Alors qu’un troisième cycle de négociations américano-iraniennes s’est achevé jeudi à Genève, le médiateur omanais parlant de « progrès significatifs », la menace d’un nouveau conflit agite tout-Washington. Le président américain a soufflé le chaud et le froid disant préférer la voie diplomatique mais prêt à envisager des frappes limitées à défaut d’un accord, fort de l’armada massive qu’il a déployée au Moyen-Orient.

S’exprimant mercredi à Saint-Kitts-et-Nevis, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a semblé tempérer les attentes de la réunion de Genève, disant que « nous devrons discuter d’autres sujets que le seul programme nucléaire ». « Il est important de rappeler que l’Iran refuse de nous parler des missiles balistiques ou d’en parler à qui que ce soit, et c’est un gros problème », a-t-il dit évoquant la « menace insoutenable » de l’Iran.

Mardi, dans son discours sur « l’état de l’union » devant le Congrès, Donald Trump a parlé des « sinistres ambitions nucléaires » de l’Iran mais il a aussi élargi le champ d’action en accusant Téhéran de concevoir des armes capables de frapper les États-Unis. L’Iran a « déjà développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et nos bases » militaires et « travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les États-Unis », a déclaré le président américain.

Jusqu’où va la menace iranienne ?

D’après un rapport parlementaire américain daté de 2025, l’arsenal iranien peut atteindre des cibles allant jusqu’à 3 000 kilomètres, soit loin du territoire des États-Unis. Quant à savoir si l’Iran poursuit l’enrichissement d’uranium, le message est brouillé.

Les Iraniens « ne procèdent pas à l’enrichissement pour l’instant, mais ils tentent d’atteindre le stade où ils pourront finalement le faire »

Les Iraniens « ne procèdent pas à l’enrichissement pour l’instant, mais ils tentent d’atteindre le stade où ils pourront finalement le faire », a affirmé Marco Rubio mercredi.

Samedi, l’émissaire Steve Witkoff, qui a participé aux négociations de Genève aux côtés de Jared Kushner, avait averti que l’Iran avait atteint « jusqu’à 60 % » d’enrichissement. « Ils sont probablement à une semaine de disposer de matériaux de qualité industrielle pour fabriquer des bombes », avait-il dit sur la chaîne Fox News. Et ce alors que le dirigeant républicain ne cesse de répéter que les États-Unis ont « oblitéré » le programme nucléaire iranien lors des frappes américaines en juin dernier.

Le Congrès hors-jeu

« Cela commence à ressembler à 2003 », a écrit sur X l’ancien Premier ministre suédois Carl Bildt, coprésident du European Council on Foreign Affairs (ECFR), disant douter « qu’il y ait d’indications selon lesquelles ce pays développe des missiles balistiques intercontinentaux ». En 2003, le président américain de l’époque, George W. Bush, avait justifié l’invasion de l’Irak de Saddam Hussein en arguant de la présence d’armes de destruction massives, qui n’ont jamais été trouvées.

Nous attendons tous des réponses que l’administration refuse de donner »

L’opposition démocrate au dirigeant républicain réclame elle un débat, déplorant que le Congrès, qui est selon la Constitution américaine seul habilité à déclarer la guerre, soit mis hors-jeu. « Nous attendons tous des réponses que l’administration refuse de donner », a déclaré jeudi le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, appelant « l’administration à dire exactement au peuple américain quel est son objectif en Iran ».