Metacritic nous répond

Metacritic a tenu à être clair en nous communiquant ceci : « Petite note de politique interne afin que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. Notre politique est claire : nous n’inclurons jamais de critique générée par IA sur Metacritic. Si nous découvrons par la suite qu’une telle critique a été publiée, nous la retirerons immédiatement et mettrons fin à toute collaboration avec la publication concernée, après enquête. »
Dont acte : la critique de Resident Evil Requiem en question a effectivement été supprimée très rapidement après la découverte du pot aux roses.

Cette semaine, Eurogamer, désormais propriété d’IGN, a engagé une nouvelle vague de licenciements éditoriaux, confirmant un malaise persistant au sein du réseau Gamer Network (pour faire clair : c’est la merde). Selon des sources concordantes relayées par VGC, il s’agirait au minimum de la deuxième série de coupes depuis le rachat du groupe par IGN Entertainment en 2024, après sa vente par ReedPop. Parmi les postes concernés figureraient plusieurs des rédacteurs les plus expérimentés d’Eurogamer, ainsi que l’intégralité de l’équipe vidéo, composée de quatre personnes. Un seul poste serait appelé à survivre via un transfert interne chez IGN. Et l’on ne s’arrête pas en si bon chemin : toujours selon ces mêmes sources, des suppressions de postes dits « hors caméra » ont également touché Outside Xbox, pourtant l’un des plus grands succès du portefeuille Gamer Network, avec plus de 3,5 millions d’abonnés cumulés sur ses chaînes.

ChatGemini, votre journaliste du futur

Ce constat pas reluisant n’a pas été aidé par une autre nouvelle, survenant aujourd’hui aussi et repérée par Kotaku : maintenant, de faux journalistes IA se permettent de donner des notes. Notes qui sont ensuite compatibilisées dans le total du sacro-saint score Metacritic (lequel, on le rappelle, sera parfois examiné par les studios/éditeurs eux-mêmes pour déterminer de la réussite d’un titre – avec parfois des incidences financières sur les développeurs). Ainsi, cette semaine, une critique de Resident Evil Requiem publiée par Videogamer a été retirée de Metacritic après que des lecteurs aient découvert une évidence gênante : son auteur n’existe pas. Le test, crédité à un certain Brian Merrygold, présenté comme un « analyste expérimenté dans l’iGaming et les paris sportifs », a attribué un très confortable 9/10 au nouveau survival horror de Capcom. Sauf que ni le journaliste, ni son parcours, ni même son visage ne semblent réels. Pire, l’image de profil associée porte un nom de fichier explicite (avec un petit « ChatGPT » dedans). Pas de doute : ceci est un journaliste du futur. Autrement dit : un journaliste qui n’existe pas.

Et comme toute chose qui n’existe pas, elle a du mal à se faire comprendre : à la lecture, le texte accumule métaphores creuses et envolées lyriques complètement à côté de la plaque, sans jamais entrer dans le détail du gameplay, du rythme ou des systèmes de jeu. Et ce style, qui a de quoi rendre parano absolument tout le monde (l’auteur de ces lignes voit de l’IA partout depuis des mois), c’est celui d’un texte généré à partir d’un prompt, optimisé pour le SEO, davantage conçu pour remplir une page (parce qu’il le faut, c’est Resident Evil 9 quand même) que pour véritablement informer le lecteur. Mais voilà, jusqu’ici, l’affaire aurait pu s’étouffer toute seule. Sauf que la critique en question a été acceptée et compatibilisée par Metacritic pour Resident Evil Requiem, participant ainsi à faire monter la moyenne (de manière marginale, certes, mais tout de même) en se basant sur du vent. Elle a ensuite été retirée de l’agrégateur, fort heureusement. Mais pourra-t-on véritablement repérer toutes les instances de contenu « fictif » généré par IA à l’avenir, surtout sur les gros jeux à plusieurs centaines de notes cumulées à travers le monde ?

Par ailleurs, il semblerait que cette histoire soit une tendance de fond chez Videogamer : selon des sources internes citées par Kotaku, la quasi-totalité de la rédaction humaine de Videogamer aurait été licenciée la semaine précédente. Le site, racheté il y a quelques années par BGFG puis revendu à l’agence de SEO spécialisée dans les paris Clickout, publierait depuis du contenu entièrement généré par IA. Qui a besoin d’humains pour informer, quand on peut piller les retours d’autres humains à base de prompts déposés à la va-vite ?