Elle a ainsi délogé un parti travailliste dont le député sortant avait remporté 50,8 % des voix lors de l’élection générale de juillet 2024, et qui a perdu la moitié de ses suffrages. La participation est pour sa part restée stable. Hannah Spencer devance également le candidat du parti de Nigel Farage, Reform UK (29 %). Elle est aussi devenue la première candidate verte de la politique britannique à remporter une élection partielle. De quoi créer une vraie secousse sur la scène politique britannique.

À force de revirements, le gouvernement britannique a perdu sa crédibilité: « Il n’y a pas de plan clair, ni d’objectifs prioritaires »Starmer pris en étau

Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer flirte avec les électeurs de centre-droit pour s’assurer un second mandat en 2029. Le durcissement des critères de résidence et de travail dans le pays, l’accès restreint à certaines aides sociales pour les personnes handicapées et pour les retraités pauvres, la reprise du langage de l’extrême droite vis-à-vis du multiculturalisme, la critique très tardive du génocide israélien à Gaza et la mise à l’écart de l’aile gauche de son parti ont petit à petit forgé son image auprès des Britanniques.

Si bien que les sondages d’opinion ont montré un mouvement de balancier étonnant : alors qu’ils n’avaient engrangé que 6,8 % des voix lors de l’élection générale de 2024 contre 33,7 % aux travaillistes, les Verts ont progressé régulièrement tandis que le Labour s’affaissait. L’élection à leur tête, le 2 septembre 2025, de Zack Polanski – très ancré à gauche – leur a donné un élan supplémentaire : ils sont aujourd’hui crédités de 17 % d’intentions de vote contre 18 % au parti au pouvoir, selon le dernier sondage de l’institut YouGov.

« Le Parti travailliste n’a pas seulement perdu, il a perdu lamentablement en étant devancé de quinze points par les Verts », analyse John Curtice, professeur de sciences politiques à l’université de Strathclyde. Tout en précisant que ce coup d’éclat pourrait ne demeurer qu' »un succès éphémère ».

Le Labour dans la « vallée de la mort électorale »

Les résultats des élections partielles sont en effet rarement reproduits à l’identique lors des élections générales, en raison de l’incapacité des petits partis à mener un travail de terrain aussi important lorsque toutes les circonscriptions nationales sont en jeu.

Mais le résultat de Gorton and Denton, où le Labour est arrivé en troisième position derrière le parti de Nigel Farage Reform UK, interroge la stratégie du Premier ministre : et si ce positionnement lui aliénait une partie de ses électeurs traditionnels, déçus, voire repoussés par ses choix, sans lui attirer de nouveaux électeurs ? « Les travaillistes sont tombés dans la vallée de la mort électorale, estime Rob Ford, professeur de sciences politiques à l’université de Manchester. Rejetés au centre, rejetés à droite et maintenant rejetés à gauche. » Pour Will Jennings, professeur de sciences politiques à l’université de Southampton, « c’est un symbole de l’échec de cette stratégie et sans doute sa fin ».

En perdition dans les sondages, le Labour s’est droitisé: « Apaiser les électeurs les plus à droite ne fonctionnera pas »

L’ancienne numéro deux du parti, Angela Rayner, a ainsi reconnu que « ce résultat doit nous servir de signal d’alarme. Il est temps d’écouter vraiment et de réfléchir. Les électeurs veulent le changement que nous leur avons promis et pour lequel ils ont voté. […] Un programme travailliste qui donne la priorité aux citoyens. »

Le principal intéressé ne semble pourtant pas concerné. Dans sa réaction vendredi matin, Keir Starmer a rappelé les mesures passées par son gouvernement et a expliqué la défaite des siens parce qu’ils « luttaient contre les extrêmes de droite et les extrêmes de gauche ».

Si la catastrophe annoncée se confirme lors des élections locales du 7 mai, son maintien à la tête du Labour et du pays s’annonce improbable.