Par

Thibault Nadal

Publié le

28 févr. 2026 à 6h16

C’est un vieux serpent de mer, évoqué depuis 1995 : l’extension du tramway T2 vers les Catalans. Repoussé de nombreuses fois, le projet devrait cette fois aller à son terme, comme le confirme la Métropole à actu Marseille, puisque les études préparatoires ont été lancées avec la volonté de démarrer les travaux sous un an maximum. D’ici 2030, ce sont donc 2,1 kilomètres de voies qui doivent être créées, ainsi que quatre nouvelles stations : Estrangin, Bergasse, Saint-Victor et 4-septembre, le nouveau terminus. Mais dans le quartier du 7e arrondissement de Marseille, le sujet fait l’objet de vives polémiques, surtout à quelques semaines des élections municipales.

Cliquez ici pour visualiser le contenu

« Ce n’est pas ce qu’il faut dans le quartier »

Les principaux opposants, ce sont les CIQ locaux, la confédération du 7e arrondissement et celui du Pharo Catalans. Son président, Jean-Pierre Galeazzi précise tout de suite. « Ce n’est pas tout le projet que l’on refuse, mais c’est le tramway et son tracé actuel », explique-t-il, se disant par exemple favorable aux travaux d’aménagement envisagés comme l’élargissement des trottoirs ou les pistes cyclables.

Cet ancien de la RTM se dit « anti-inutile » et assure que cette extension « n’est pas ce qu’il faut dans le quartier ». Pour justifier ce refus de voir le T2 arriver jusqu’à la place du 4-septembre, Jean-Pierre Galeazzi avance de nombreux arguments, notamment sur la question de la mobilité.

Quatre nouvelles stations du T2 vont être créées si son extension voit le jour.
Quatre nouvelles stations du T2 vont être créées si son extension voit le jour. (©AMP)De nombreuses craintes

Il craint que l’arrivée du T2 ne débouche sur « la suppression des bus 54 et du 81 ». Et que le 83 déjà très fréquenté, ne soit encore davantage pris d’assaut.

L’isolement des personnes vivant dans les « collines » est aussi redouté avec aucune solution alternative qui leur est proposée pour descendre jusqu’au tramway. « Ils vont devoir continuer à utiliser leur voiture », affirme-t-il.

Les élections municipales 2026

Suivez toutes les actualités des municipales 2026 dans une seule newsletter.

S’inscrire

Il redoute aussi sur de gros soucis de circulation, « avec une réduction des voies » sur l’avenue de la Corse et le boulevard de la Corderie. « Ça va être le bordel toute l’année », déplore le président du CIQ. Et la suppression de nombreuses places de stationnement, alors que la crainte qu’un parking-relais ne voit pas le jour, comme à La Gaye (9e), est réelle.

Enfin, Jean-Pierre Galeazzi s’inquiète pour la plage des Catalans.

Elle est déjà surfréquentée. Avec l’arrivée du tramway, on peut craindre de voir débarquer une marée humaine. À l’heure actuelle, nous n’avons pas les infrastructures pour recevoir autant de monde.

Jean-Pierre Galeazzi
Président du CIQ Pharo-Catalans

« Pour répondre aux objectifs écologiques et de diminution de la place de la voiture », le président du CIQ propose de revenir à un réseau de trolley bus, abandonné depuis 2004. « Cela fonctionne dans beaucoup de villes », assure-t-il.

Les habitants divisés

Dans le quartier, la question divise. À la tête d’une petite boutique depuis 35 ans dans une petite rue donnant sur la plage des Catalans, Jacques se range derrière l’avis du CIQ. « Je suis contre, car ça va foutre la pagaille », explique-t-il en préambule. Lui estime que les « gens qui veulent déjà venir viennent déjà par les différents moyens de transport ».

Cet autre commerçant installé un peu plus loin ne partage pas cet avis. Préférant rester anonyme, « car cette position est minoritaire chez les commerçants », il juge le projet « positif » pour son établissement. « En tant que patron, plus le quartier est fréquenté, mieux c’est. J’ai envie qu’il y ait le plus de monde possible et les touristes n’utilisent pas la voiture. »

La possible arrivée du tramway dans le quartier des Catalans est redouté, notamment pour des questions de surfréquentation.
La possible arrivée du tramway dans le quartier des Catalans est redoutée, notamment pour des questions de surfréquentation. (©TN / actu Marseille)

Monique, 80 ans, se montre aussi favorable à ce tramway. « On est coincés entre un rocher et la mer, rappelle-t-elle. Le secteur est déjà embouteillé, donc il faut trouver une solution, car les rues du 7e arrondissement n’ont pas été conçues pour accueillir de la voiture. »

En revanche, la retraitée comprend l’inquiétude des commerçants et demande aux parties prenantes de les indemniser le temps des travaux.

Une nouvelle phase de concertation au mois d’avril ?

Chez les candidats à la mairie des 1er et 7e arrondissements, le sujet est également clivant. Et deux camps (surprenants) s’affrontent. Romain Simmarano, porte-parole de Martine Vassal et tête de liste dans le secteur, trouve ce prolongement « génial » et fonde son argumentaire sur les autres extensions, notamment du T3 au nord et au sud.

On a une vision hyper-positive sur le déploiement du tramway sur l’ensemble de la ville. C’est systématiquement le mode de transport le plus plébiscité une fois les travaux terminés.

Romain Simmarano
Tête de liste pour Martine Vassal dans les 1er et 7e arrondissements

En revanche, il attire l’attention sur les questions environnementales et de stationnement. « On veut faire ce projet, oui, mais il ne sera pas fait en dépit du bon sens et en surchargeant nos rues pour faire passer le tram, j’en prends l’engagement », affirme-t-il, avant de nous dévoiler qu’une nouvelle phase de concertation est prévue dès le mois d’avril.

Sébastien Barles veut créer une ZTL dans le 7e arrondissement

Adjoint de Benoît Payan en charge de l’écologie, Sébastien Barles a depuis rallié la liste de Sébastien Delogu (LFI) pour ses élections. Mais il reste sur sa ligne de conduite avec un « oui, mais… ». Plutôt favorable à tous les projets de mobilité douce, il s’interroge toutefois sur le timing de ce projet. « Je pense que ce n’est pas prioritaire, mais dans un schéma global, je ne suis pas hostile, car le 7e arrondissement est un peu enclavé. »

Dans son projet, Sébastien Barles vise l’axe Corse-Corderie, une « autoroute urbaine » et s’inquiète du sort de certains arbres et du fameux « trafic de transit ». Auprès d’actu Marseille, il propose une mesure choc : créer une zone à trafic limitée (ZTL) dans tout le 7e arrondissement en s’inspirant du modèle italien avec un droit de circulation limité aux habitants et aux véhicules enregistrés. Et envisage un système de « portique » à la sortie du tunnel du Vieux-Port.

La ZTL répond aux préoccupations environnementales. Sauf à résider, on ne pourra plus passer dans le 7e arrondissement.

Sébastien Barles à actu Marseille
Tête de liste pour la liste de Sébastien Delogu dans les 1er et 7e arrondissements

Le RN veut « suspendre » le projet en l’état

Chez les contres, on retrouve l’actuelle maire du secteur, Sophie Camard (Printemps marseillais), candidate à sa succession. Auprès de La Provence, elle expliquait s’y opposer pour deux raisons. « Trop de places de voitures vont disparaître. Ensuite, quatre arrêts de tram en plus ne sont pas suffisants pour connecter les quartiers au Sud, des secteurs où les habitants auront donc besoin de la voiture ».

Du côté du Rassemblement national, on assure à actu Marseille que « ce projet a été imposé sans consultation et brutalement ». Si Franck Allisio accède au siège de maire, il « suspendra l’avancement de celui-ci afin de faire une étude d’impact complète (circulation, stationnement, vie du quartier…) soumise à une concertation des habitants ».

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.