Un très bon maître de cérémonie en costume jaune, l’interprète de The Mask qui évoque Saint-Malo, l’hommage à BB sifflé par l’Olympia… Le Figaro vous fait revivre le 51e rendez-vous des récompenses du cinéma français.
Benjamin Lavernhe enfile le masque de Jim Carrey
Le maître de cérémonie avait une surprise pour Jim Carrey, l’invité d’honneur de cette 51e cérémonie des César. Benjamin Lavernhe a apporté sur scène le vrai masque du film The Mask (1994), exposé au musée du cinéma de Lyon. Il s’en est amusé devant les yeux de l’acteur américain avant de le mettre sur son visage et d’enfiler, comme par magie, son légendaire costume jaune. Il a dansé, joué la peur, le doute et « la peur du doute ». « Pas trop impressionné, prends en de la graine », plaisante-t-il. Une entrée en matière très humoristique. « J’ai 10 ans, je sors d’une séance de The Mask, a-t-il déclaré juste avant son one man show au sujet de Jim Carrey. Je découvre beaucoup plus qu’un acteur, un artiste immense au talent sans limite qui avec ou sans masque se permet tout et libère nos imaginaires. 30 ans plus tard il est à trois mètres de mois. C’est quasi irréel. »
EN DIRECT – César 2026 : L’Attachement, de Carine Tardieu, sacré meilleur film
Durant les dix premières minutes de présentation de la cérémonie, Benjamin Lavernhe, qui se disait un peu nerveux sur le tapis rouge, s’est réjoui d’être « le premier maître de cérémonie postmoderne à présenter un jeudi ». Il a survolé l’exercice avec une aisance folle, dansant au milieu de policiers mexicains. En s’adressant au comédien danois Claes Bang, le héros de L’inconnue de la Grande-Arche, il l’accuse de « piquer une place de nommé, mais nous est ce qu’on vous pique le Groenland ». Sur le titre du film de Dominik Moll, Dossier 137, il ne pèse pas ses mots : « Quel titre naze, Léa Drucker aurait dû s’appeler Dossier Erreur 404. » Complimentant Hafsia Herzi, réalisatrice de La petite dernière : « César de la meilleure actrice, peut-être meilleure réalisation ce soir. Vous n’êtes pas la dernière à recevoir des prix. » Il se permet aussi un petit pique à Benjamin Voisin qui incarnera bientôt Johnny Hallyday dans un biopic.
Cérémonie des César 2026 : découvrez le palmarès complet
Catherine Pégard sur le tapis rouge, deux heures après sa nomination
Viendra ou viendra pas ? Tout juste nommée en fin d’après midi ministre de la Culture, Catherine Pégard a fait le déplacement à l’Olympia pour assister à la cérémonie des César. La nouvelle locataire de la rue de Valois, ancienne présidente du château de Versailles, a fait un détour sur le tapis rouge. Au micro de Canal+, elle s’est réjouie de pouvoir « participer à cette fête du cinéma si important pour notre pays » dès les premières heures de son mandat. Catherine Pégard ne pouvait pas « imaginer une plus belle entrée en matière », a-t-elle aussi déclaré. Avant d’ajouter : « Je crois que ce soir je vais être aussi émue que les artistes, car je n’ai pas encore eu le temps de m’acclimater à ce nouveau travail ».
Tout juste nommée à la place de Rachida Dati à la Culture, Catherine Pégard apparaît sur le tapis rouge des César
De son côté, Rachida Dati, qui a quitté son poste au ministère de la Culture mercredi soir après avoir démissionné du gouvernement, n’a pas fait le déplacement à l’Olympia jeudi soir.
L’hommage à Brigitte Bardot, huée
C’était censé être un moment de communion. Des remerciements pour une des plus grandes icônes du cinéma français. L’Académie des César a diffusé au début de la cérémonie les images de Boulevard du rhum, Viva Maria !, La Femme et le pantin, Et Dieu… créa la Femme ou encore Vie privée, avec les meilleures scènes de Brigitte Bardot au septième art, sur un triste fond sonore. L’actrice, décédée le 28 décembre 2025, aurait sûrement souhaité une meilleure réaction de la part du public de l’Olympia. Ce dernier a finalement hué et sifflé les images, probablement en raison des liens de BB avec l’extrême droite. « On aurait pu s’en passer », ont hurlé certaines personnes dans la foule.
Dernier hommage à Brigitte Bardot à Saint-Tropez : elle repose face à la mer dans un cercueil en osier
Alison Wheeler met Benjamin Lavernhe sur le gril
De l’humour en veux-tu en voilà. On pensait être assez gâté avec Benjamin Lavernhe et Camille Cottin, jusqu’à l’arrivée de l’humoriste Alison Wheeler. Comme dans son spectacle La Promesse d’un soir, elle a été excellente. La jeune femme, révélée dans l’émission Quotidien, a mis sur le gril le maître de cérémonie, lui rappelant son interprétation de l’abbé Pierre dans un biopic en 2023, avant que les accusations d’agression sexuelle contre le religieux ne soient connues. « Benjamin n’était pas au courant, c’est une soirée très importante pour lui, il négocie le financement d’un biopic sur Jack Lang », tout juste disgracié dans l’affaire Epstein et poussé à la démission de l’Institut du monde arabe, poursuit la remettante impertinente.
Alison Wheeler s’est payé la nouvelle ministre de la Culture, Catherine Pégard, présente dans les gradins de l’Olympia. Elle lui a lancé, large sourire aux lèvres : « Il ne faudrait pas sacrifier la culture sur l’hôtel du capitalisme alors qu’elle est nommée depuis deux heures. » Pour célébrer les meilleurs costumes, l’humoriste a porté une robe qui a nécessité 7000 heures de travail. Elle l’a finalement déchirée !
L’humoriste Alison Wheeler s’est payé Benjamin Lavernhe et Catherine Pégard sur la scène de l’Olympia.
THOMAS SAMSON / AFP
Le discours en français de Jim Carrey pour son César d’honneur
Des larmes sont apparues sur son visage au moment où Michel Gondry est monté sur scène. Jim Carrey a souri face aux nombreuses anecdotes et aux légères blagues du cinéaste. « Jim, nous sommes tous épris de votre visage, de sa capacité à s’étirer et à défier les lois de la gravité », a lancé Camille Cottin, également présente. « Ce qui vous rend unique, c’est ce que votre visage nous permet de ressentir, a poursuivi la comédienne. Ces personnages sont embarrassants, excessifs, déplacés… Au lieu de les corriger, vous les aimez. Vous n’avez pas un comique de supériorité, vous riez de l’intérieur de l’expérience humaine. Un jour vous nous avez pris par surprise. Vous avez arrêté de courir partout et vous nous avez brisé le cœur sans bouger un muscle. »
Après de longs monologues et une exhaustive diffusion de ses meilleurs films, Jim Carrey a été invité à monter sur la scène de l’Olympia. Toute la salle l’a ovationné. Il a récupéré son dû dans un élégant costume noir. Un petit clin d’œil avant un «bonsoir». «Quelle chance d’être réuni ce soir avec tant de personnes qui m’ont offert leur cœur en retour, a-t-il déclaré dans un français parfait. Il y a environ 300 ans, mon arrière-arrière-arrière grand-père quittait Saint-Malo pour le Canada. Ce carré a bouclé la boucle. C’est peut-être ce que ma famille recherchait, merci à l’Académie. » Il s’est aussi tourné vers Benjamin Lavernhe, lui disant qu’il est « formidable ». « Je vais toujours sourire ce souvenir », a conclu le comédien.
Jim Carrey : le côté obscur du zinzin d’Hollywood
Façon Top Gun, Camille Cottin scande « vive la France »
Après la folie Benjamin Lavernhe, la folie Camille Cottin. L’actrice, présidente de cette 51e cérémonie des César, s’est présentée sur la scène de l’Olympia sur les airs de la bande originale de Top Gun. Lunettes d’aviateur sur le nez, elle a vanté un programme destiné à rendre « le cinéma français great again » et pastiche allégrement les obsessions de Donald Trump. « Tous les films qui font moins de 500 000 entrées devront s’excuser et revenir sur les bancs de l’école de commerce. Les films d’auteur c’est bien mais c’est encore mieux en court métrage, sur des sujets pas trop niche. Évitez les femmes, les queers… »
Encore une fois sur un ton humoristique, Camille Cottin a annoncé l’annexion de la Belgique et de « ses supers acteurs ». « Ils sont sympas et ne se battent pas », a-t-elle noté. L’actrice de 47 ans a toutefois prononcé un discours sérieux, jugeant que « la culture st une arme contre la brutalité ». « Je veux qu’on dédie à ceux qui luttent pour la liberté au péril de leur vie, a-t-elle scandé. En France, nous avons encore la liberté de pouvoir nous exprimer. Soyons en fier, digne, la tête haute et le cœur battant. » Avant de ponctuer sur un « vive le cinéma et vive la France ».
Camille Cottin, présidente de la cérémonie, est montée sur scène sur la mélodie de Top Gun. Et avec les lunettes d’aviateur !
Sarah Meyssonnier / REUTERS
Franck Dubosc reçoit (enfin) son César
« C’est énorme, chéri ! ». Il l’attendait depuis 44 ans, le début de sa carrière. Jeudi soir, Franck Dubosc a enfin reçu son premier César, celui du meilleur scénario pour Un ours dans le Jura. L’an passé, il avait fait un tabac à l’Olympia avec un sketch rendant hommage à tous ceux qui, comme lui jusqu’à ce soir, n’avaient jamais été primés. « Nous sommes si heureux que vous ayez aimé notre sincérité dans cette comédie qui n’en est pas tout à fait une », s’est réjoui le comédien. Avant d’ajouter : « Un scénario c’est une histoire avec un début, un milieu et une fin. J’espère en être au milieu. J’ai une pensée pour Abel Gance et Philippe Lacheau qui font notre cinéma ». « Ne me retenez pas, je reviendrai », a-t-il promis.
Franck Dubosc a reçu le premier César de sa carrière.
Sarah Meyssonnier / REUTERS
Nadia Melliti dédie son César « aux agriculteurs, au personnel médical et à l’Éducation nationale »
La jeune femme, qui faisait là ses débuts devant la caméra et souhaitait au départ devenir footballeuse, avait remporté à Cannes le prix d’interprétation féminine. Au lieu du Ballon d’Or promis plus jeune à sa mère, elle repart avec « le César d’or », César du meilleur espoir féminin pour La Petite dernière. Elle l’a dédié « aux personnes qui veillent à notre bien-être ». Notamment « aux agriculteurs, au personnel médical et à ceux de l’Éducation nationale ». « Merci de nous permettre à nous et nos enfants de devenir des citoyens lucides et autonomes », a salué la lauréate, qui a compris la mission de faire un discours significatif. Avant d’ajouter : « Merci au cinéma français de son accueil. Je me demande si mon cœur ne va pas fondre. »
Notre critique de La Petite Dernière : Hafsia Herzi révèle son talent de portraitiste de l’âme
L’IA s’immisce dans les discours
L’intelligence artificielle continue d’inquiéter le monde du septième art. Tout au long de la soirée, les acteurs, réalisateurs et remettants des trophées ont alerté sur cette technologie qui se fait de plus en plus menaçante. La lauréate du César des meilleurs décors, Catherine Cosme, pour L’Inconnu de la Grande Arche, a déclaré que « si l’intelligence artificielle fait partie de notre quotidien, sachez que vous remettez ce prix à 80 artisans qui ont ressuscité la France des années 80 ».
La voix française de Jim Carrey, Emmanuel Curtil, déclare à son tour, devant l’acteur américain : « Des acteurs incroyables doivent être doublés par de vrais comédiens, pas par l’IA, mais des humains. 85 % du public français regarde en VF. » Le comédien de doublage a ensuite interpellé la ministre pour « légiférer les artistes et le public plutôt que les intérêts des géants de la tech ». David Cronenberg aussi, sur scène pour remettre le César de la meilleure réalisation, a fait une allusion à ChatGPT, qui pourrait « aider les réalisateurs perdus ».
Emmanuel Curtil, doubleur de Jim Carrey, a invité la ministre de la Culture à « légiférer les artistes et le public plutôt que les intérêts des géants de la tech ».
Sarah Meyssonnier / REUTERS
Golshifteh Farahani et Jafar Panahi, porte-paroles de l’Iran
Les César peuvent aussi être géopolitiques. Devant l’émotion du cinéaste Jafar Panahi, Golshifteh Farahani a déclamé un discours politique sur la situation en Iran : « Jafar est un des plus grands symboles de la résistance au cinéma . Il a continué à créer sur la tyrannie et la censure. Récemment, le régime a tué des dizaines de milliers de personnes de la manière la plus brutale. Les chiffres dépassent l’imaginable. Les enfants, les adolescents, des parents, des amis… Les vivants restent debout, avec un cœur absent et ils dansent leurs douleurs pour que les bourreaux sachent qu’ils peuvent tuer les corps, mais jamais les âmes. Le peuple iranien se bat depuis des décennies pour sa liberté, armé de son courage et de sa culture parmi les plus anciennes du monde. Il finira par gagner parce que la quête de la liberté bat au cœur de l’être humain et un cœur vivant ne se soumet jamais. » Elle a terminé son discours sous les applaudissements.
Jafar Panahi au Figaro : « Pour se maintenir coûte que coûte, le régime iranien utilise des armes de guerre contre son peuple »