Paul Gauguin est aujourd’hui l’un des peintres les plus réputés au monde, dont les tableaux, qui battent des records de vente aux enchères, sont exposés dans les plus grands musées de la planète : Orsay à Paris, le Met à New York, l’Ermitage à Saint-Pétersbourg… mais également le musée de Pont-Aven ! Car c’est là, dans cette charmante petite cité du sud du Finistère, que Gauguin, peintre aspirant qui cherchait alors son style, allait trouver l’inspiration et contribuer à l’une des plus grandes révolutions picturales de son temps : le synthétisme, un courant artistique aussi appelé “école de Pont-Aven”.
L’histoire commence voici presque cent quarante ans, le 6 juillet 1886 très exactement. C’est ce jour-là que Gau-guin découvrit pour la première fois Pont-Aven. Il arrivait de Paris après un long voyage en train puis en calèche. Il était seul, presque sans le sou, un peu perdu sans doute mais déterminé à changer de vie. Jusqu’alors, il était parvenu à mener de front deux carrières : un emploi dans les milieux financiers de la capitale et la peinture, bien sûr, déjà sa grande passion, qu’il perfectionnait en autodidacte au contact des impressionnistes. En 1882, un krach boursier fait vaciller ce fragile équilibre. Gauguin déménage à Rouen, puis au Danemark, d’où sa com-pagne, Mette Sophie Gad, est originaire. Mais il ne s’entend pas avec sa belle-famille et, bien vite, il décide de rentrer en France. À Paris d’abord, puis finalement à Pont-Aven, pour un séjour qu’il projetait de longue date. “Si je vends quelques tableaux, j’irai l’été prochain me mettre à l’auberge dans un trou de Bretagne faire des ta-bleaux et vivre économiquement”, écrit-il dans une lettre à Mette le 19 août 1885. En juin 1886, il confirme son projet : “Le plus raisonnable serait de filer en Bretagne où en pension pour soixante francs par mois, on peut travailler”.
Un mois plus tard, Paul Gauguin arrive à Pont-Aven, une cité découverte deux décennies auparavant par les peintres, que le journaliste Edgar Courtois décrit alors dans un article : “Pont-Aven n’est plus qu’un immense atelier de peinture en plein air. On ne peut faire un pas sans marcher sur un vieux tube défoncé, des raclures de palettes, sans rencontrer un morceau de papier Wathman barbouillé de couleurs. Ce n’est du matin au soir qu’une longue procession de bicycles, tricycles, conduisant les peintres et les peintresses à leur travail en plein air ou dans les chaumières où ils vont peindre des scènes d’intérieur breton”.
Si la ferveur de l’époque a disparu, la cité des bords de l’Aven reste encore aujourd’hui un incontournable de l’art pictural. Architecte de formation, l’actuel maire, Christian Dautel, a la fibre artistique et a notamment été à la tête de l’école des beaux-arts de Quimper. “Originellement, Pont-Aven…