Les élections municipales, c’est dans moins d’un mois (15 et 22 mars). Après avoir suivi les négociations entre partis et les déclarations de candidature à Saint-Etienne et Saint-Chamond, notre rédaction se penchera sur les forces en présence dans plusieurs communes du sud Loire, sélectionnées à partir d’un seuil de leur nombre d’habitants. Parallèlement, nous revenons, en détails, sur la composition et le programme des différentes listes stéphanoises et couramiaudes.
Les parutions par ville suivent la logique chronologique des entretiens obtenus avec les têtes de liste, les candidatures ayant été sollicitées en même temps. Quatrième volet donc pour ce qui concerne Saint-Etienne : « Grandir Vivre Transmettre », liste divers droite issue de la majorité et menée par l’adjoint à la culture Marc Chassaubéné.
La liste au complet sur l’esplanade faisant face à la gare de Châteaucreux. Photo transmise par « Grandir Vivre Transmettre »
Un héritage commun, deux prétendants. A la suite du vote interne ayant fracturé la majorité de Gaël Perdriau le soir même de sa condamnation en première instance, Marc Chassaubéné, adjoint à la culture, avait été désigné pour prendre sa suite. C’était sans compter la fronde d’une autre adjointe, Siham Labich, estimant le procédé subi et les dés pipés. Marc Chassaubéné avait alors renoncé et Jean-Pierre Berger avait été présenté à l’assemblée municipale pour finir le mandat en tant que maire, Marc Chassaubéné devenant 1er adjoint.
Sans surprises, deux semaines après, il déclarait sa candidature. Et Siham Labich la sienne le 12 janvier, ce qui reste de la majorité originelle se partageant entre les deux. Auront-ils à se partager 17 % des votants, moins, davantage ? « 17 % » : c’est en effet le score que créditait à un Gaël Perdriau qui aurait pu se présenter un sondage du PS Loire datant de février dernier. Loin du carton, 47 %, obtenu au 1er tour en 2020, certes dans un contexte infiniment différent et marqué par 68 % d’abstention… Sans revendiquer bien sûr la capacité à ne serait-ce que s’en approcher, la liste « Grandir Vivre Transmettre » menée par Marc Chassaubéné se sent légitime pour faire plus qu’exister.
Liste et tête de liste
« Si je suis là c’est qu’il y a un projet collectif et que je souhaite le conduire dans la continuité d’un bilan très bon. » Jugé « très bon » donc malgré les difficultés. Le Covid par exemple. L’affaire de chantage aussi, voire surtout même si les « sortants » ont toujours clamé que celle-ci ne les avait pas fondamentalement empêchés de poursuivre leurs plans côté Ville. Confronté à une rumeur lui prêtant de préparer le terrain à un retour sur scène de Gaël Perdriau, Marc Chassaubéné la balaie d’emblée, préoccupé, assure-t-il, par le seul projet de sa liste. Cet ex-patron de la presse culturelle locale (il possédait jusqu’à début 2014 avant d’être élu, Unagi Loire dont Le Petit Bulletin Saint-Etienne était le navire amiral), 40 ans, est entré en politique via le premier mandat Perdriau, devenant adjoint à la culture.
Marc Chassaubéné, adjoint à la culture, a pris la tête de cette liste, l’une des deux représentant l’équipe sortante. Photo transmise par « Grandir Vivre Transmettre »
Il avait rempilé en 2020, ayant pris entre temps, une vice-présidence à la Métropole puis la présidence de la Cité du design, perdue de facto en décembre. Témoins d’une confiance montante accordée par G. Perdriau. 15 adjoints ou conseillers sortants de la majorité élue en 2020 lui l’accordent en 2026. Dans l’ordre de la liste : Marie-Jo Perez (n°2), Dominique Manin, Lionel Jouffre, Nicole Aubourdy, Véronique Falzone, Brigitte Regeffe, Laurence Ricciardi, Annick Liotier, Maryse Zoffo, Colette Ducros, Jean-Pierre Kotchian, Catherine Zadra. Nadia Semache, Christiane Jodar et J.-P. Berger aussi mais à des places « d’honneur », respectivement les 56e, 58e et 59e sur 59. Pour les trois derniers cités, la politique active est sans doute terminée. A noter, en 3e position, le retour de J.-J Rey, un temps leader de l’opposition de droite à la suite du recul rapidement pris par Michel Thiollière après 2008. Soutien de Gaël Perdriau en 2020, l’ex Vert de la Grande époque Hervé Revelli est placé 5e.
Pour le reste, une quarantaine de noms plus « neufs » : Sumeye Bozkurt, architecte (n°4), Joëlle Mérieux, professeure de danse (n°8), Joël Bignozet, fonctionnaire de police et des Renseignements territoriaux (n°9). Continuité, renouvellement et diversité de profils revendiqués : « Ce sera une liste étiquetée divers droite mais il y a des sensibilités à gauche, commente Marc Chassaubéné. Personne n’est encarté même si cela a pu être le cas pour certains, comme moi, un temps chez les LR par opposition à Laurent Wauquiez et ses propos sur Saint-Etienne. J’en suis parti quand il est devenu président. »
Voici des éléments programmatiques de « Grandir, Vivre, Transmettre », le nom de la liste correspondant aux trois axes les répartissant. Sans fournir une évaluation financière (fonctionnement / investissement), elle se garde, cette fois de promettre à coup sûr, comme en 2020, le maintien des taux fiscaux communaux, arguant d’un contexte devenu infiniment plus instable qu’il y a 6 ans.
Ecoles
En tant que celle des « sortants » bien qu’en grande partie renouvelée, la liste rappelle ce qui a été fait. La progression du bio et des produits locaux, la gratuité des équipements sportifs et des musées pour les écoliers, le plan de rénovation et végétalisation des écoles surtout, à 40 M€ (+ 20 de 2014 à 2020). « Nous proposons de poursuivre ce plan ambitieux ». Avec combien ? « Plus ? Non. Autant ? On verra, précise à If Marc Chassaubéné. En mettant 60 M€ depuis 2014 ayant hérité d’un manque préalable d’entretien historique sur les écoles, le plus coûteux, dont des constructions ou reconstructions a été fait ou lancé. Le « plus coûteux » ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore beaucoup de choses à améliorer. Mais sortir un plan à 60 M€ n’est pas nécessaire, voire impossible : avec 40 M€, on atteint déjà le maximum digérable par le calendrier des entreprises, leur interface et la gestion avec nos services et l’impact quotidien des chantiers. »
« Grandir, Vivre, Transmettre » souhaite « geler » le prix de la cantine, estimant les efforts fournis déjà conséquents (1,1 € à 5,15 € le repas en fonction du quotient familial pour 9 € payés par la collectivité) tout comme le bio et (83 %) et le local (72 %) : « dur d’aller plus loin ». C’est dans « l’apprentissage du civisme et le respect de l’autorité dès le plus jeune âge » par le biais de l’école que la liste veut aller plus loin. Cela via un partenariat entre polices nationale et municipale et éducateurs sportifs. « Il y a une évolution sociale alarmante ces 5 dernières années avec des mineurs inconscients de la gravité de leurs actes. Grâce au renforcement des effectifs, j’aimerais des interventions de la police municipale à l’école et des liens avec les clubs de sport, les structures socio-éducatives pour un respect transversal : citoyen partout. »
Education / Petite enfance
La liste annonce aussi, entre autres, « un nouveau Conservatoire Massenet pour accueillir nos élèves dans les meilleures conditions » (ce qui implique un investissement très conséquent), une « école municipale pour les Arts Plastiques et le théâtre », une école de e-sport aussi pour « développer et encadrer la pratique sportive numérique » et enfin favoriser « l’implantation d’un pôle de loisirs indoor en centre-ville ».
Outre le lien entre école et citoyenneté étayé plus haut, nous avons interrogé sur ses intentions vis-à-vis des structures socio-éducatives (amicales laïques, centres sociaux, etc.), déjà souvent en difficultés financières et encore plus menacées par les replis du Département / Caf : « Après l’effort demandé en 2023 qui a concerné les associations (coupe de 10 % de subventions), le niveau d’aides est remonté à ce qui était accordé avant. La Ville n’est, elle, pas en défaut quant au soutien de ces structures. Et nous savons leur importance capitale, l’enjeu primordial qu’elles représentent. Nous nous engagerons davantage mais sans pouvoir compenser à 100 % les replis des autres financeurs. Il y a donc un grand chantier à conduire pour réinventer des modèles viables. Certains actuels, je pense à la MJC des Tilleuls par exemple, peuvent inspirer. »
Dans le domaine « petite enfance », la liste veut créer un dispositif de « crèche d’urgence » en cas d’imprévu pour les parents qui travaillent ou en recherche d’emploi. Que ce soit ponctuel – « une route bloquée » – ou pour soulager une situation de quelques jours, quelques semaines, « comme une nouveauté professionnelle, une séparation, le temps de se réadapter ». L’idée serait d’avoir d’ici quelques années plusieurs dizaines de place réparties sur les crèches existantes.
Sécurité / propreté
« Au moins une vingtaine d’agents, voire une trentaine de plus au cours du mandat », chiffre Marc Chassaubéné pour préciser l’intention de « continuer à renforcer les effectifs de la Police Municipale ». De quoi assurer « une présence plus visible et dissuasive dans tous les quartiers » : « Il y a un enjeu effectivement de leur répartition dans l’espace public. Il faut plus de présence à pied, à vélo, la nuit de 20 h à 3 h du matin, de moyens pour lutter contre les incivilités en trottinette et plus largement, pour les délits routiers une brigade dédiée. » Si le nouveau siège de la Police municipale (et son CSU modernisé) pouvant accueillir 300 agents a été lancé à Emile-Loubet, il sera inauguré au début de la prochaine mandature. Côté caméras, le réseau est promis à l’enrichissement dans les 6 ans – « une cinquantaine de plus » – sans compter une augmentation de « caméras nomades » pour contribuer à lutter contre le narcotrafic.
A noter aussi ces « dispositifs anti-agression » : déploiement – « environ 10 par an » – de bornes d’appel d’urgence vidéo sur l’espace public ; boutons anti-agression sur le réseau de transport et « alarme portative, personnelle et gratuite pour tous les habitants qui en font la demande ». Enfin, renforcement de dispositifs, si possible, de surveillance par drone des grands évènements.
Côté propreté, la liste annonce (c’est la Métropole qui là, décidera) la « fin du QR code d’accès aux déchetteries et une réouverture le dimanche matin », « davantage de points d’apport volontaires », la création d’une « brigade permanente anti-tag et de lutte contre les dégradations dans l’espace public », l’utilisation des caméras nomades pour plus de répression et un durcissement des amendes.
Urbanisme
« Saint-Etienne et plus particulièrement le centre ont besoin d’une « expérience » globale et continue à offrir à leurs visiteurs. Cela manque à son dynamisme. Un centre-ville ne se réduit pas à un centre commercial mais il y a à apprendre de la modernité de cet univers là pour créer un environnement global, faisant envie. » Depuis plusieurs semaines, « Grandir Vivre Transmettre », multiplie les projections urbanistiques sur des lieux emblématiques imaginés davantage végétalisés, plus « aquatiques » aussi, comme sur la place Hôtel-de-Ville que tous les candidats s’accordent à dire trop minérale, ratée lors de sa dernière rénovation. « Le miroir d’eau (grand bassin rectangulaire) que nous aimerions créer n’est pas très profond et ponctuellement, peut être vidé pour continuer à accueillir des événements comme la fête du livre. »
Cela passe par l’esthétique oui, mais aussi une offre de loisirs en centre-ville comme « l’implantation d’un pôle de loisirs indoor en centre-ville » évoquée plus haut, le cheminement, l’accès des habitants et visiteurs aussi (lire « Mobilités » ci-dessous). Un grand plan est ainsi annoncé pour le centre-ville avec, entre autres, la poursuite des plans façades et lumières, « du projet urbain Cœur d’histoire, une réhabilitation la rue de la Ville et la rue de la Résistance (cette dernière et l’hyper centre seront de toute façon impactés par les futurs travaux du tram)« .
En matière d’aménagements sportifs, la liste veut lancer l’extension de la piscine olympique R.-Sommet avec un bassin extérieur et une zone aqualudique, un plan de rénovation Sport 2035 de l’existant et créer une « Cité de sports urbains » dans l’ex bâtiment EDF de Carnot.
Comme toutes les listes, « Grandir Vivre Transmettre » aimerait s’attaquer pour de bon au secteur Ursules / Bourse du Travail / place Albert-Thomas. Un projet – forcément – proche des premières mais poussées études menées par l’Epase et qu’If Saint-Etienne vous révélait en exclusivité il y a un an (aucune médiatisation n’avait été alors effectuée et notre source ne venait ni de l’Epase, ni de la municipalité, élus ou agents). « Dégager les Ursules de ce parking disgracieux pour un nouveau parc urbain, des pentes retrouvées et visibles et dotées, pourquoi pas de quelques commerces en terrasse ». Les pertes en stationnement seront compensées par un nouveau parking : celui imaginé par les projections de l’Epase en silo dominant la place Grenette juste à côté de l’actuel ?
Commerces
Urbanisme, en particulier du centre-ville, commerces et mobilités (lire ci-dessous) sont fatalement liés pour redonner de l’attractivité à la ville et donc à son activité. Plus spécifiquement en soi, dans l’objectif de favoriser le commerce, la liste menée par Marc Chassaubéné vise à « favoriser l’accueil et l’installation d’entreprises à travers une veille foncière renforcée et avec l’appui de nouveaux dispositifs d’accompagnement via Saint-Étienne Métropole » ; souhaite créer « une nouvelle aide à l’installation des commerces en partenariat avec la CCI et les associations de commerçants » et « lancer un appel à manifestation d’intérêt pour la création d’animations gérées par les commerçants ».
Elle veut, enfin côté événementiel, « renforcer les événements et festivals existants, comme Pléiades, Sainte-Barbe ou le Street Food Festival, pour faire vivre le centre-ville toute l’année ».
Mobilités
« Mettre en place un plan « plaques de rue » et de signalétique directionnelle piétonne et automobile » doit contribuer à la redynamisation de la ville. Ce ne se fera pas non plus sans « étendre les parkings relais en entrées de ville et de métropole » : Terrasse, à côté du Musée d’Art Moderne, Bellevue, Châteaucreux… Reste à préciser : combien de places et comment mieux les lier avec le centre ? Le déploiement du « Chronobus », lui, est déjà acté, via la Métropole, cours Fauriel au bénéfice de la liaison Centre / Métare. Mais… au détriment de deux des quatre voies automobiles d’un axe « perçant » considéré comme la manière la plus efficace d’atteindre le centre-ville depuis l’extérieur.
Beaucoup de continuités dans ce domaine de la part d’une partie de l’équipe sortante qui ne manque pas de rappeler la mise en place de l’abonnement social tram à 10 € et la décarbonation progressive de la flotte (décisions dépendant toutefois de la Métropole) : promesses de plus de stations de véliverts, de plus de continuité et sécurisation des pistes cyclables, d’étendre Noctambus, aussi, avec des arrêts à la demande… A noter la volonté affichée de créer un conseil des « mobilités douces » et la « poursuite » du projet de continuité piétonne en centre-ville.
Le plus gros morceau, relevant là encore de la sphère métropolitaine, étant d’étudier « l’extension du tram », non pas à l’est, vers Steel, mais en direction de la Plaine et de l’Ondaine. Pas de 4e ligne de tram et/ou prolongement de ligne vers l’ouest de l’agglomération à attendre dans les 6 ans. Mais sa et/ou leur préparation pour leur concrétisation au mandat suivant.
Nous ne pouvons être exhaustifs en détaillant chaque élément programmatique transmis et/ou discuté. Mais If Saint-Etienne est revenu, au moins, sur les projets culturels de chacune des listes à travers le débat organisé par le Méliès au Méliès Saint-François animé par notre rédaction le lundi 23 février. Un compte rendu sous forme de podcast est en préparation.