Le 24 février, au moins 15 corps — 18 selon le gérant des pompes funèbres Duhamel — ont été extraits de la chambre funéraire située au Gosier lors d’une opération de gendarmerie, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Pointe-à-Pitre. Une partie de l’intervention, filmée depuis un balcon voisin, montre la sortie de plusieurs sacs mortuaires par des intervenants équipés de protections respiratoires, des témoins évoquant une odeur insoutenable.
Un protocole entre le CHU et les pompes funèbres
Quarante-huit heures plus tard, Bruno Manco, gérant de l’établissement, affirme être pris dans un imbroglio administratif depuis trois ans. Il explique avoir été sollicité par le CHU de Pointe-à-Pitre en raison de pannes répétées de la morgue, notamment durant la pandémie. À l’époque le nombre de morts liés au Covid-19 étant très important, la morgue était saturée. Un protocole aurait été conclu pour accueillir 26 corps. Selon lui, nombre de dépouilles n’ont pu être inhumées faute d’autorisations administratives, malgré des démarches répétées auprès des mairies, de la préfecture et des autorités sanitaires.
« Ces corps n’ont pas pu être inhumés pour la simple raison que les mairies refusent de nous délivrer les autorisations d’inhumer parce qu’il fallait passer un protocole assez particulier, étant donné que ces personnes étaient déjà décédées plus de deux ans avant d’arriver chez moi. Il y a des personnes qui sont décédées en 2021, 2022, 2023 et j’ai récupéré les premiers corps en février 2023. Donc vous comprenez bien la complexité de la situation. Il fallait des autorisations préfectorales, il fallait faire toutes sortes de demandes. Cela fait plus de deux ans et demi que nous nous battons pour faire inhumer ces corps. Avec l’aide du CHU, nous avons enclenché toutes sortes de procédures, mais rien n’a pu être fait pour trouver des solutions. »
Bruno Manco, gérant des pompes funèbres Duhamel
Plusieurs défunts seraient déclarés indigents et certains seraient des ressortissants étrangers.
Le Code général des collectivités territoriales impose à la commune du lieu de décès d’assurer les obsèques des personnes non réclamées dans un délai de 14 jours. La mairie des Abymes, concernée en raison de la localisation du CHU, se serait opposée aux inhumations en invoquant un manque de place dans le cimetière. Contacté, le maire Éric Jalton n’a pas donné suite.
Déjà en février 2020, la ville des Abymes avait été au cœur d’une polémique concernant la dépouille d’une femme d’origine marocaine conservée depuis deux ans dans une chambre froide faute de permis d’inhumer de la commune.
Une affaire aux ramifications plus larges que prévu
Par ailleurs, le 19 février, le préfet de Guadeloupe a signé un arrêté autorisant la dérogation au délai de 14 jours pour la crémation de 32 autres dépouilles conservées à la chambre froide mortuaire du CHU.
Ces personnes sont décédées entre le 13 septembre 2017 et le 25 septembre 2025 et comme les autres, n’ont jamais été réclamées par leurs familles. Parmi elles figurent 22 enfants. Leur crémation devrait être prochainement organisée, à la charge, selon la réglementation en vigueur et comme cela est précisé dans l’arrêté, de la commune des Abymes.
(RE)Voir le reportage d’Eric Stimpfling / Morts « oubliés », 32 nouvelles dépouilles :