Les municipales sont, et resteront, des élections locales avant toute chose. Un scrutin auquel on participe plus que les autres, en donnant d’abord sa voix à des personnes que l’on connaît, que l’on côtoie, apprécie et l’on sait potentiellement accessibles au quotidien. Si les projets et programmes comptent aussi, l’appartenance à un parti – quand les candidats en affichent une – beaucoup moins.

Cette priorité à la proximité est particulièrement vraie dans les villes à taille humaine, moins dans les grandes villes, où les électeurs se réfèrent bien plus aux clivages politiques traditionnels pour faire leur choix. C’est sur la base des résultats de ces grandes villes que la victoire ou la défaite de telle ou telle grande famille politique est proclamée au soir du deuxième tour de chaque municipale. On regarde qui a conquis telle ville, perdu telle autre… en oubliant deux choses : les grandes villes sont très minoritaires (moins de 3 % de nos 34875 communes ont plus de 10 000 habitants) en France, et près de 75 % des équipes en place sont reconduites. À chaque élection, trois maires qui se représentent sur quatre, ou leurs successeurs désignés, gagnent.

Cette « prime aux sortants » est une constante. Elle contribue à faire des municipales l’une des élections les moins « politisées » et les plus incarnées du pays. En 2026 aussi ? Pas sûr. Dans L’écharpe et les tempêtes : face aux maires, la défiance inattendue, paru à l’automne, le sondeur Frédéric Dabi (Ifop) et l’essayiste Brice Soccol se demandaient si la défiance à l’encontre des politiciens au niveau national aurait ou non un impact sur les maires, élus préférés des Français. À moins d’un mois du premier tour, le baromètre politique Odoxa réalisé pour Public Sénat remet la question sur la table. En soufflant le chaud et le froid.

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La proximité plébiscitée

En positif, les résultats dévoilés mardi montrent que les municipales ont toujours la cote, avec 75 % de répondants qui disent s’intéresser aux élections municipales ». Ils n’étaient que 64 % (11 points de moins) en mars 2025. Et 76 % confirment qu’ils voteront « en fonction des enjeux spécifiques à [leur] commune plutôt qu’en fonction d’enjeux nationaux. La proximité avant les enjeux partisans, donc.

En négatif, le baromètre indique que 44 % des sondés souhaitent que leur maire actuel soit réélu le 15 ou le 22 mars. C’est beaucoup… mais moins que par le passé. En juin de l’année dernière, comme en 2020, 52 % aspiraient à la continuité et la stabilité. Désormais, plus d’un Français sur deux (55 %) souhaite « l’élection d’un nouveau maire plutôt que la réélection de [son] maire actuel », commente Odoxa, en parlant de « retournement » et de « dégagisme » .

Le terme est fort et rien n’est joué, mais la tendance existe. Un vote « coup de gueule », politisé et au profit des extrêmes, n’est pas exclu. À tous les étages. Ce qui serait très nouveau pour des municipales.