Une qualification de « vol » qui a par la suite évolué vers l’autre volet de « l’affaire Manon », qualifié d’abus de faiblesse, blanchiment aggravé, faux et usage de faux, détournement de données personnelles. Celui-ci concerne Jacques Poupelin. Manon E. est soupçonnée de lui avoir soustrait plus d’un million de Louis d’or, d’actions, de bijoux.
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Une histoire qui démarre, un peu, comme celle que raconte Maria. L’ancienne mannequin, après une vie passée dans la mode s’est installée à Hiersac. Elle a porté plainte pour plusieurs vols. Des bijoux qu’elle estime à plus de 200 000 euros, des vêtements et accessoires de luxe.
« Il manquait deux bijoux »
« J’ai eu un accrochage avec une automobiliste, raconte-t-elle. L’assurance m’a demandé de porter plainte. » À la gendarmerie de Hiersac, elle a été reçue, sac de luxe en bandoulière, par Manon E. Le courant est immédiatement passé. « Elle est passée chez moi une heure après pour prendre des nouvelles ». Les deux femmes ne se sont plus quittées. Longtemps. Lorsque Maria a dû être hospitalisée, elle a même laissé ses clés à la jeune femme. C’est en rentrant chez elle qu’elle a constaté la disparition du coffret à bijoux. Manon E. l’aurait mis à l’abri chez elle, puisque la maison était vide. Maria, veuve, vivait seule. « Elle l’a rapporté ». Il manquerait deux gros bijoux de valeur. Dans sa plainte, Maria a aussi listé des vêtements de luxe, des sacs de marque.
“Pour qu’il y ait abus, encore faut-il qu’il y ait une faiblesse.»
La plainte aurait alors aiguillé les enquêteurs vers le retraité de Douzat. Dans le bourg, les riverains n’ont pas manqué de s’interroger sur la présence très régulière de la voiture de gendarmerie devant la maison, de voir Manon E. en sortir avec des sacs. « On s’est posé la question, confirme une riveraine. Mais comme c’était la gendarmerie, on n’a pas insisté. Un voisin lui a une fois demandé si elle était sa petite-fille ». Les soupçons qui pèsent sur la jeune gendarme se sont répandus comme une traînée de poudre jeudi lorsque les plus proches de la jeune femme ont été à leur tour mis en examen pour recel et blanchiment.
La gendarme conteste
Manon E., qui, a fait l’objet d’une suspension administrative, conteste « avec la plus grande fermeté les faits qui lui sont reprochés, assène son avocate parisienne, Me Céline Beckerman. Elle n’a jamais abusé de la faiblesse de qui que ce soit. Pour qu’il y ait abus de faiblesse, encore faut-il qu’il y ait une faiblesse juridiquement caractérisée. Or c’est précisément ce qui fait défaut dans ce dossier, » insiste-t-elle.
La jeune femme aurait alors simplement bénéficié des largesses de son ami, accordées en toute conscience, sans contrepartie. Il serait même question de donation devant notaire. Des cadeaux de la part d’un ami.
Le dossier est à l’instruction et l’avocate ne commente pas au fond mais affirme, « en revanche, que la procédure est conduite, à ce stade, exclusivement à charge, dans des proportions qui suscitent une vive inquiétude au regard des droits de la défense. Certaines décisions procédurales interrogent profondément et appellent, à tout le moins, une réflexion sur la proportionnalité des mesures prises. »
Elle décrit aussi une jeune femme “détruite », coupée de tout lien avec ses proches, sa famille, son père âgé et hospitalisé. Son contrôle judiciaire, très strict, lui a interdit la Charente, mais aussi de quitter la ville de Caen. Comme une contrepartie à la remise en liberté deux semaines après sa mise en examen. « Elle ne vit pas », commente l’avocate. « Nous veillerons, avec détermination, au respect des droits de notre cliente et au rétablissement de la vérité ».