que nos opposants ou les gens qui veulent vraiment faire du mal à Laure et à sa liste, lui sortent le bilan du maire Front National qu’a eu Toulon en 1995 et qui n’a pas été très performant, même s’il n’a pas été aidé. Je rappelle que le département et la région avaient coupé les vivres à partir du moment où il a pris la mairie, sans être prêt. Il a fait ce qu’il pouvait, il a fait des choses bien, des choses moins bien.
Ce que j’ai envie de dire à ces gens, c’est qu’il y a 30 ans, déjà, Laure ne faisait même pas de politique. Moi, il y a 30 ans, j’avais 18 ans, je faisais du rugby et j’étais encore à Toulon. Et ce que je veux leur dire simplement, c’est que le présent est beaucoup plus inquiétant qu’il y a 30 ans, en fait.
A ce compte-là, Louis XIV, il n’a pas fait que des choses intéressantes et si les gens veulent lui reprocher à tort et à travers, ils le feront. Laure aujourd’hui, elle est fière de ce qu’elle est, elle est fière de son parcours. Nous, ses colistiers, on est tous venus pour ses valeurs et les personnes qui l’entourent. Et franchement, j’ai senti beaucoup d’honnêteté et beaucoup de simplicité dans les échanges. Il n’y a jamais eu de non-dit, il n’y a jamais eu de coup bas. Ça aurait été quelque chose qui aurait freiné tout le monde. Cela n’a jamais été le cas. Aujourd’hui, je pense que Laure nous a choisis pour nos compétences humaines et professionnelles plus qu’autre chose.

Donc vous n’avez pas peur d’être associé à l’image du RN, parce que, malgré tout, c’est ce qui va ressortir, parce qu’elle est députée RN ?

D.G. : Les gens, ils diront ce qu’ils veulent. Aujourd’hui, je me suis engagé sur une liste où justement, il n’y a rien, en fait. Aujourd’hui, c’est une liste où il n’y a pas de parti.
Elle est sponsorisée, elle est aidée, comme toutes les listes qui sont sans parti. Et c’est normal puisque Laure fait partie d’un parti au National. Mais pour une ville, aujourd’hui, pour moi, mon parti, c’est Laure Lavalette, c’est rien d’autre en fait.

C’est même plutôt Toulon votre parti…

D.G. : Oui, mon parti, c’est Toulon. Bien sûr que c’est Toulon. Mais c’est Toulon avec la vision de Laure. Parce qu’aujourd’hui, elle a une vision. Ça fait un moment qu’elle réfléchit à tout ça. On dit beaucoup à l’heure actuelle, et je trouve que c’est très vrai que nos politiques manquent de courage.
Je trouve que quelqu’un qui abandonne le fait d’être député pour se lancer dans une mairie où, bien sûr, elle va gagner moins d’argent, elle aura beaucoup plus de problèmes, la solution de facilité, serait de rester députée. Ce n’est pas ce qu’elle veut, puisqu’elle abandonnerait son poste de député au profit de la mairie, parce que c’est la mairie qui l’intéresse. Ce sont les Toulonnais et la mairie.
Quand j’ai vu, à l’époque, Pierre Rabadan s’engager du côté de Paris, je n’avais pas forcément les mêmes avis que lui. Ni ceux du parti pour lequel il s’est engagé, parce qu’il a pris une étiquette et tout. Mais alors, Pierre Rabadan, ce n’est pas un bon mec, et il n’a pas de bonnes idées ? Il s’est engagé dans une mairie de ville. Ce n’est pas au niveau national. Au niveau national, ça a des répercussions tout autre, et c’est une vision tout autre.
Aujourd’hui, Toulon reste Toulon, c’est une ville. Donc il faut relativiser.

Nouveau sélectionneur de la Roumanie, David Gérard s'est confié à Actu Rugby sur son ressenti, ses émotions, et la tâche ardue à laquelle il fait face.
Actuel sélectionneur de la Roumanie, David Gérard a vraiment envie de s’investir dans le sport à Toulon, sa ville de naissance. (©Photo fournie par David Gérard)

Vous parlez de Pierre Rabadan. Vous avez été en contact avec lui à propos de l’engagement en politique ?

D.G. : Non, non, pas plus. On s’est croisés sur le terrain. Moi, c’est quelqu’un que je trouve très intelligent, quelqu’un qui a fait du bon boulot lors des JO.
On est dans un monde, aujourd’hui, où on n’accepte pas que les autres ne pensent pas comme toi, en fait. On n’accepte rien.
On devient de suite méchant, négatif, on brutalise. Grâce aux réseaux sociaux, c’est super génial, ça. Certains s’inventent un courage qu’ils n’ont pas dans la vraie vie.
Mais moi, ça m’a fait rire, quand je me suis retrouvé sur Instagram, avec un message privé d’un compte fantôme, créé exprès pour insulter les gens.

Je me suis retrouvé avec des noms d’oiseaux. On m’a traité de facho et de raciste. J’en ai parlé à mon parrain qui est algérien et je lui ai montré le message, il en a rigolé et m’a dit : « les gens sont fous » Aujourd’hui, la seule arme qu’il y a, c’est de faire peur aux gens et de diaboliser les choses.
Mais il faut arrêter de déconner. Un jour, on le comprendra, mais il faut arrêter de déconner.

David Gérard
Numéro 2 sur la liste de Laure Lavalette pour la mairie de Toulon

Cela entraîne quand même de gros problèmes dans la société, et les extrêmes ont pris une grande place, il n’y a plus de nuance…

D.G. : Aujourd’hui, les extrêmes sont dangereux. Mais les deux extrêmes. Ce n’est pas plus l’extrême gauche ou l’extrême droite, il y a du danger partout, en fait. Dès qu’il y a de l’excès, ça devient du danger.
Mais la réalité, c’est qu’on est une démocratie. On peut être capable, entre gens, de débattre et de parler. Si aujourd’hui, vous restez en vase clos et vous faites des repas avec des gens qui ont le même avis que vous, on n’appelle pas ça un débat.
Aujourd’hui, on ne laisse plus la place au débat. Et c’est ça qui est dommage.
Pour moi, les gens, ils font ce qu’ils veulent.
Les gens de mon entourage, même ma famille. Ma famille votera ce qu’elle voudra voter, en fait. Et ça ne changera rien. Et si je croise des gens, des amis à moi, qui votent quelqu’un d’autre et j’en ai croisé, ça n’a rien changé.
Rien. Parce qu’ils me connaissent, parce que je les connais, parce qu’à un moment donné, on est en droit de penser différemment. Et ce n’est pas pour ça qu’on ne s’aime pas ou qu’on ne se respecte pas.

En fait, à vous écouter vous voulez apporter cette nuance…

D.G. : Disons que je viens d’un sport où on a été élevé dans le respect, dans la mixité. Même si je vais dans un milieu où il est dur de laisser la place à tout le monde, eh bien moi, je laisse la place à tout le monde. Mais par contre, ce n’est pas parce que ce n’est pas mon milieu que je ne peux pas m’engager et dire que cette femme, elle a quelque chose où je me retrouve et j’ai envie de bosser avec elle.

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