Pendant des décennies, la dissuasion nucléaire européenne s’est reposée sur la certitude que, quoi qu’il advienne, certains missiles trouveraient toujours un chemin jusqu’à leur cible. Une conviction aujourd’hui ébranlée par un rapport du think tank britannique Royal Universal Services Institute que relaie Bloomberg, jeudi 26 février. Autour de Moscou, la Russie a renforcé ses défenses au point de faire douter de l’efficacité des armes nucléaires britanniques et françaises, lancées depuis des sous-marins, à son encontre.

Dans son compte-rendu, l’institut londonien explique que les systèmes antimissiles balistiques A-235 et de défense aérienne S-500, tous deux déployés autour de la capitale, ont atteint un tel niveau de sophistication qu’ils pourraient intercepter des ogives nucléaires ennemies avant qu’elles ne franchissent la frontière. Or, « le moindre doute quant à l’efficacité de ces armes compromet leur valeur dissuasive », souligne le document.

L’aube d’une nouvelle course technologique ?

La nouvelle accentue la pression sur le continent pour qu’il développe de nouvelles armes hypersoniques, à un moment où ses dirigeants s’inquiètent de la fiabilité des États-Unis en tant qu’allié. Comment rester une puissance nucléaire crédible sans le parapluie américain, en prenant en compte les avancées des autres territoires ? Un défi qui n’est pas irréalisable, selon les auteurs du rapport, si l’Europe se décide à miser sur les armes hypersoniques manœuvrables en plein vol et équipées de missiles balistiques à longue portée, qui seraient plus difficiles à détecter et à détruire.

Elles garantiraient que des missiles comme le Trident britannique ou le M51 français puissent encore franchir les lignes adverses. « C’est aujourd’hui le cas d’usage le plus urgent pour les armes hypersoniques, même si elles restent coûteuses », indique l’un des auteurs, le chercheur Sidharth Kaushal.

Un projet discuté entre Paris et Berlin

Ces armes offriraient également aux Vingt-Sept d’autres options pour atteindre des cibles stratégiques sans recourir à l’arme nucléaire. Leur vitesse et leur puissance élargiraient le nombre de zones où la Russie aurait besoin de déployer des systèmes de défense de pointe, en plus de Moscou et de ses sites militaires les plus importants. « Une option viable », assure le Royal Universal Services Institute.

La réflexion n’est pas tombée dans l’oreille de sourds. ArianeGroup est déjà en pourparlers avec l’Allemagne et la France pour développer un nouveau missile balistique à ogive hypersonique, capable d’atteindre des cibles situées à « au moins 1 000 kilomètres », confirme Vincent Pery, directeur des programmes de défense de l’entreprise. « Nous pouvons aussi atteindre 2 000 ou 3 000 kilomètres », précise-t-il. Un premier élément de réponse à la menace ?