La consommation d’alcool n’est pas l’apanage des êtres humains. Une nouvelle étude, parue le 25 février 2026, apporte la preuve formelle que les chimpanzés à l’état sauvage ingurgitent volontairement l’équivalent d’un ou deux verres standards. Notre goût pour la boisson serait-il un héritage lointain des grands singes dont nous descendons ?
Et si l’appétence des humains pour l’alcool était un héritage des grands singes d’Afrique ? Les résultats d’une nouvelle étude, publiée dans la revue Biology Letters , le 25 février 2026, renforcent un peu plus cette hypothèse, dite du « singe ivre », formulée pour la première fois par le biologiste Robert Dudley il y a 25 ans. Une équipe scientifique, menée par le chercheur de l’Université de Berkeley Aleksey Maro, a enfin obtenu la preuve formelle que certains singes consomment volontairement de l’alcool, après analyse de l’urine collectée sur un groupe de chimpanzés du parc national de Kibale, en Ouganda.
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Fruits confits
L’explication est assez simple : l’alcool se forme naturellement au cœur des forêts tropicales depuis des millions d’années, rappelle le magazine Discover . Lorsque les fruits des arbres mûrissent, les sucres qu’ils contiennent se décomposent et de l’éthanol apparaît. Or, les chimpanzés sont de grands consommateurs de fruits, au point d’en ingurgiter 4,5 kg par jour ! Ils consacrent même une grande partie de leur temps à cette activité. En 2025, Aleksey Maro avait déjà démontré que les fruits consommés par les chimpanzés à l’état sauvage contiennent assez d’alcool pour leur en fournir environ 14 grammes par jour, soit l’équivalent d’une pinte ou de deux verres standards, indique l’Université de Berkeley.
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Pour en avoir la preuve physique, le chercheur a décidé de soumettre ces grands singes à des tests urinaires. Les cobayes d’un jour se nourrissaient presque exclusivement de Gambeya albida, dont la pulpe contenait en moyenne 0,09 % de teneur en éthanol. Les échantillons ont été prélevés à l’aide d’une pipette dans des flaques et sur des feuilles, les chimpanzés ayant l’habitude d’uriner au sol ou depuis la branche basse d’un arbre juste avant de quitter une culture fruitière. Aleksey Maro a également disposé des sacs plastiques à l’extrémité de branches pour recueillir le précieux liquide, analysé ensuite à l’aide de bandelettes disponibles dans le commerce.

Les chimpanzés sont de grands consommateurs de fruits, au point d’en ingurgiter 4,5 kg par jour ! Ils consacrent même une grande partie de leur temps à cette activité. (Photo : Wikipédia/Creative commons)
Un verre d’alcool dans le sang
Les résultats révèlent que les urines de la plupart des chimpanzés échantillonnés contiennent de l’éthylglucuronide, un composé issu de la dégradation de l’alcool par l’organisme. Sur les 20 échantillons récoltés, 17 ont dépassé le seuil de détection (fixé à 300 nanogrammes par millilitre de sang) et dix autres présentaient des niveaux comparables à un ou deux verres d’alcool standard consommé par un être humain en 24 heures (soit 500 ng/ml ou plus). Une quantité non négligeable pour ces primates, qui pourraient être particulièrement attirés par les fruits fermentés.
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Héritage génétique
« S’il subsistait le moindre doute concernant l’hypothèse du singe ivre — selon laquelle il y a suffisamment d’alcool dans l’environnement pour que les animaux puissent ressentir les effets de l’alcool d’une manière analogue à celle des humains —, ce doute a été levé », a déclaré Aleksey Maro, dans un communiqué de presse. Reste à élucider plusieurs questions : d’autres animaux sont-ils pareillement exposés à l’alcool ? L’alcool a-t-il des conséquences sur le comportement ou la santé des chimpanzés ? Et, surtout, notre capacité à assimiler l’alcool et notre tendance à en consommer serait-elle un héritage génétique lointain de cette espèce, plus proche parent de l’humain avec le bonobo ?
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L’hypothèse est séduisante, d’autant qu’une autre étude, publiée en 2025 dans Current Biology , a laissé entrevoir de possibles comportements rituels autour de la consommation de fruits fermentés – et donc d’alcool – chez les chimpanzés. Si aucun signe d’ivresse ou de troubles moteurs n’a été observé, précise Géo , les chercheurs ont pu constater un intrigant et inhabituel partage de nourriture. Une forme ancienne de convivialité, qui pourrait être l’ancêtre de nos discussions passionnées en terrasse, autour d’un bon cocktail… avec modération bien sûr !