Plusieurs modèles de jouets ont fait l’objet de rappels en raison de la présence d’amiante, dont l’usage est interdit en France depuis 1997, mais qu’on trouve naturellement dans certaines roches.
Publié le 27/02/2026 17:11
Temps de lecture : 4min

L’entrée d’un magasin Action, une des enseignes qui a commercialisé des jouets à base de sable contenant de l’amiante, le 7 février 2026 à Paris. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS)
Des figurines élastiques, du sable décoratif à appliquer sur des cartes ou des aimants… Plusieurs jouets « à base de sable » font l’objet de rappels massifs en raison de la présence possible d’amiante, un ensemble de fibres minérales particulièrement dangereuses pour la santé. Les modèles visés ont été commercialisés par de nombreuses enseignes, dont Action, Hema ou encore Gifi, selon le site gouvernemental Rappel Conso. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a même appelé, jeudi 26 février, à suspendre la vente de tous les jouets à base de sable en France.
Si l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), citée par la DGCCRF, assure qu’il « n’y a pas de risque aigu pour la santé des enfants », la présence d’amiante, qui plus est dans des jouets pour enfants, interroge. Ces fibres minérales, autrefois très utilisées dans l’isolation des bâtiments, sont interdites depuis 1997 car cancérogènes. « La présence d’amiante dans ces jouets est vraisemblablement liée à la présence naturelle d’amiante dans certaines roches ou gisements de sables dont sont extraits les sables de ces jouets », explique la DGCCRF, qui ne précise pas d’où vient le sable des produits concernés par le rappel.
La Répression des fraudes a mené des analyses après la découverte d’un cas similaire en Australie. A l’automne 2025, des dizaines d’écoles australiennes et néo-zélandaises avaient fermé temporairement à la suite de la découverte d’amiante dans des boîtes de sable coloré, qui étaient « présumées importées de Chine », selon les autorités néo-zélandaises.
Pour Maxime Misseri, chercheur associé à l’université de technologie de Compiègne et spécialiste de l’amiante, cette découverte n’est pas vraiment une surprise, tant il est complexe de détecter l’amiante. « Les méthodes d’analyse ne sont pas toujours les mêmes selon la technologie utilisée, et certaines ne sont pas assez précises pour détecter l’amiante », explique le chercheur à franceinfo. Ainsi, certains certificats qui détaillent la composition d’un produit pourraient omettre de signaler la présence d’amiante car elle n’a pas été détectée lors des analyses. « Si la France est à la pointe, d’autres pays sont moins regardants et peuvent appliquer des méthodes anciennes et pas assez précises pour détecter l’amiante », développe aussi Maxime Misseri, qui rappelle que cette fibre minérale est présente naturellement « dans [certaines] roches, en France comme ailleurs dans le monde ».
Si l’amiante a longtemps été utilisé pour isoler les bâtiments, et qu’il est encore présent dans nombre d’entre eux, on le rencontre en revanche très rarement dans les objets de tous les jours. Mais certains produits commercialisés avant son interdiction en contenaient, comme les panneaux isolants, les planches à repasser ou les grille-pains, rappelle l’Anses. « Longtemps, on a mis de l’amiante partout, et il y a donc des objets [ou des matériaux] du quotidien qui en contiennent toujours, explique à franceinfo Jérôme Langrand, médecin toxicologue et chef du centre antipoison de Paris. Il suffit de faire un tour dans une brocante pour en avoir. » Par ailleurs, « la commercialisation des produits contenant de l’amiante est interdite en Europe », mais « en dehors, c’est plus compliqué », complète Maxime Misseri.
Le toxicologue Jérôme Langrand se montre malgré tout rassurant au sujet de la santé des enfants qui ont pu s’amuser avec les jouets concernés : « Le risque sanitaire peut être considéré comme faible, voire infime. Les risques sont mis en évidence lors d’expositions prolongées et à des niveaux relativement élevés. » Le danger de l’amiante est principalement lié au fait d’en respirer des fibres, rappelle la DGCCRF. Or, « la texture humide du sable contenu dans ces jouets limite le risque de dispersion de fibres d’amiante dans l’air et les possibilités d’inhalation », explique-t-elle. Elle conseille malgré tout de « ne plus utiliser » ces jouets et de les placer « dans [leur] emballage d’origine puis dans un sac fermé hermétiquement (…) en attendant des informations complémentaires de la part du fournisseur. »