Voilà en effet un retournement de situation de taille dans le récit national que l’on entend depuis des années autour de Bloodborne. Si aucun remake du jeu de 2015 n’a vu le jour, la cause serait à chercher non pas du côté de PlayStation, mais bien de FromSoftware. Selon les renseignements de Jason Schreier, le studio d’Hidetaka Miyazaki s’est opposé à un projet de remake de Bloodborne par Bluepoint Games, alors que Sony avait donné son feu vert au studio texan il y a un an.
« Début 2025, lorsque Bluepoint a de nouveau proposé le remake de Bloodborne, on lui a répondu que le projet était viable financièrement, mais que FromSoftware ne souhaitait pas qu’il voie le jour », peut-on lire avec stupéfaction dans l’article de Bloomberg.
Bloodborne, la chasse gardée de Miyazaki
Une décision que l’on peut juger très regrettable vu de l’extérieur, surtout dans la mesure où elle implique que FromSoftware a indirectement joué un rôle dans la fermeture du studio texan, lequel avait pourtant déjà fait toutes ses preuves avec le somptueux remake de Demon’s Souls en 2020. Qui plus est, tout comme Demon’s Souls, la franchise Bloodborne est la propriété de Sony Interactive Entertainment, ce qui sous-entend que le constructeur a préféré respecter le choix du vénéré Hidetaka Miyazaki, plutôt que de forcer le passage au risque de se fâcher avec un studio aussi important que FromSoftware (dont Sony est par ailleurs actionnaire).
À dire vrai, Shuhei Yoshida avait déjà vendu la mèche à demi-mot sur ce qui se tramait. L’ancien président des PlayStation Studios, qui entretient une relation particulière avec les jeux de FromSoftware, avait suggéré que l’absence de remake ou de remaster de Bloodborne s’expliquait par l’attachement très particulier qu’Hidetaka Miyazaki entretient avec son exclusivité PS4. Shuhei Yoshida, qui faisait sans doute plus qu’émettre une simple hypothèse, avait déclaré que Miyazaki ne voudrait probablement pas confier son jeu à un autre studio, et qu’il était trop occupé pour s’en charger lui-même.
« Miyazaki adore ce qu’il a créé avec Bloodborne. Ça l’intéresse, mais il a tellement de succès en ce moment et est tellement occupé qu’il ne peut pas s’en occuper. Et surtout il veut que personne d’autre n’y touche. Et PlayStation respecte ce souhait. C’est ça ma théorie », confiait Shuhei Yoshida en tant qu’invité du podcast Kinda Funny Games en janvier 2025, soit exactement la période durant laquelle Bluepoint Games a appris que FromSoftware s’opposait au projet de remake.
I could find you 10 companies that have pitched a bloodborne sequel, spinoff, or remake, including my own. It’s just not going to happen unless fromsoft decides they want to do it.
— Brandon Sheffield (@brandon.insertcredit.com)2026-02-27T21:15:01.573Z
Comment Bluepoint s’est perdu en chemin
Outre cette révélation spectaculaire sur Bloodborne, l’article de Jason Schreier revient plus généralement sur les circonstances qui ont fait de Bluepoint Games la nouvelle victime sacrificielle de Sony, à quelques semaines de la clôture de l’exercice fiscal. Comme on le savait déjà, à la suite de son remake de Demon’s Souls, Bluepoint Games a rejoint la famille PlayStation Studios et commencé par participer au développement de God of War Ragnarok, en soutien de Santa Monica Studio. Après quoi, le désir de la direction de Bluepoint Games était de créer son propre jeu plutôt que de rempiler pour un remake ou un codéveloppement.
Comme on le sait, le choix s’est porté sur un jeu live-service dans l’univers de God of War, une franchise phare que PlayStation n’a pas peur d’étendre sous des formes différentes et surprenantes, comme l’a récemment montré le metroidvania en 2D God of War : Sons of Sparta. Selon les sources, ce God of War multijoueur tournait autour d’un Atreus précipité en Enfer, dans le royaume d’Hadès. « L’idée générale était que les joueurs contrôlent différentes versions ou facettes d’Atreus à travers les enfers grecs, avec un système coopératif et un suivi à long terme, bien que de nombreux aspects du design restaient flous », rapporte Jason Schreier.
Sans surprise, il s’est avéré que Bluepoint Games n’avait pas le profil pour développer ce projet. L’équipe était relativement petite (70 personnes) et spécialisée surtout dans l’art et l’ingénierie, pas dans le game design. Certains employés estimaient qu’ils devraient travailler sur un jeu d’action traditionnel, plutôt que sur un projet live-service qui était loin de faire l’unanimité. Malgré l’aide de Sony Santa Monica, Bluepoint a passé plusieurs années à tourner en rond. En janvier 2025, Sony a annulé ce jeu live-service God of War, en même temps qu’un autre jeu multijoueur en développement chez Bend Studio.
Le remake de Demon’s Souls restera le plus bel accomplissement de Bluepoint Games.
C’est donc à cet instant que Bluepoint Games pensait pouvoir rebondir immédiatement en proposant de partir sur la proposition la plus évidente, un remake de Bloodborne, un projet que la communauté des joueurs réclame corps et âme et que personne ne pourrait décemment refuser… n’est-ce pas ?
Face au refus de FromSoftware, Bluepoint a proposé d’autres idées, notamment une nouvelle version améliorée de Shadow of the Colossus, dont le studio avait déjà réalisé le remake PS4 en 2018, mais cette fois c’est Sony qui n’était pas emballé. Toujours désireux de créer un jeu original, Bluepoint a proposé de travailler en commun avec d’autres studios PlayStation, notamment sur une idée de spin-off de Ghost of Tsushima, mais aucun projet n’a été validé.
Bluepoint a ainsi passé une année entière sans parvenir à vendre un projet à Sony. Le 12 février, lorsque le constructeur a annoncé son intention de refaire la trilogie originale God of War sans mentionner Bluepoint, l’inquiétude a commencé à monter en interne. Une semaine plus tard, la fermeture du studio était annoncée. « En coulisses, Sony estimait que Bluepoint n’était plus équipé pour développer un jeu original et n’avait trouvé aucun partenariat cohérent pour l’avenir », peut-on lire.
Jason Schreier conclut son article sur une petite lueur d’espoir, expliquant que d’autres entreprises ont pris contact pour voir s’il était possible de sauver le studio et son expertise technique reconnue dans tout le milieu, mais le journaliste estime que les chances semblent faibles. Un nombre indéterminé d’anciens employés de Bluepoint auront d’ailleurs sans doute déjà retrouvé du travail dans d’autres studios PlayStation.